Virus, altius, fortius

"On ne peut apprendre au crabe à marcher droit." Aristophane.

France Inter, mardi 24 mars 2020, 6h46.

Dans sa rubrique "Les histoires du monde", le chroniqueur matineux, depuis sa chambre confiné, Anthony Bellanger, nous livre ses considérations avisées sur le moment de crise sanitaire que nous sommes en train de vivre douloureusement.
Sujet robuste s'il en est qui mérite hauteur et gravité.
Le pire n'étant pas toujours sûr comme le pensait Paul Claudel, l'incipit nous apprend que les Cubains, les Russes et les Chinois envoient du matériel médical et des soignants au secours de l'Italie viralement accablée. Bravo ! Nous dirigerions-nous vers un commencement de mondialisation heureuse et enfin solidaire par ces temps obscurs ?
Nenni, point du tout, vous n'en approchez guère. Car cet observateur intra muros "décrypte" le monde du fond de son pagnot et dévoile, dès sa deuxième phrase, ce qui nous avait peut-être échappé : d'évidence cette aide sanitaire n'est autre (sic), ne sursautez pas pauvres cruchons, qu' "un outil de propagande parfaitement maîtrisé" !
Boudiou ! chez l'exfiltré de la bonnette, l'édredon est mollet mais la langue est râpeuse.

D'abord, voici Cuba et ses "brigades médicales entraînées aux situations d'urgence et dépêchées par La Havane dès qu'il y a une catastrophe ou une épidémie, 28 000 médecins et personnels de santé qui interviennent dans 66 pays", ah, fort bien, direz-vous.
Mais, détail trivial dont on perçoit la jouissive annonce sous le palais bobardier, qui "rapportent 6 milliards d'euros par an à La Havane." Bingo ! Et pourtant, remarquable altruisme, d'ailleurs, souligné par l'auteur, "les hôpitaux cubains manquent de tout". Allez comprendre !
Elémentaire, cher Watson, bien renseigné, suite aux nombreux séjours qu'il a dû effectuer là-bas, je présume, pour être aussi précis, au lieu d'une coopération sanitaire, il voit, évidemment, dit-il, "un bien d'exportation" dont profitent un max "les poches de l'Etat cubain".  

Ensuite, viennent les Russes qui ont envoyé neuf avions militaires chargés de masques, de respirateurs, de médicaments. Mais, selon le gazetier, comme ils "n'oublient pas les leçons de propagande soviétique", ils ont assorti la livraison de dizaines de journalistes chargés d'étaler, urbi et orbi, la générosité poutinienne.
Et là encore, quelle noble abnégation, car, figurez-vous, "dans le même temps, les Moscovites n'arrivent pas à se procurer de masques, les Russes de retour au pays en provenance de zones infectées se plaignent de ne pas être testés et les hôpitaux russes...manquent de préparation."  Ce n'est pas en France, Dieu merci, qu'on ferait ce triste constat, ah non !

"Bien sûr ! Le meilleur exemple, c'est la Chine." dixit enfin le bibelotier passe-muraille.
Non contents d'être de sales propagateurs de virus à l'origine de la pandémie actuelle avec leur marchés d'animaux vivants, de gros menteurs, "pendant des semaines" sur l'étendue du désastre, les dirigeants chinois ont eu le toupet de rafler, (en payant, non ?), en janvier et février, tous les stocks de masques à travers le monde et, comble de la perversion, "C'est la même Chine qui aujourd'hui met en scène ses cargaisons de respirateurs et de masques en Italie et ailleurs dans le monde." et, ultime bassesse, "Matériel qu'elle fait payer, par ailleurs !"  

Ainsi une crise sanitaire inédite nous frappe, bouscule les habitudes quotidiennes, interroge le lendemain et un petit compilateur de salon observe le monde à travers une lorgnette de pacotille et livre, sur une radio de service public, deux minutes de baratin dérisoire, indécent, obscène.

Certes, il ne faut pas être totalement naïf : ces actions de solidarité, quel que soit le pays concerné, ont fait ou feront l'objet d'images, de discours, d'exploitation médiatique, c'est de bonne guerre. ("Nous sommes en guerre" n'est-ce pas ?)
Mais l'essentiel n'est-il pas que ces soignants, ces matériels arrivent à destination et contribuent, quelle que soit leur couleur géopolitique, à sauver des vies humaines et qu'il faut saluer ?

En tout cas, pas pour qui vous savez.

Et le bastringue se termine en apothéose : un détail qui explique tout si vous n'avez pas encore compris, amis auditeurs, je cite : "Mais que voulez-vous, la propagande, seuls les pays d'inspiration communiste savent vraiment la faire !"

Albert Camus écrivait "Un homme, ça s'empêche". Anthony Bellanger ne le peut pas.

 

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