Autoroutes : Bayrou avait raison

C’est le tube de l’année : augmentation générale des prix et stagnation des salaires. L’annonce d’une hausse moyenne de 2,24 % des péages sur les autoroutes françaises à compter du 1er février s’inscrit dans cette veine.

C’est le tube de l’année : augmentation générale des prix et stagnation des salaires. L’annonce d’une hausse moyenne de 2,24 % des péages sur les autoroutes françaises à compter du 1er février s’inscrit dans cette veine. Privatisées sous Dominique de Villepin pour officiellement renflouer des caisses de l’Etat déjà vides, la cession au privé des autoroutes constitue un joli cadeau aux grands groupes du BTP et un scandale d’Etat dénoncé avec vigueur mais dans le désert à l’époque par François Bayrou.

 

Du côté des concessionnaires on explique qu’il faut déduire de la hausse la taxe de 0,32 % destinée au financement des services des lignes ferroviaires déficitaires. A peine en fait 35 millions d’euros très difficilement lâchés par les propriétaires de ces nouvelles poules aux œufs d’or.

Le premier scandale c’est la hausse réelle que vont supporter les automobilistes. Le montant moyen des + 2,24 % cache des augmentations de tarifs localement beaucoup plus élevées notamment sur les tronçons les plus fréquentés. Autant dire que les Français sont loin d’être égaux devant les tarifs autoroutiers.

Au regard des bénéfices enregistrés par les sociétés d’autoroutes, plus de 1 milliard d’euros de profit en 2010, l’augmentation des tarifs en 2011 n’est justifiée ni par l’amélioration des services ni par le développement des infrastructures. Au contraire les privatisations se sont traduites par une course aux économies souvent synonyme de réduction de personnels et dégradation de la qualité du service.

Sans être devin, François Bayrou avait prévenu en 2005 à quelle sauce les automobilistes allaient être mangés. Après avoir pointé une privatisation des sociétés concessionnaires faite “en catimini“, l’élu Béarnais avait dénoncé à l’Assemblée le sacrifice par le gouvernement de l’avenir au présent en rappelant que : “Les sociétés d’autoroutes sont le bien de l’Etat qui rapporte le plus“.

Les15,5 milliards glanés en 2005 par la privatisation doivent notamment être comparés aux 40 milliards de bénéfices qui seront engrangés par les sociétés attributaires d’ici 2032, durée de leur concession. Fort de ce constat le président du Modem était allé jusqu’à contester la légalité d’une privatisation à ses yeux contraire à l’intérêt général et illégale car menée sans autorisation du parlement.

En 2007, la Cour des Comptes sous l’égide de son président Philippe Séguin publiait un rapport au vitriol sur le réseau ASF, filiale de Vinci : “L’équilibre de la concession n’est interprétée qu’à sens unique, en faveur du concessionnaire (…)Le risque d’un déséquilibre en sens contraire, c’est-à-dire de profits excessifs dans l’exercice d’une mission de service public , n’est pas pris en compte“.

L’affaire en restera là car à droite comme à gauche on a trop besoin des grands groupes du bâtiment et il serait suicidaire de se les mettre à dos.

L’appétit indécent des sociétés d’autoroutes françaises s’expliquerait selon certaines sources par leur volonté de dégager suffisamment de cash en France pour pouvoir à l’aide du pactole accumulé faire main basse sur les réseaux routiers étrangers. Une logique qui n’est pas sans rappeler celle d’EDF avec en acteurs centraux des clients captifs.

Cerise sur le gâteau pour les actionnaires, Marianne révélait il y a juste un an que cinq des six sociétés concessionnaires ont obtenu du gouvernement Fillon la prolongation d’un an de leur concession soit l’équivalent d’un cadeau de 2 milliards d’euros.

Puisque décidément le gouvernement Français démontre jour après jours ses qualités de piètre gestionnaire et sa trop grande proximité des grands groupes, une solution contre les tentations serait peut être de transférer la question des infrastructures autoroutières vers l’Union Européenne avec la constitution d’un réseau continental homogène, financé par un impôt européen.

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