Mort de Mohamed Merah : autopsie d'un fiasco.

Comment expliquer que les hommes du raid pourtant parfaitement préparés à ce type d'opération ont été incapables de neutraliser un homme seul , mal équipé et épuisé ? L'hypothèse d'ordres venant de l’Élysée pour que le dénouement se fasse avant les journaux de 13 heures pour maximiser la communication du candidat-président est de plus en plus probable.

 Cellule de crise à l'Elysée

Depuis plus de 24heures, on nous expliquait que la reddition, voir la neutralisation vif de Mohamed Merah, suspect d'avoir participé à 3 tueries ayant eu lieu à Montauban et à Toulouse cette semaine était indispensable pour rechercher d’éventuelles complicités, réseaux de financement ou logistiques qui auraient pu l'aider dans la mise en place des opérations terroristes dont il est suspecté. Au minimum, l'identification des réseaux qui ont permis son évolution vers une mouvance islamiste radicale puis son entrainement en Afghanistan et au Pakistan était très importante pour limiter de nouvelles vocations.

 

Dès lors on peut s'interroger sur le fiasco qui conclue l'opération de neutralisation du suspect qui s'est déroulée en fin de matinée. En effet comment expliquer que les hommes du raid qui sont parfaitement entrainés à tirer dans les genoux et les avant bras de leurs adversaires pour les neutraliser sans les tuer on pu être obligés d'abbatre le suspect ? Ils disposent de moyens techniques perfectionnés pour localiser leur adversaire sans se dévoiler. Par exemple, ils ont utilisé des fibroscopes pour vérifier la présence de Mohamed Merah dans les pièces de son appartement. Ils auraient pu utiliser des gaz incapacitants pour le neutraliser. Surtout ils auraient pu intervenir de nuit pour bénéficier de l'avantage que leur confère leurs intensificateurs de lumières et systèmes de vision nocturne. Et non ! Plutôt que d'attendre la nuit et que Mohamed Merah soit encore plus épuisé l'assaut a été donné en fin de matinée !

 

 

Faute d'explication autre donnée par les autorités, on peut légitimement s'interroger sur le fait que les hommes du raid aient pu être brusqués dans leurs préparatifs par des instructions venant de l’Élysée pour que le dénouement ai lieu avant le journal de 13H00, afin de potentialiser la stratégie de communication de l'Elysée. D'autre éléments permettent de suspecter que dans cette affaire les enjeux de communication aient primé sur l’intérêt public. Avant même le dénouement de cette histoire, de nombreux observateurs s'interrogeaient sur l'importance des fuites sur les avancées de l’enquête relayées par la presse. Le ministère de l’intérieur n'a cessé de distiller des détails comme le fait que le visage du tueur était connu, qu'il avait une caméra, qu'il avait été repéré par son scooter , que son tracker avait été neutralisé... autant d'informations qu'il n'étaient pas indispensables de diffuser et dont la diffusion servait moins la progression de l’enquête que la stratégie de communication de l’Élysée en distillant des biscuits à la presse pour que le sujet reste en une grâce à un suspens savamment orchestré.

 

On ajoutera pour compléter le bilan de ce fiasco, que Nicolas Sarkozy n'a même pas été capable de se présidentialiser et a une fois de plus dérapé dans une communication qui aurait du être huilée: Comment le chef de l’État peut il se permettre de donner des ordres à la justice en affirmant que ce crime sera sévèrement sanctionné ? Même si ses études de droit remontent à longtemps, il savait depuis le procès Villepin qu'il doit se porter garant de la séparation des pouvoirs...

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.