François Chérèque fait fausse route sur la baisse du coût du travail

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Alors que le seuil hautement symbolique des trois millions de chômeurs vient d'être franchi, François Chérèque lance un sacré pavé dans la mare en prônant baisse du coût du travail et flexibilité. Le leader de la CFDT a aussitôt été accusé de faire de "la retape" pour le Medef et les milieux ultra libéraux européens. François Chérèque commet surtout une erreur d'analyse en consacrant le coût du travail et donc le salarié comme principale variable d'ajustement alors que les choix stratégiques et d'organisation sont primordiaux.

Fin 2011, dans les colonnes du Point, Sylvain Broyer, chef-économiste adjoint de Natixis, jugeait  que "l'industrie française ne souffre pas d'un problème de compétitivité" ,  que les problèmes de l'industrie française sont ailleurs.

L'économiste estimait notamment que le recul de l'industrie française et le creusement du déficit commercial ne relèvent pas d'un problème de compétitivité liée aux coûts de production, stable depuis les années 2000, mais à un problème de spécialisation en gamme et géographique. Ce sont bien selon lui les choix stratégiques qui sont en cause "Berlin sert surtout le consommateur, Paris le secteur public. Or ce sont les classes moyennes des pays émergents qui vont augmenter le plus leur consommation !" estimait-il.
Les coûts de production des pays européens ne concurrenceront jamais ceux de la Chine ou de nouveaux pays émergents. La réponse passe par la capacité non pas de baisser le coût du travail mais d'augmenter la valeur ajoutée et l'attractivité des biens produits par leur qualité et leur innovation. Autrement dit d'assurer une montée en gamme l'industrie, et une spécialisation sur les zones géographiques les plus porteuses.

Parce que la France n'est pas l'Allemagne et que le Medef n'est pas le patronat allemand c'est à l'Etat Français d'assurer en lien avec les industriels ces grandes orientations stratégiques. Ce n'est pas pour rien si les fleurons de notre industrie d'aujourd'hui sont issus de décisions politiques d'hier (nucléaire, aéronautique, TGV, téléphone…). Il faut aujourd'hui renouer avec cette tradition en misant sur l'éducation,la recherche et la jeunesse mais aussi un soutien public à l'initiative privée même si cela ne doit pas plaire à la Commission européenne.

Parce que l'auto-régulation du système capitaliste est un mythe avéré, il est temps de rompre avec le dogme de la pseudo concurrence libre et non faussée qui conduit l'Europe dans le mur depuis plusieurs décennies.

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