Plaît-il ?

          Je suis régulièrement sur la toile M. Philippe Bilger, magistrat honoraire et estimable tweetophile. Ses gazouillis journaliers constituent une source intarissable pour d'affectueuses disputations, notamment lors de ses récurrentes poussées de fièvre macroniformes.

          Voici que je tombe, ce jour, sur une interrogation d'icelui autant lapidaire que sagace et dont la brûlante et angoissante actualité n'échappera à personne: "Pourquoi Jean-Michel Blanquer plaît-il tant ?" et qui renvoie à son cybercarnet.*

          Ah, le bel exemple rhétorique de question biaisée.
          En effet, que peut-on répondre ? Il plaît tant parce qu'il est souriant, il plaît tant parce qu'il est chaleureux, il plaît tant parce qu'il est net et précis, il plaît tant parce qu'il est modeste, il plaît tant parce qu'il est fin et loyal, il plaît tant parce qu'il est serein, il plaît tant parce qu'il est cohérent etc.
          Ainsi, quelle que soit la nature de la réponse : BLANQUER PLAIT, c'est une évidence indiscutable pour l'énonciateur... On peut toujours babeler sur la quantité, la profondeur ou le volume du charme, le plat va être avalé, vous n'aurez qu'à peser, sonder, mesurer la sauce.

          En présentant comme acquise et d'évidence une information qui ne l'est certainement pas ou, en tout cas, qui mériterait débat, on manipule l'interlocuteur sans qu'il en soit conscient.
          C'est un procédé sémantique bien connu, le présupposé, redoutable figure de style basée sur la mauvaise foi ou sur une certaine forme de malhonnêteté intellectuelle qui vise, ici, à faire passer, in petto, le message : BLANQUER PLAIT.
          Il faut alors un véritable coup de force argumentatif pour pulvériser le "plaît-il tant" et mettre en doute, justement, l'énoncé : Blanquer plaît-il ?...et à qui ?

          Quand notre ci-devant procureur exerçait sa magistrature, il a dû quelquefois interroger le prévenu d'un sonore et inquisitoire présupposé : "Qu'avez vous à dire pour votre défense ?" en tenant pour acquis que le mis en cause était d'évidence coupable. Certains ont peut-être courageusement répondu: "Il n'est pas question de me défendre, je n'ai rien à me reprocher".

          Et notre blogueur d'affirmer, dans une fervente et dévotieuse conclusion : "Avec Jean-Michel Blanquer, aucun doute n'est possible. Son succès semble même avoir dépassé les frontières traditionnelles.

          Je vous l'avais bien dit, BLANQUER PLAIT. A Philippe Bilger, sans aucun doute.
          Et à qui d'autre ? La question ne sera pas posée.

*(https://www.philippebilger.com/blog/2019/02/pourquoi-jean-michel-blanquer-plaît-il-tant-.html)

 

 

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