Sarkozy récidive

sarkovoeux2.jpgUn fait divers, une loi. Nicolas Sarkozy a encore cédé à ses pulsions émotionnelles. En déplacement mardi à Saint-Nazaire, le chef de l’État a tenu à s’exprimer sur la disparition de la jeune Laetitia. Bien que les conclusions de l’enquête ne soient pas encore rendues, le chef de l’État a de nouveau pointé du doigt la question de la récidive. “La récidive criminelle n’est pas une fatalité et je ne me contenterai pas d’une enquête sans suite” a précisé le président de la république qui a aussitôt demandé au gouvernement et aux parlementaires UMP de prendre au plus vite des initiatives sur le suivi des délinquants sexuels.

Pierre Moscovici pour le parti socialiste reconnaît le drame mais dénonce le tournis législatif dont est devenu coutumier l’exécutif. Sur certains sujets qu’il sait porteur dans l’opinion publique, le chef de l’État sait avoir la réactivité d’une chaîne d’information continue.

Ce n’est pas parce que ça bouge, que ça avance” avait pourtant déclaré à une autre occasion le centriste Jean Arthuis en parlant de Nicolas Sarkozy.

L’observation est tout à fait applicable au domaine judiciaire dans lequel le papillonnage du gouvernement et de la majorité UMP ressemble plus à un aveu d’impuissance qu’à une capacité à répondre par des textes efficaces à des problèmes de société.

L’empathie à tous prix. Le journaliste de France 2, Michael Darmon présente dans son dernier ouvrage Sarkozy comme une boule d’émotion. Le problème, c’est que l’Élysée ce n’est pas le bistrot du coin. Sur France Inter ce midi, Jean-Paul Delevoye, médiateur de la république déplorait sur un autre sujet, qu’en France, on a des débats politiques sur des émotions mais, on n’a pas de choix politiques sur des convictions.

Nicolas Sarkozy en est l’illustration parfaite, celle d’un homme politique qui sous couvert de volontarisme n’a pour seule baguette magique qu’un discours performatif déjà élimé par ses multiples répétitions à mi-mandat.

Le seul moment, et c’est paradoxal, où Nicolas Sarkozy redevient crédible et remonte dans les sondages, c’est quand il fait acte de silence. C’est ainsi, le grand magicien de 2007, s’est mué avec l’exercice du pouvoir en simple bateleur de foire. Le crédit de la parole présidentielle est épuisé y compris pour ce qui est des affaires extérieures.

Le roi est nu. Le quotidien helvétique Le Temps plutôt modéré a dans son édition de ce jour, 25 janvier, la dent particulièrement acérée contre notre chef de l’État. “Dans son propre pays, Nicolas Sarkozy a créé une crise d’espérance. Par ce que certaines de ses promesses sont intenables. Il ne faut pas que le président français se mette aussi à créer de faux espoirs au-delà de l’hexagone”. L’observation porte sur la présidence française du G20 mais est applicable à l’empathie débordante de l’ancien avocat et de sa majorité à l’égard des victimes.

Il n’y a pas d’un côté le parti des victimes et de l’autre celui des bourreaux. Le manichéisme habituel de Nicolas Sarkozy ne règle rien et laisse notre société entièrement désarmée face à des drames tels que celui de Pornic. Mais le crime de Nicolas Sarkozy est sans aucun doute de préférer monter les Français les uns contre les autres plutôt que de créer les conditions d’un débat pour traiter au fond un véritable problème de société.

Fuyant ses véritables responsabilités de garant du bon fonctionnement des institutions, Nicolas Sarkozy multiplie les annonces, les arsenaux juridiques et n’hésite pas à jouer sur la corde du populisme par l’introduction du jurés populaires censés remédier à des juges considérés comme trop conciliants.

L’incohérence du locataire de l’Élysée est une nouvelle fois de fustiger en creux la chaîne judiciaire, le laxisme des uns, l’incompétence des autres alors que comme chef de l’État et il ne donne pas à la justice les moyens financiers suffisants à son fonctionnement.

C’est comme à chaque fois, des mots, des mots des mots” estime Christophe Régnard, président de l’Union syndicale des magistrats qui dénonce une politisation du fait divers. “Évidemment, tout le monde est ému, il y a un crime, donc évidemment il doit être puni. Il dit qu’il faut une nouvelle loi, mais c’est la sixième en moins de cinq ans. Est-ce que ces lois étaient si mauvaises qu’il faille à nouveau les modifier ?”

Le syndicaliste rappelle surtout que les précédentes lois ont été votées systématiquement sans moyens. “Nous n’avons pas de service d’insertion et de probation, pas assez de psychiatres, pas de moyens de suivre, pas assez de juges d’application des peines dans notre pays”. Christophe Régnard souligne que Nicolas Sarkozy peut continuer à aller soutenir les victimes de ces affaires et demander des lois, mais que tant que la justice n’aura pas les moyens de les appliquer, la situation continuera.

Conscients du dérapage de leur leader, peu compatible avec le recul qui incombe à l’exercice du pouvoir, de nombreux députés UMP demandent à ne pas réagir dans l’instant. Stratégie peut être calculée du contre-pied, Christian Jacob président du groupe des députés UMP s’est ainsi déclaré opposé à toute loi d’opportunité et a indiqué une méthode de travail. “D’ici le mois de mai, on organise un groupe de travail pour regarder toute la législation qui existe et voir comment on peut avoir une meilleure application des peines et travailler sur la remise en liberté“. “On se donne trois mois de travail pour faire le point, pour ne pas réagir dans l’instant”.

Même sentiment du côté de son collègue Jean Leonetti qui juge que “L’indignation est unanime, mais nous ne devons pas avoir une réaction législative immédiate”. Le vice-président du groupe UMP a ainsi plaidé pour “une position plus globale et plus apaisée que le fait d’essayer de réagir et de trouver un coupable même s’il y a eu une défaillance dans le système“.

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