L’EXTENSION DE LA DÉCHÉANCE DE NATIONALITÉ POURRAIT ACCROÎTRE L’INSÉCURITÉ FACE AUX TERRORISTES

Les gouvernements vers lesquels d’éventuels terroristes pourraient être déportés après une déchéance de nationalité pourraient bien être en train de préparer une riposte face à l'éventuelle venue chez eux de quelques dangereux terroristes. Cette riposte pourrait consister en la mise en place de lois similaires de déchéance de nationalité et la déportation vers la France leurs ex-binationaux

marianne marianne

 

Cette éventualité n’a semble-t-il pas effleuré les nombreux conseillers de notre exécutif tant ils sont si peu habituées à considérer certaines questions autrement que dans une bulle franco-française. Le scénario suivant est loin d’être de la politique fiction :

Les gouvernements des pays vers lesquels d’éventuels terroristes pourraient être déportés après une déchéance de nationalité pourraient bien être en train de préparer une riposte face à la venue chez eux de quelques dangereux terroristes. Elle pourrait consister en la mise en place de lois similaires de déchéance de nationalité : appliquer la déchéance de nationalité à des binationaux français avant que les autorités judiciaires françaises n’aient eu le temps de prononcer une déchéance de nationalité à l’encontre des mêmes ressortissants binationaux.

Mais alors que faire des terroristes uniquement de nationalité française? Demander à nos alliés contre le terrorisme de leur accorder la nationalité pour pouvoir les déchoir de la nationalité française et les expulser par la suite?

Absurde, évidemment, mais l’inclusion de déchéance de nationalité dans la constitution l’est tout autant car elle ne règle pas le problème de nombreux Français qui sont aussi, parfois plus, dangereux que les binationaux. Mais suis-je en train de juger de la dangerosité de terroristes suivant leur nationalité comme prétend le faire ce projet d’extension de la déchéance ?

Nous nous retrouverions ainsi dans l’impossibilité d'expulser des ex-binationaux car ils ne seraient alors que citoyens français; pire, ces mêmes gouvernements « amis » pourraient bien trouver par la déchéance de nationalité une procédure efficace et rapide pour se débarrasser de nombreux terroristes bien trop encombrants et difficiles à surveiller. Certains pays, les moins sensibles à la démocratie, n’auraient besoin que de quelques minutes expéditives pour déchoir de la nationalité leurs ressortissants et les munir d’un billet d’avion, (avec escorte ?) pour nos aéroports qui pourraient souvent n’être prévenus qu’à la dernière minute.

Il est singulier que les conseillers de notre exécutif n’aient pas pensé alors à suggérer à ce dernier de rouvrir des prisons sécuritaires sur Tromelin dans l’océan indien ou Clipperton au large du Mexique. Nous pourrions demander de l’aide au Gouvernement américain; après tout n’ont-ils pas acquis de l’expérience avec Guantanamo ?

Et quid de moi ? Binational français et irlandais, je suis fier de l’être car c’est, j’en suis convaincu, une manière idéale de s’affirmer comme vrai Européen, loin de l’image qu’en avait une étudiante chinoise en visite d’échange, me demandant, horrifiée, ce que je ferais si mes deux pays devaient être en guerre. Je lui ai répondu par une boutade : j’irais dans un troisième pays, car l’Europe ne pourrait être en guerre contre elle-même.

Des militants sont effarés que l’on « ose » s’opposer au Chef de l’État. Nous sommes dans une démocratie où il est normal qu’un dialogue, parfois musclé, anime certaines questions. Nous sommes tous égaux en droit et en paroles, avec toutefois un respect dû au chef de l’État qui n’inclût pas une soumission de type régalien.

Ce projet de changement constitutionnel est-il un renforcement de notre sécurité ou sommes-nous en train de confondre justice républicaine et vindicte populiste assumée par les pouvoirs de la République ?

J'ai signé l'appel au Président de la République, François Hollande, pour que cette déchéance, déjà présente dans nos lois, ne soit pas incluse dans la Constitution : https://goo.gl/lb1kQh

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