Le FN en embuscade

"Déclencher la révolution en Russie fût aussi facile que de ramasser une plume" disait Lénine. L'accélération de la dégradation des démocraties européennes notamment du sud  mais aussi, ici en France, est une vraie source d'inquiétude. Elle devrait, telle la pointe acérée d'une baïonnette, pousser le pouvoir politique à moins d'hésitations et plus de courage dans les réformes.

La sclérose du pays atteint un tel niveau que la crise systémique est proche. Perte d'autorité, absence d'éthique, corporatisme, affairisme et chômage de masse, toutes les conditions sont aujourd'hui réunies pour le grand saut dans l'inconnu. Or, quand la gauche échoue en menant une politique qui semble proche de la droite, quand le centre est inexistant, c'est un boulevard qui se dessine pour un Front National tapi dans l'ombre.

Après s'être essayé à la droite puis à la gauche, ventre affamé n'ayant point d'oreilles, c'est vers l'extrême droite que pourraient se retourner, en dernier recours, les français.

Il faut regarder la vérité en face. Crise économique, insécurité, perte de confiance dans les partis politiques classiques et dans la construction européenne … Toutes les conditions sont réunies pour que le FN devienne le pivot de la vie politique française.

Un Front national relooké, féminisé, propre sur lui et faussement républicain. Sous le maquillage le côté sulfureux demeure et la république, la Gueuze qu’il faut abattre.

Avis à ceux qui à l’UMP sont tentés par une alliance : quand on veut dîner avec le diable, mieux vaut avoir une longue cuillère.

Simple hirondelle ou vrai printemps, les législatives partielles de l’Oise qui opposeront au second tour un candidat du FN à un UMP qui n'en est pas très éloigné, est riche d’enseignements. D’autant que la candidate socialiste a été éliminée au premier tour en réunissant sur son nom moins de 12,5% des inscrits.

Le taux record de 67% d'abstention ne semble pas avoir troublé outre-mesure l'état-major du parti socialiste dont le Premier secrétaire est parti en Afrique faire la leçon à ses camarades de l'internationale socialiste.

Pourtant, pour qui sait lire les augures, l'effondrement de la côte de popularité du pouvoir socialistes, les élections partielles et l'affaire Cahuzac qui ne fait que débuter, sont les signes avant-coureurs d'un séisme politique imminent dans un contexte où l'Europe n'est plus perçue comme un bouclier ou un socle démocratique mais, comme une menace pour nos modes de vie et nos biens. Sur la carte de l’Union Européenne, la Hongrie en pleine dérive autocratique constitue un point de moisissure sur un fruit mal portant qui n'est pas sans rappeler la gangrène fasciste des années 30.

Nous devons ici en France y prendre garde. Loin de se bunkeriser, la meilleure défense étant l’attaque, le pouvoir socialiste serait bien avisé de passer à l’offensive. Et puisque les caisses sont vides, c’est sur le champ de la démocratie qui ne coûte rien qu’il devrait agir.

Précisément sur trois axes simultanément. Tout d’abord en engageant le combat pour une démocratisation des institutions européennes via un renforcement du rôle du parlement, condition sine qua non pour prétendre réorienter la construction européenne. La réforme de la Vème république ensuite  à travers l’introduction d’une dose de proportionnelle, la recherche d’un meilleur équilibre entre les pouvoirs législatifs et exécutifs et la fin d’un quinquennat mortifère par le tempo qu’il impose. Un nouvel acte de la décentralisation enfin qui ne soit pas la cacophonie organisée telle que la prévoit l’Acte 3 mais une vraie réflexion sur une organisation administrative de notre pays adaptée au 21ème siècle, régulée par de vrais contrepouvoirs et dans laquelle le citoyen aurait toute sa place.

Il serait temps de réaliser que les démocraties, comme tout mode d’organisation, ne sont pas éternelles et que, comme les vélos, quand elles n’avancent plus, elles tombent.

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