Comment Nicolas Sarkozy vous blouse avec des sondages...

Hier matin, stupeur: un sondage IFOP valide les propositions sécuritaires du gouvernement, alors même qu'elles avaient déclenché des réactions indignées de l'ensemble de la classe politique hormis l'UMP et le Front National! On retrouve le président du parler vrai qui est suivi par les français... « Il passe pour le candidat du parler vrai... Mais ce que peu ont relevé, c'est qu'en fait c'est lui-même qui suit l'opinion. »

Hier matin, stupeur: un sondage IFOP valide les propositions sécuritaires du gouvernement, alors même qu'elles avaient déclenché des réactions indignées de l'ensemble de la classe politique hormis l'UMP et le Front National! On retrouve le président du parler vrai qui est suivi par les français...


« Il passe pour le candidat du parler vrai... Mais ce que peu ont relevé, c'est qu'en fait c'est lui-même qui suit l'opinion. »

En fait ce coup Nicolas Sarkozy l'a déjà fait, et ses opposants s'y étaient déjà laissés prendre: Il n'a pas été suivi par l'opinion, il a suivi les sondages qu'il a fait réaliser pour choisir quel contrefeu il allait allumer contre les affaires qui s'accumulaient autours de ses proches et de lui-même. En Mars 2007 déjà, il lançait l'idée d'un ministère de l'identité nationale et après les cris d'orfraies de Ségolène Royal et de François Bayrou, il pouvait savourer les sondages indiquant que l'opinion le suivait largement sur cette proposition. Il passa pour le candidat du parler vrai... Mais ce que peu ont relevé, c'est qu'en fait c'est lui-même qui suivait l'opinion.

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La technique est la suivante: il demande à un institut de sondage une étude d'opinion sur des thèmes sécuritaires et sur l'immigration, son équipe repère les items tendancieux: les français sont majoritairement pour les expulsion massives de Roms, pour la déchéance de nationalité... Il déclenche une campagne médiatique choc et outrancière, provoque le buzz démultiplié par les réactions indignées de ses adversaires et de la société civile, et enfin il laisse communiquer aux médias une partie des sondages qu'il avait fait réaliser ou fait demander une étude d'opinion sur mesure par des médias auxquels il est lié (en l'occurrence le Figaro pour le récent épisode).

 

Ce système est bien rodé, car à dépenser des millions en études d'opinions, il fait des instituts de sondages ses obligés et peut obtenir des études calibrées avec des questions tendancieuses qui améliorent les résultats. Comment ne pas hurler au conflit d'intérêt quand on sait que la présidente du MEDEF contrôle un institut de sondage et influe donc sur l'élection du président. Peut on accepter de savoir que le président de la république est tenu par la représentante de nos multinationales, elles mêmes championnes en corruption active et lobbyisme de manière parfaitement officielle (un petit coup d'œil au rapport de la commission parlementaire du sénat sur la gestion de la grippe A est édifiant à ce sujet)...

 

 

« On est actuellement en train de légitimer la xénophobie et des atteintes inacceptables aux principes républicains. »

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Bien entendu cette façon de procéder est malhonnête, mais surtout elle est irresponsable. Car elle consiste à suivre l'opinion dans ses travers les moins avouables, puis à la déculpabiliser et faire admettre inacceptable en se targuant d'oser dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas. On est actuellement en train de légitimer la xénophobie et des atteintes inacceptables aux principes républicains. Si François Mitterand et Robert Badinter n'avaient pas osés aller à contre-courant de l'opinion dominante, la peine de mort n'aurait pas été abolie. Si Valéry Giscard d'Estaing, Jacques Chirac et Simone Weil s'étaient comportés comme Nicolas Sarkozy l'avortement serait encore interdit...


« La seule chose qui pourrait sauver le très impopulaire candidat à sa propre succession serait un attentat sur le sol français. »

 

La suite du programme est encore plus inquiétante: la simple surenchère sécuritaire aura du mal à étouffer les affaires Woerth ou Karachi qui ne manqueront pas de ressurgir lors des manifestations contre la réforme des retraites à la rentrée. La seule chose qui pourrait sauver le très impopulaire candidat à sa propre succession, serait un attentat sur le sol français, propre à ressouder l'opinion derrière un discours sécuritaire. Les récents événements au Sahel et l'utilisation médiatique qui en a été faite sont sur ce point inquiétants. En effet, on apprend quelques jours avant l'exécution de Michel Gernaneau que l'armée mauritanienne soutenue par des forces françaises ont attaqué un camp de l'Aqmi. Ceci donne un prétexte imparable pour l'exécution de l'otage. Pourquoi avoir dévoilé la présence de militaires Français dans l'attaque? Si le gouvernement avait demandé aux médias de taire cette information pour protéger l'otage, ils l'auraient fait: si ça s'est su , c'est que ça a été voulu. De la même manière, pourquoi déclarer la guerre à l'Aqmi et donc de justifier une escalade, quand il suffit de faire jouer les réseaux de la Françafrique pour lui porter de vrais coups de boutoirs? Le terrorisme se nourrit du buzz médiatique, le combattre se fait nécessairement dans la discrétion avec un travail de fond. Ici, on joue avec la vie des otages et la démocratie pour des motifs bassement personnels.

 

Pour plus d'info:

-Nicolas Sarkozy est coutumier de ce genre de coup à plusieurs bandes: dans l'affaire Clearstream il a laissé de Villepin se faire intoxiquer par Imad Lahoud, son entourage est largement impliqué dans la manip (Mignon, Pérol, Woerth, Scquarcini).

 

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