9 octobre 1989, le « miracle de Leipzig »

Tian'anmen, en français « porte de la Paix céleste », est mondialement célèbre depuis la sanglante répression par l’Armée populaire de libération chinoise des manifestations à Pékin en 1989. Passons sur l’ironie des mots paix et libération dans ce contexte pour évoquer le « miracle de Leipzig » qui s’est produit quelques mois plus tard. Beaucoup moins connu, c’est pourtant un cas d’école d’une action non-violente couronnée de succès : le régime est-allemand, qui avait félicité ses camarades chinois pour leur ferme maintien de l’ordre, fait face à une contestation croissante. Les manifestations du lundi à Leipzig par exemple, rassemblent de plus en plus de gens, le 9 octobre 1989, ils sont 70 000 à défiler en scandant le fameux „Wir sind das Volk“, nous sommes le peuple, mais aussi „Keine Gewalt!“, pas de violence [1]. Tian'anmen est bien sûr dans tous les esprits, certains ont fait leur testament, et puis le bain de sang redouté n’aura pas lieu : la veille, six personnalités réunies chez le chef d’orchestre Kurt Masur ont rédigé un appel [2] au dialogue qui contribue au miracle, ni la police ni l’armée n’interviennent, le défilé passe même sans incident devant l’immeuble de la Stasi, la sinistre « sécurité » est-allemande. Certaines unités de police avaient même signifié leur refus de réprimer la contestation populaire ; le 16 octobre, 120 000 citoyens sont dans la rue, le 23, ils sont plus de 300 000, 500 000 le 30. La nuit du 9 novembre, le monde époustouflé apprendra la chute du mur de Berlin sans qu’une goutte de sang ne soit versée. Allahou akbar ?

[1] Épisode bien évoqué dans cette vidéo https://www.letemps.ch/images/video/monde/leipzig-9-octobre-1989-trois-lieux-une-histoire

[2] Lu par Kurt Masur : „Wir bitten Sie dringend um Besonnenheit, damit der friedliche Dialog möglich wird.“ Nous vous demandons instamment de garder votre sang-froid, pour rendre possible le dialogue pacifique.

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