Pandémie et éducation en Seine-Saint-Denis : l'urgence d'une autre politique

Pourquoi il faut changer en urgence de politique éducative pour la Seine-Saint-Denis. Par Henri Lelorrain, enseignant, membre de Génération-s et Emilie Lecroq, parent d'élèves, conseillère municipale à Saint-Ouen - PCF

Jamais depuis la fin de la seconde Guerre Mondiale la jeunesse de notre pays n’avait connu une telle rupture d’école. Jamais pendant une période aussi longue, les enfants, adolescents et étudiants n’avaient été confrontés à une telle situation. Et quelles que soient les responsabilités des uns et des autres, quelles que puissent être les explications sanitaires et l’indispensable confinement, notre pays est confronté à une situation qui scolairement va avoir des conséquences dans les années à venir si rien n’est fait pour gérer au mieux la situation actuelle et anticiper le jour d’après dans nos écoles.

Qui peut imaginer en effet qu’amputer une année scolaire de 2 mois ne sera pas sans conséquence pour nos enfants ? Qui peut imaginer de même que le retour en classe se fera sans une nécessaire gestion progressive et adaptée pour les enseignants comme pour les élèves ?

Ceci va demander des moyens et du temps.

Nous savons tous que l’école, les cours, le face à face des élèves et des enseignants ne peuvent être remplacés par des cours à distance et que la fracture numérique n’est pas un mythe, ni n’est volontaire, surtout quand elle renvoie à un problème de pouvoir d’achat.

Dans un département comme la Seine Saint Denis, nombreuses sont les familles qui n’ont pas d’ordinateurs à la maison ou seulement un pour plusieurs enfants dans une pièce commune ce qui rend impossible un suivi pédagogique efficace pour tous.

Si comme l’affirme le ministère, 8% des élèves ont été « perdus » des écrans radars en France depuis le début du confinement, c’est 30% dans notre département dont 60 % dans l’enseignement professionnel.

Et alors que tous les voyants sont allumés au rouge dans notre département depuis le rapport parlementaire de mai 2018 faisant état d’une rupture d’égalité en Seine Saint Denis par rapport aux autres territoires de notre pays, le gouvernement persiste et signe : nous avons ainsi appris que la dotation supplémentaire serait seulement de 24 postes pour toute l’Académie de Créteil mais aucun pour la Seine-Saint-Denis. Les raisons d’un tel choix ? Tout simplement l’analyse par Jean-Michel Blanquer que le travail est déjà fait puisqu'il se base sur une « amélioration du taux d’encadrement ». Le ministre fonde cette affirmation sur les SEULS dédoublements de classes, qui ne permettent pour l’heure pas d’améliorer les conditions de réussite de l’ensemble des élèves de notre département. 

C’est aussi en Seine-Saint-Denis que le gouvernement avait renoncé à l’engagement de campagne d’Emmanuel Macron de dédoubler les CE1 les CP ; en arguant du manque de locaux, le ministère avait préféré s’assoir sur cette promesse plutôt que d’aider les communes à construire ou agrandir des écoles. Or, à n’en pas douter, l’année scolaire 2020-2021 sera cruciale pour des élèves de CE1 qui auront imparfaitement effectué leur apprentissage à la lecture en CP du fait du confinement. Quand on connait l’importance d’une bonne maitrise de la lecture pour la poursuite d’études et dans la vie quotidienne, la crainte d’une génération sacrifiée peut se justifier.

A cette situation catastrophique, s’ajoute enfin l’annonce de possibles fermetures de classes à la rentrée 2020. Après l’annonce de 10 fermetures de classe à Saint-Denis, et 10 à Montreuil, nous apprenons l’annonce de 8 fermetures de classes à Saint-Ouen !

Clairement, une fois de plus, la jeunesse de notre département va subir de plein de fouet et plus que les autres une crise éducative.

Déjà, il y a quelques années, les collectifs de parents d’élèves avaient calculé que du fait des absences non remplacées, un jeune de Seine-Saint-Denis perdait une année de scolarité entre la maternelle et le baccalauréat.

Le gouvernement loin de vouloir s’attaquer à ses défaillances sur notre territoire, choisit de faire la politique de l’autruche faisant fi de l’état des services publics dans notre département.

Alors que beaucoup pensent déjà au monde d’après, à ce qu’il faudra reconstruire, sans doute différemment après cette crise, il n’est que temps de rappeler que nous voulons un monde différent pour nos enfants et non pas une société où ceux-ci seraient encore moins bien armés pour en relever les défis.

 Notre pays a encore les moyens et le temps de réagir et de relever pour ses enfants les défis de sa réussite.

Cela passe par le recensement par les établissements scolaires puis la fourniture par l’Etat des besoins informatiques de chacune et chacun pour mieux rester en contact pédagogique.

Cela passe aussi par la préparation d’une rentrée scolaire spéciale, en septembre, avec des heures de soutien et d’accompagnement pour effectuer un lissage pédagogique sur un temps long et non brutal des manques de ces derniers mois.

Cela passe effectivement donc, par une mobilisation budgétaire et le recrutement des enseignants nécessaires, à rebours de ce qui se fait depuis des années dans l’éducation comme à l’hôpital. Tout simplement pour que l’après pandémie se fasse sous le signe de la réussite et de l’épanouissement de nos enfants.

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