Un large débat de société

Prise de conscience

Après des décennies d'indifférence ou de tabou, notre société prend conscience qu'il lui faut aujourd'hui inventer une nouvelle approche de la mort. Soins palliatifs, accompagnement psychologique, médical, spirituel des mourants  sont les thèmes les plus souvent évoqués dans les débats qui éclatent comme feux d’artifice au sein de la société, trop longtemps réduite au silence par peur de la mort, crainte d’en évoquer la survenue et terreur de ne pas savoir comment y faire face et l’apprivoiser.

Qu'apporter?

Comment apporter au mourant l'écoute dont il a besoin, tout en le laissant libre de choisir ses interlocuteurs, les soins qu'il souhaite recevoir, le réconfort dont il veut bénéficier, le cadre où il préfère vivre ses derniers jours ? Quel rôle peut jouer l’entourage, réuni autour de sa personne, rassemblé aux abords de son lit, penché sur son corps meurtri, à l’affut de l’expression de ses besoins par lui-même ou ses intermédiaires choisis parmi la famille, les amis, le corps médical, les accompagnants d’ordre religieux ou séculier?

Que répondre?

Répondre à ces questions est devenu une cause nationale dans un pays soumis à la spiritualité de l’occident faite d’un mélange d’influences religieuses diverses, de sécularisations en cours, de réminiscences païennes qui expliquent la diversité des réponses aux questions posées sur les réactions à l’advenue de la fin de vie et au commencement problématique, mystérieux d’une autre phase restée cachée puisque personne n’en est revenu pour témoigner. Faute d’être instruit sur ces points et ces interrogations, il s’agit de résister à l’oubli de l’origine, d’en appeler à la maitrise du temps pour assurer la liberté de l’homme et l’évocation d’un jour futur qui sera tout entier repos pour une vie du monde qui vient ou se fait attendre après que fut introduit dans l’existence la dimension essentielle dont le monde contemporain, livré à la démesure doit prendre conscience.

Un projet

Contre le projet prioritairement économique, obsédé par la satisfaction du besoin et le culte de la croissance, ne s’agit-il pas d’opposer une vision d’avenir liée non à un manque mais à une plénitude. Raison de plus pour rappeler l’indispensable valeur de la limite et du lien entre les générations, instant d’éternité qui remet à jour la signification d’un temps plénier et porte l’espoir d’une libération progressive de la condition humaine. Est-ce pour en préserver la richesse et l’acuité, la plénitude rappelée que les hauts dignitaires des trois grandes religions monothéistes unissent leurs voix pour clamer leur opposition à l’emploi de la sédation, cocktail administré pour atténuer la conscience au risque de hâter la survenue de la mort, considérant que ce prélude porte avec lui le risque d’une justification du droit à donner la mort ?

Revendication du mourir responsable

Au fond d’une revendication générale en faveur d’un mourir responsable plus que d’un bien mourir il y a la prise de conscience toute neuve de la possible volonté en faveur d’une fin de vie placée sous le contrôle de la conscience, d’un libre choix, de la détermination autonome pour le lieu, le cadre, l’entourage humain, le moment du mourir. Ces conditions sont voulues pour l’homme en fin de vie contrairement à ce qui se passe à son début où la naissance est jetée au hasard des lieux, du cadre, du décor et du milieu humain individuel et collectif.

Un progrès?

Est-ce un progrès de l’humanité, catalysé à cause ou malgré la prise en main par l’individu de la maitrise du mourir ? Comme cela avait été fait plusieurs années plus tôt pour celle de la procréation et l’acceptation ou le refus d’enfant. Comme la société s’était débarrassée de l’impératif de tuer pour rendre la justice. Comme elle se décide maintenant à convoquer autour du lit de mort les autorités habilitées à conseiller sans décider, à rassurer sans juger.

Allumer les projecteurs

De plus en plus nombreux sont les projecteurs destinés à éclairer les recoins qui projettent leur ombre portée sur les structures restant à mettre en pleine lumière avant de l’éteindre pour l’ultime sommeil. Une de celles-ci avait été allumée par l’université pour illuminer de sa science les obscurités et chasser les brouillards des interfaces entre la vie et son extinction. Elle devait apparaître avant qu’une société des vivants s’occupe de la meilleure manière d’assurer leur passage dans le royaume des morts. Des vents contraires n’ont pas permis que cette étape soit abordée en temps et en heure. Il souffleront un jour pour gonfler les voiles qui permettront au voilier d’aborder les rivages de la raison et du droit. 

 

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