Herbert Geschwind

Apprentissage tout au long de la vie, historien des conflits, de la déportation et de la Shoah

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Billet de blog 26 janvier 2016

Herbert Geschwind

Apprentissage tout au long de la vie, historien des conflits, de la déportation et de la Shoah

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Le bien et le mal

On ne fait jamais assez de bien mais un mal que l’on fait de trop, disait Jankélévitch. La conscience morale est une mauvaise conscience, car elle est très ou trop sensible. Le sommeil du juste c’est comme une insomnie. On ne peut jamais se dire que l’on a vraiment fait le bien quand on est scrupuleux. Comme se reprocher de ne pas avoir été là au moment où quelqu’un se meurt seul.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Tourments de la conscience morale

Comment se représenter le bien et le mal ? Dormir du sommeil du juste est une faute irréparable à propos de laquelle on se demande ce qu’il faut se reprocher. Ce sont les tourments de la conscience morale. Bien et mal relèvent d’une représentation binaire, comme le sont deux garnitures de cheminées allégories de la gentillesse et de la méchanceté. Cette symétrie n’est pas exacte. Le mal est facile à observer en tant que réalité plus évidente que le bien qui est une nébuleuse.

Éducation des enfants

C’est bien un moyen pour éduquer les enfants comme cela se passe au jardin d’Éden, comme l’a soutenu Rémy Brague. On pense qu’interdire quelque chose à un enfant c’est lui dire que c’est mal non seulement pour lui-même mais aussi pour sa santé, que c’est  mauvais pour lui. En hébreu il n’y a pas de distinction entre ces termes, entre mal, mauvais et interdit.  

Le mal, le mauvais et l'interdit

Ce qui est interdit c’est la curiosité, la connaissance, c’est se poser en rival de Dieu, quand est découverte la possibilité de transgresser. Il y a une dissymétrie entre le bien et le mal. Quand on est trop scrupuleux on se reproche toujours une faute, comme celle de n’être pas là au moment de la mort de quelqu’un. Si le bien est un fait, le mal est-il comme un affrontement? Si le mal est un fait, le bien est- il une fiction ?

Réalité et nébuleuse

Le mal est une réalité plus évidente que le bien qui est une nébuleuse. On va au jardin d’Eden où sont les enfants, on interdit à l’enfant moins parce que c’est mal que parce que c’est mauvais pour lui en général, sans doute aussi pour sa santé. En hébreu on ne distingue pas le bon du bonheur. Quel est le rôle de l’interdit de manger des fruits abimés, pourris. Liberté ou connaissance sont interdits. Il y avait autrefois le bon et le mauvais avant l’interdit moral auquel il est de plus en plus difficile de donner un sens. Dès qu’il y a connaissance, est-on dans le registre de la liberté dont on découvre la connaissance en soi avec la possibilité de transgresser? Dieu dit que quand il a fait quelque chose Il a trouvé que c’était bon. Dieu n’est pas un soixante-huitard. Pourquoi mettre Dieu comme référent tout puissant, alors qu’il a été créé par l’humain ? L’homme peut dire : je suis étranger au monde ou je m’identifie à lui. Pourquoi ne pas être libre et bon ? L’homme a créé Dieu à son image.

Connaissance

La connaissance acquise c’est celle de découvrir notre propre mortalité, car un jour on va mourir ce qui nous fait spectateur de soi-même pour accéder à notre humanité.  La nudité, la honte, la punition est extrême pour avoir croqué un fruit. Le Diable a bon dos dans ces aventures, ces attributs lancés à la légère, car le vrai coupable est l’homme qui est responsable. L’homme est mauvais, le mal n’existe pas en soi mais aussi les intentions qui sont le mal en soi. L’exemple du mal est-il à  celui des Arméniens massacrés par les Turcs, dont des enfants.

Un mal absolu?

Est-ce qu’il y a un mal absolu ? L’homme commet des atrocités de façon programmée, organisée, sans qu’il reste un témoignage. On tente d’annuler l’acte commis sans sépulture, comme si cela n’avait pas existé. Ce qui incite à aider les morts à réintégrer l’espace commun sans mémoire. Pourquoi y a-t-il plus d’assassinats d’enfants que d’adultes, comme le montrent les nombreux cadavres flottant dans la mer ? Le mal absolu, c’est l’extermination sans excuse ni explication recevable, permettant d’évacuer quelque chose d’indicible, qui est privé de réflexion, quand la raison bute sur le problème du mal, devenu pour certains la banalité. Au Rwanda on a inscrit dans la normalité la racine du mal. La racine du mal ce sont  deux jumeaux qui se lançaient des regards de haine, en disant : la poire je l’ai volée en tant que turpitude de l’enfance. C’est sa liberté ? Celle de dire non, de désobéir.

Le mal sans raison de St Augustin

St Augustin fait allusion au mal sans raison, à l’instar de Jankélévitch.  Rousseau a créé une entreprise qui n’a jamais eu de précédent. Où est le bien et où est le mal ? Le mal gratuit existe dans la volupté de faire le mal mais son récit le disculpe de l’avoir fait. Dans le remords, la bonne conscience s’oppose à la mauvaise où ce sont les douleurs du remords qui sont ressenties. Et si le bien était un mal ? Les pires maux ont été accomplis au nom du bien. Je l’ai dit dans les confessions, donc j’en suis disculpé. Certains disent que la bonne conscience c’est le mal. C’est la faute à la société, c’est une chute, à l’occasion de laquelle est rejoué le schéma théologique.

Les raisons de faire le mal

Il y a toujours une bonne raison de faire le mal. L’innocence des « malheurs de Sophie » qui découpe les petits poissons et qui laisse accuser le valet alors qu’elle avoue que c’est elle qui les a découpés. C’est l’exemple parfait de la feinte innocence, de l’aveu de son massacre. Dans cette affaire, la justice doit être universelle. Ce sont ses remords.  Il faut certes avouer et pardonner mais son père lui avait donné un joli couteau qui a servi à découper le poisson avec une feinte innocence tout en faisant une chose très perverse.

Innocence et perversité

Ce conte de la comtesse de Ségur est l’exemple de la description du mal, dans laquelle les fautes sont avouées et déjà elles se glissent dans la voie de pardon. Cependant l’enfant resta un peu triste du fait du remords ainsi causé à la suite de l’acte d’avoir tué le poisson. Après avoir parlé du bien, est-il plus facile de parler du mal ? Peut-être si l’on considère ce qui vient d’être dit du bien. On ne saurait  l’évoquer qu’en fonction de la nécessité de le confronter au mal qui lui sert en quelque sorte d’antidote.

Antidote et relativité

Se pose la question de l’existence du bien en soi, car ce qui est appelé ainsi est relatif aux situations et aux cultures. C’est ce qui refoule le mal radicalement relativisé alors qu’il a été le bien d’hier, de demain ou d’ailleurs. Est-ce une part d’ombre dans un monde que la lumière ne saurait visiter ou qu’elle n’a jamais eu l’intention de visiter ? D’aucuns pensent que le mal aurait quelque réalité puisque de toutes parts sa présence, son existence sont évoquées ou souvent niées plus que ne l’est l’idée du bien.

Le mal: existence ou banalité?

Ce mal existe sous la forme d’un problème devenu plus récemment une banalité telle qu’il a été présenté dans la réflexion éthique par Hanna Arendt. Elle en parle comme d’une implication lorsqu’il devient totalité, physique, morale, métaphysique et qu’il concerne la globalité de l’être humain envahi par lui, sans possibilité de lui échapper, de trouver la moindre fuite pour se dérober à son emprise, sa suggestion ou sa domination sur l’esprit et le corps, même quand ce dernier est mis en sommeil. 

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