On sait que le dernier ouvrage de Michel Onfray, Le crèpuscule d'une idole. L’affabulation freudienne (Grasset) a soulevé l'indignation de nombreux historiens et universitaires français.
En l'invitant dans son émission (1), Franz-Olivier Giesbert montrait que cela ne l'embarrassait guère ; il endossait le rôle de faire valoir de l'auteur, libre de débiter à loisir ses affabulations contre le père de la psychanalyse. Que ce livre n’ait rien à voir avec les contraintes de la critique historique, soit bourré d'erreurs et construit autour de vielles rumeurs, ne gène pas un Franz-Olivier Giesbert qui semblait fasciné et ne soulevait aucune objection, n'émettait aucune critique.
On peut s'étonner de tant de complaisance.
Cependant, on pouvait espérer qu'en invitant quelques jours plus tard Elisabeth Roudinesco, historienne de la psychanalyse dont les travaux font autorité dans le monde entier, Franz-Olivier Giesbert permettrait à celle-ci d'exposer les raisons qui l'ont conduite en compagnie de cinq universitaires à répondre à M. Onfray dans un petit ouvrage Mais pourquoi tant de haine ? (Seuil).
Il s'agit de : Guillaume Mazeau, historien, maître de conférences en histoire moderne à l'Université de Paris 1, Christian Godin, maître de conférences à l'Université de Clermont Ferrand, Frank Lelièvre professeur de philosophie en classes préparatoires à Caen, Pierre Delion, professeur de pédopsychiatrie à la faculté de Lille 2 et professeur des Universités, et Roland Gori, professeur émérite des Universités.
Las, nous n'apprendrons pas grand-chose, car Franz-Olivier Giesbert va tout simplement empêcher son invitée de s'expliquer. Cela est facile : il suffit pour cela de poser une question, d'interrompre l'invitée dès le premier mot, de poser immédiatement une autre question, d'interrompre encore, et ainsi de suite. Non content de voler la parole à son invitée Franz-Olivier Giesbert se ridiculise avec des arguments qui laissent rêveurs : « les rumeurs sont parfois fondées !», ou « c’est un livre très puissant !». ou accuse encore Elisabeth Roudinesco de n'avoir pas lu le livre d'Onfray. Il finit par en oublier toute courtoisie.
Deux observations s'imposent.
-- Franz-Olivier Giesbert viole les principes de son émission qu'il présente pourtant sur internet dans les termes suivants «Dorénavant, des personnages récurrents du monde de la culture (des penseurs, des philosophes, des auteurs,) viendront apporter leur regard ou polémiquer sur des thèmes». Mais c'est lui qui assure la promotion du livre d'Onfray et qui polémique en interrompant sans cesse son invitée.
-- Plus grave encore, Franz-Olivier Giesbert a semble-t-il oublié que son émission entre dans le cadre du service public et qu'il existe une charte de l'antenne. En voici quelques extraits :
«Les objectifs du secteur public de l’audiovisuel répondent à des critères échappant à la loi du marché. Ainsi, l’exercice de ses missions sert l’intérêt général, le lien social, le pluralisme, la diversité des programmes et des genres, pour tous les publics. Il participe de la vie démocratique.»
«Les responsables d’émissions sont attentifs à leur politique d’invitation afin que soit respecté le principe d’équité.»
«Le choix des invités se fait dans le souci du pluralisme et de l’équilibre des points de vue.»
«Tout participant à une émission doit pouvoir bénéficier du temps minimum nécessaire à l’expression du point de vue, des opinions, des idées ou du témoignage pour lesquels il a été invité. Le traitement doit être équitable et manifester le même niveau d’exigence et d’attention à l’égard de tous les invités.» (§ 2.4.2.4. Interviews, débats)
On peut admettre que Franz-Olivier Giesbert ne soit pas conscient de ce qu'il fait et que ses méthodes n’aient rien à voir avec ce qui fit autrefois la grandeur des émissions de Bernard Pivot. Mais il devrait présenter son émission sur TF1. Entre deux publicités pour le coca-cola, il trouverait beaucoup mieux sa place que sur le service public.
(1) "Vous aurez le dernier mot" Emission du 28 mai 2010
Note. Ce texte a été adressé à la rédation de France 2