Sarkozy et la boite de Pandore

 Escroc de génie, le président de la république avait trouvé comment désamorcer le conflit avec les syndicats tout en sauvant les apparences pour les marchés financiers. Mais en voulant passer une fois encore en force sur les retraites, il a fait exploser une révolte qui couvait depuis longtemps. Qui l'arrêtera?

 

Escroc de génie, le président de la république avait trouvé comment désamorcer le conflit avec les syndicats tout en sauvant les apparences pour les marchés financiers. Mais en voulant passer une fois encore en force sur les retraites, il a fait exploser une révolte qui couvait depuis longtemps. Qui l'arrêtera?

Depuis des années Nicolas Sarkozy multiplie les coups fourrés, battant systématiquement en retraite s'il se faisait repérer. Il a soit-disant réformé les régimes spéciaux de retraite en 2007. En fait, il s'est accordé avec Bernard Thibault et a fait de couteuses concessions qui annulent techniquement la réforme. Il a pu ainsi claironner que « quand il y avait une grève en France, ça ne se voyait plus ». Il a tenté de ficher la population, mais a désavoué la ministre de l'intérieur en voyant la contestation monter. Il a réformé le système de santé, en vendant une décentralisation qui n'en n'est pas une. En fait, il a fait coup double: il met en place un système permettant de détruire l'hôpital public et l'assurance maladie (les présidents des agences régionales de santé peuvent dérembourser les soins progressivement et de manière décentralisée et fermer progressivement les structures publiques ce qui permet de ne pas entrainer de réaction concerté de la population). Sous couvert d'une réforme vendue comme renforçant le parlement, il a réussi à retirer tout pouvoir aux parlementaires grâce à l'usage systématique de la procédure d'urgence qui permet quelque soit les modifications d'un texte aux deux chambre, d'en imposer un autre qui n'a rien à voir grâce à la commission mixte paritaire où l'UMP est dominante. Se sachant mis en cause dans l'affaire Karachi, il a tenté de supprimer le juge d'instruction en noyant cette disposition dans une réforme plus large, mais il a du reculer devant le mécontentement des magistrats...

La liste est très loin d'être exhaustive, mais dans cette tentative permanente d'affaiblir les contrepouvoirs, et ce travail de sape des piliers de la république, il s'est progressivement aliéné une bonne partie de la population. Cependant ces attaques n'ont concerné à chaque fois qu'une frange limité de la population: les enseignants, puis les personnels de la santé, la justice, les internautes recourant au téléchargement illégal, la police... La contestation restait circonscrite à un échelon limité et maitrisable. Cependant peu à peu a cru une colère sourde. Nombres d'évènements ternissant l'image du pays qui se veut la patrie des droits de l'homme ont fait monter l'exaspération. Les arrestations musclées, les reconduites au frontières indignes, les tests ADN pour contrôler les regroupements familiaux, le débat sur l'identité nationale, l'interdiction de la burqua, les expulsions de roms, l'attitude indigne envers les dirigeants européens dans la polémique qui a suivi... Les affaires de plus en plus graves ont touché la plupart des membres du gouvernement, jusqu'à mettre à jour l'immense collusion entre le pouvoir et les grands lobbies. A ce stade, la défiance envers un pouvoir qui ne semble agir que dans l'intérêt des plus puissants et à l'encontre du reste de la population est devenue majeure.

Au départ, la réforme des retraites pouvait sembler facile. En effet l'idée comme quoi l'allongement de l'espérance de vie rendait nécessaire l'allongement de la vie active était largement partagée. Cependant cette idée avait été instillée en période de croissance où l'on commençait à croire à la possibilité de revenir au plein emploi. Évidement cette idée est un non sens en période de crise. Mais du fait de la crise de l'Euro, le rééquilibrage des comptes sociaux devenait impératif pour rassurer les marchés financiers quant à la capacité de la France à honorer ses dettes. Alors hâtivement, le président de la république dont la popularité était déjà sévèrement écornée décide de la réforme des retraite le marqueur de son mandat. Il sait que les français sont très attaché au système par répartition et il décide de le conserver quitte à l'affaiblir pour favoriser la capitalisation qui correspond plus à ses inclinaisons personnels et au intérêts familiaux (son frère dirige un important fond de pension et semble impliqué dans le choix de la réforme). Il décide donc de ne faire qu'une modeste modification de curseur décalant de deux ans les ages légaux de départ à la retraite avec et sans décote. Il commet ici deux premières erreurs. Le problème financier n'est pas celui de l'espérance de vie mais du rapports entres actifs et inactifs. On touche au problème de la place du travail dans une société subissant un chômage de masse depuis 30 ans. Au delà de l'équation financière cela nécessite de résoudre nombre de problèmes en suspend: seulement 39% des séniors ont un emplois entre 54 ans et 64 ans, les carrières discontinues rendent difficile le cumul des annuités nécessaires ce qui aggrave les inégalités sexuelles, le chômage des jeunes atteint des records, la pénibilité fait par exemple que la plupart des maçons sont en accident de travail à partir de 55 ans… Tout ceci appelle clairement à une réforme systémique remettant à plat la protection sociale avec probablement nécessiter de fusionner la protection chômage avec les retraites. On peut imaginer pourrait être le passage à la retraite par point, au salaire de vie voir à un mix entre les deux. Mais au delà de l'erreur d'analyse du cahier des charge de la réforme se pose le problème de vouloir faire passer la réforme à la hussarde, sans discuter ces problématiques avec les partenaires sociaux.

A ce jeu là, une grande partie des la population est perdante, ce qui rend possible un mouvement de masse contre une réforme logiquement perçue comme injuste. Mais le président multiplie les erreurs. Ainsi il laisse en première ligne Eric Woerth empêtré dans les affaires Bettencourt, Wildenstein, Peugeot, Arnault, Molex et de l'hippodrome de Chantilly, renforçant l'idée qu'il ne défend que les milliardaires. Lorsque le débat dans la population met à jour l'ensemble des problématiques à résoudre il s'enfert dans son refus de modifier le projet de loi et le fait passer en force, ne donnant à la société civile que le choix de la rue pour contester le projet. Mais malgré une mobilisation imposante et persistante, il persiste. Il fait le choix du clivage de manière à radicaliser la contestation et a en désolidariser les modérés, pour renforcer et durcir la gauche en la clivant du centre dont les voix pèseront lourd aux présidentielles. Mais les choses vont trop loin le soutien massif à une contestation qui est aussi l'expression d'une colère cumulée depuis 3 ans, permet le passage à une grève reconductible et l'élargissement du mouvement à la jeunesse. Le gouvernement est complétement dépassé et fait des erreurs majeures de communication: il discrédite sa parole en prétendant que le mouvement s'essouffle quant il persiste, qu'il n'y a pas de pénurie d'essence quand les automobilistes s'arrachent les cheveux pour trouver du carburant où en expliquant aux lycéens qu'ils sont manipulés et incapables de comprendre les enjeux de la réforme.

C'est alors la panique, il faut se résoudre à céder aux syndicats pour qu'ils mettent fin au mouvement. Le gouvernement fait passer un amendement qui fait que sa réforme ne sera jamais appliquée! Un changement systémique du système de protection sociale devra être discuté en 2013, c'est à dire avant sa mise application et après l'élection présidentielle. Ceci fera de la reforme du système de protection sociale l'enjeu principal de la présidentielle. De plus c'est le passage à la retraite par points qui est un cheval de bataille de la CFDT et des centristes qui est sous entendue. Cette manœuvre à l'avantage de pouvoir désamorcer la crise sans inquiéter les marchés financiers quant à l'équilibre budgétaire de la France. Cependant, cette reculade arrive bien trop tard: François Chérèque et Bernard Thibault sont fragilisés par leurs concessions de 2003 et 2007 vis à vis d'une base radicalisée (la branche pétrochimique est gérée par une frange dure de la CGT anti-Thibault) et souvent non syndiquée qui ne s'arrêtera qu'en cas de recul clair sur les bornes d'age. Ils n'ont évidement aucun poids sur les lycéens.

Jusqu'où le mouvement peut il s'auto-alimenter? Nicolas Sarkozy a il réussi à générer un nouveau Mai 68? Souhaite-t-il se faire relégitimer en matant ce mouvement? Ceci semble bien hasardeux: il a ouvert une boite de Pandore que personne en France ne semble en mesure de pouvoir refermer... Il semble même qu'il puisse faire tache d'huile et donner des idées aux autres pays touchés par la rigueur: en Belgique les dépots de carburants sont bloqué pour empécher le ravitaillement des stations françaises, en Allemagne les transports sont très perturbés par les syndicats réclamant des hausses de salaires... Si le mouvement ne s'éssoufle pas rapidement, Nicolas Sarkozy risque d'être acculé à retirer la loi, mais il n'est même plus certain que celà puisse suffire tant il s'est exposé. Ayant institué une hyperprésidence sans contre-pouvoir et sans fusible il est jugé comme seul reponsable de la situation actuelle. De ce fait, changer de premier ministre n'aura probablment aucun impact sur la contestation. Dissoudre le parlement et prendre un premier ministre de cohabitation serait plus fin: celà lui laisserait une chance de se refaire une popularité avant les présidentielles, en laissant l'opposition gerer le pays...et réformer le système de protection sociale. La démission du chef de l'état ou sa déstitution restent peu probables mais sont des solutions qui commencent à êtres évoquées...

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