La bête humaine

Sous ce titre, le quotidien "Le Monde" traite du changement d’attitude de l’opinion publique envers l’animal en l’espace d’un petit siècle. Ce bouleversement fait suite à l’attitude officielle de la représentation française vis à vis des être vivants que l’on appellera dorénavant des "êtres vivants doués de sensibilité".

Sous ce titre, le quotidien "Le Monde" traite du changement d’attitude de l’opinion publique envers l’animal en l’espace d’un petit siècle. Ce bouleversement fait suite à l’attitude officielle de la représentation française vis à vis des être vivants que l’on appellera dorénavant des "êtres vivants doués de sensibilité". Une telle posture est moins le fruit du hasard que de la prise en compte de plus en plus rationalisée, éthique et affective des attitudes que l’homme est incliné à prendre à mesure que les travaux des éthologues font apparaître les conséquences des comportement humains sur la destinée à longue échéance de ses cousins, sinon frères chromosomique.

Changements climatiques

Depuis l’apparition de l’humanoïde sur notre planète, les conditions de vie y ont changé pour des raisons climatiques, existentielles et relationnelles. L’animal était, au début, une cible de chasse au moment où l’homme devait se nourrir de sa chair, de sa carcasse et de sa viande en provenance de ses muscles et de tous les composants de son corps que voulaient bien lui laisser les charognards envoyés par la nature en vue de nettoyer la planète des restes laissés par les prédateurs.

Sous quelles influences, les humains se sont-ils jetés sur la viande après avoir dévolu leur appétit et leur quête de nourriture auprès des fruits et des légumes? Cette rupture brutale avec le type d’alimentation qu’ils avaient privilégié a marqué une date importante dans l’évolution de l’homme. Ses enzymes avaient été adaptés depuis longtemps à la digestion des produits de la cueillette. Ils devaient dorénavant se consacrer à celle des résultats de la chasse, voire de la pêche. Au cours des années inaugurales de la présence de l’être humain sur la planète, on ne se préoccupait guère du sort des animaux. S’ils étaient considérés comme des êtres vivants tout comme leur lointain cousin humain, ils n’en avaient nullement les caractéristiques, en particulier celles de la réflexion, de la pensée, de l’affectivité, des sensations. Cette vision amenait ses conséquences inéluctables: ils n’étaient qu’une chose dont on pouvait disposer à sa guise et traiter comme un être inanimé avec lequel on n’était lié ni par l’affection, ni par le devoir, encore moins par les droits.

C'est plus récemment que l’optique envers les animaux a changé au point de se renverser à 180°.

En France, on vient de voter une loi reconnaissant le caractère de l’animal après des années et des siècles d’ignorance, sinon de mépris de l’animal. La définition des animaux est passée dans le code civil de «bien meuble» à «être vivant doué de sensibilité». Bien mais pas suffisant selon les associations et des élus écologistes. Les députés ont reconnu aux animaux la qualité symbolique d'êtres vivants doués de sensibilité, alors que jusqu’à maintenant le code civil les considérait comme des biens meubles. Cette modification législative fait suite à une pétition lancée par une fondation qui a reçu le soutien de plusieurs intellectuels.

Au terme d’un long débat, les députés ont voté un amendement en ce sens, dans le cadre d’un projet de loi de modernisation et de simplification du droit. Des êtres sensibles Actuellement, le code rural et le code pénal reconnaissent, explicitement ou implicitement, les animaux comme "des êtres vivants et sensibles". L’amendement doit permettre de concilier la qualification juridique et la valeur affective de l’animal. Pour parvenir à un régime juridique de l’animal cohérent, dans un souci d’harmonisation de nos différents codes et de modernisation du droit, l’amendement donne une définition juridique de l’animal, être vivant et doué de sensibilité, et soumet expressément les animaux au régime juridique des biens corporels en mettant l’accent sur les lois spéciales qui les protègent. C’est un amendement de cohérence avec le code rural et le code pénal qui n’entraine aucune conséquence juridique, aucun effet juridique non maitrisé.

De son côté, une fondation a estimé que cette modification était «une simple évolution juridique» en aucun cas une révolution pour les animaux. Que le statut de l’animal passe de "bien meuble" à "être vivant doué de sensibilité" est normal. Ce qui est anormal en revanche, c’est de ne pas l’avoir fait plus tôt.

«Il s’agit simplement d’harmoniser les textes, mais en aucun cas de remettre en cause l’exploitation animale. 89% des Français sont favorables à une telle modification du code civil. A la même période, une vingtaine d’intellectuels, philosophes, écrivains, historiens et scientifiques français se sont également prononcé en ce sens dont des philosophes comme Michel Onfray et Luc Ferry, l’écrivain Erik Orsenna, de l’Académie française, l’astrophysicien Hubert Reeves et Matthieu Ricard, moine bouddhiste et docteur en génétique cellulaire. Un groupe d’études sur la protection animale à l’Assemblée, prépare une proposition de loi bien plus ambitieuse sur le statut de l’animal.

On a présenté des sous-amendements pour remettre en cause des pratiques qui nient cette sensibilité animale comme l’élevage intensif. S’ils ont été soutenus par une socialiste, également membre du groupe de protection animale, ils ont été rejetés, de même qu’un amendement pour interdire la corrida et les combats de coq, pratiques qui vont à l’encontre du caractère sensible de l’animal. Cet amendement a été jugé hors sujet par une députée des Pyrénées-Atlantiques où la tauromachie est répandue.

A quand la promulgation de la loi ?

On ne sait pas encore si et quand cette loi risque d’être promulguée ni quelles pourraient en être les conséquences sur les traitements des animaux dans certaines circonstances comme l’élevage en batteries, les combats d’animaux, voire la tauromachie qui apporte avec elle une notion sacrificielle par la lutte inégale entre l’homme et le taureau et les vertus attribuées à ce dernier en termes de courage, d’héroïsme et de gardien de traditions inébranlables, ancrées dans la mémoire commune dans certaines régions particulièrement sensibles à la nécessité de continuer à offrir au sein des arènes le spectacle d’animaux puissants luttant jusqu’à la mort contre l’homme qui s’acharne à vouloir les tuer avec noblesse, vertu et dignité. La tauromachie est un combat à l’issue duquel le taureau est mis à mort, soit lors de jeux, sportifs ou burlesques.

L'emploi du mot tauromachie comme synonyme de corrida ne reflète pas la réalité des spectacles taurins qui varient selon les pratiques et les pays. D'autres pratiques tauromachiques ont acquis une forme stable, des règles codifiées et une réelle institutionnalisation. Les historiens de la tauromachie s'accordent à dire que l'on ne peut dater de façon certaine l'apparition de celle-ci car nous ignorons les origines exactes des jeux tauromachiques dont l'épanouissement fut réservé à l'Espagne. Beaucoup restent prudents sur la datation de l'évolution des jeux de village en des fêtes ordonnées, avec une réglementation et des codes. Bien avant d'être le privilège de la noblesse espagnole à cheval, la tauromachie était un jeu de paysans, avec des jeunes qui s'amusaient à défier les taureaux sauvages. La tauromachie codifiée, ancêtre de la corrida a bien été d'abord l'apanage d'une noblesse cavalière, en Espagne. L'expansion de la corrida à pied correspond à une prise de pouvoir par le peuple, la tauromachie étant un art essentiellement populaire.

En France, de l'autre côté des Pyrénées, la tauromachie était restée aux mains du peuple. C'était essentiellement une tauromachie à pied qui s'est développée par la suite sous plusieurs formes de jeux, essentiellement athlétiques. La corrida chevaleresque et la tauromachie populaire se conçoivent comme des spectacles, dans un cadre festif, qu'il s'agisse de célébrer un événement ou une fête locale annuelle. Le statut de l’animal soulève d’autant plus de questions que sa consommation au cours des derniers siècles est en constante augmentation, que cette source de protéines est d’autant plus appréciée qu’elle aurait contribué à renforcer la puissance de l’homme, les changements de sa morphologie et augmenté sa résistance aux infections et à la maladie. C’est sur ces arguments que se fondent les bienfaits attribués à l’alimentation carnée.

Évolution du régime carné

Cette posture de notre culture pourrait être modifiée par l’évolution de ce régime carné vers une autre forme d’alimentation dont elle dériverait et qui ne serait autre que sa substitution par des nutriments ayant les mêmes propriétés, et non plus dérivées de l’abattage d’animaux mais de moyens de fabrication d’ordre chimique, enzymatique, voire génétique. Fallait-il poser à propos du débat sur les caractéristiques de l’animal la question de l’âme dans le cadre de la controverse de Valladolid. La question était de savoir si les Espagnols pouvaient coloniser le Nouveau_Monde" et dominer les indigènes, Amérindiens par droit de conquête, avec la justification morale pouvant permettre de mettre fin à des modes de vie observés dans les civilisations précolombiennes, notamment la pratique institutionnelle du sacrifice humain, ou si les sociétés amérindiennes étaient légitimes malgré de tels éléments et que seul le bon exemple devait être promu via une migration"

Dès le début du XVIè siècle, des voix se font entendre pour condamner les exactions commises sur les Indiens. De là à porter la discussion sur les traitements infligés aux animaux, il n’y eut qu’un pas franchi avec plus ou moins d’allégresse. De cette manière les deux questions tendirent à être liées. On parla des peuples colonisés, considérés comme primitifs, inférieurs et dont on se demandait s’ils avaient une âme. Cette question fut ensuite posée à propos des animaux au sujet desquels le doute pouvait être permis quant à la possession d’une âme comme on l’avait attribuée à l’humain sous réserve qu’il ne fût pas colonisé, appartenant à la religion majoritaire catholique ce qui le rendait digne de figurer dans l’espèce humaine à part entière.

Les animaux ont-ils une âme? Ce débat n’est plus très éloigné de celui qui concerne les propriétés cognitives, spirituelles, sensitives de certains mammifères dont certains comportements suggèrent qu’ils appartiennent à la même espèce que celle de l’homme, surtout depuis qu’au comptage des chromosomes, on s’est aperçu que ce denier en possédait presque autant que les grands singes, devenus depuis des cousins germains de notre espèce.

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