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Billet de blog 14 janvier 2026

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Trump n'en est pas à l'origine : c'est inscrit dans les gènes de cette nation.

" Dans l'hémisphère occidental, l'adhésion des États-Unis à la doctrine Monroe peut les obliger, même contre leur gré, dans des cas flagrants d'injustice ou d'impuissance, à exercer un pouvoir de police internationale... »

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« Le continent nous a été attribué par la Divine Providence pour mener à bien la grande expérience de liberté et d'autonomie gouvernementale. » Non, ce n'est pas le dictateur Donald Trump qui l'a dit, mais John Cotton, chef de la secte puritaine, l'une des deux qui avaient commencé à peupler d'Anglo-Saxons ce qui allait devenir plus tard les États-Unis. Par « mandat divin », ces envahisseurs se sont approprié les terres des peuples autochtones.

Rappelons que c’est autant la secte puritaine que celle des pèlerins qui ont posé le cadre idéologique messianique de cette nation, comme nous le verrons avec quelques exemples.

« L'Amérique pour les Américains » est une phrase qui, ces dernières semaines, se répète dans les bars et les forums de discussion, principalement en Amérique latine. Elle n'a pas non plus été prononcée par le dictateur Trump. Elle résume le célèbre discours du président James Monroe du 2 décembre 1823, prononcé devant le Congrès et connu sous le nom de « doctrine Monroe ». Avec elle, le gouvernement étasunien s'est arrogé la propriété du continent et a assumé le rôle de protecteur, un gardien que personne n'avait demandé, mais qui lui a servi de justification pour de nombreuses interventions régionales au cours des XIXe et XXe siècles. Et c'est cette doctrine que Trump a décidé de faire revivre.

« Tout le continent nous a été attribué par la Divine Providence pour mener à bien la grande expérience de liberté et d'autonomie gouvernementale. C'est un droit similaire à celui d'un arbre d'obtenir l'air et la terre nécessaires au plein développement de ses capacités et à atteindre la croissance qui lui est destinée. Ce n'est pas un choix pour les Américains, mais une destinée à laquelle ils ne peuvent renoncer, car cela reviendrait à rejeter la volonté de Dieu. Les Américains ont une mission à accomplir : étendre la liberté et la démocratie, et aider les races inférieures. Ils doivent ensuite apporter la lumière du progrès au reste du monde et garantir leur leadership, car ils sont la seule nation libre sur Terre. » Ce n'est pas non plus le dictateur Trump qui l'a dit : ce fut écrit en juillet 1845 par le journaliste John L. O'Sullivan, dans son célèbre article « Annexion », publié dans le magazine The Democratic Review.

« Le charbon est un cadeau de la Providence, conservé par le Créateur de toutes choses dans les entrailles du Japon pour le bénéfice de la famille humaine. La quantité de charbon que possède ce pays est si abondante que son gouvernement n'a aucun argument valable pour ne pas nous fournir cette ressource à un prix raisonnable. » Autrement dit, presque gratuitement. Trump a peut-être repris cette idée pour parler du pétrole du Venezuela, de l'Irak, de l'Afghanistan ou de la Syrie... mais en réalité, ces mots ont été prononcés par le secrétaire d'État Daniel Webster le 10 juin 1851, sous la présidence de Millard Fillmore. Cette déclaration illustre non seulement la logique interventionniste et intrusive des États-Unis depuis le XIXe siècle, mais elle a également créé un précédent pour légitimer le pillage des ressources d'autres peuples. Dans cette perspective, la souveraineté étrangère devenait un obstacle illégitime, car les ressources étaient considérées comme les leurs, même si elles étaient « déposées » en dehors de leurs frontières.

« Nous sommes les maîtres des Philippines. Nous avons été choisis par Dieu pour apporter la civilisation à ces îles. Notre tâche est impériale. Il n'y a pas d'autre destin pour nous. [...] Le drapeau de notre pays doit être le drapeau de la liberté, et il doit flotter aux quatre coins du monde. Nous ne renoncerons pas à notre part dans la mission de notre race, confiée par Dieu, celle de civiliser le monde.». Ce n'est pas non plus le dictateur Trump qui a prononcé ces mots. Ils appartiennent au sénateur Albert Beveridge, dans un discours devant le Sénat le 9 février 1900.

« Si une nation démontre qu'elle sait agir avec une efficacité raisonnable et avec un sens des convenances en matière sociale et politique, si elle maintient l'ordre et respecte ses obligations, elle n'a pas à craindre une intervention des États-Unis. Mais l'injustice chronique ou l'importance qui résulte d'un relâchement général des normes d'une société civilisée peut exiger, en conséquence, qu'une nation civilisée intervienne, en Amérique ou ailleurs. Dans l'hémisphère occidental, l'adhésion des États-Unis à la doctrine Monroe peut les obliger, même contre leur gré, dans des cas flagrants d'injustice ou d'impuissance, à exercer un pouvoir de police internationale. » Non, l'origine de ces terribles phrases n'est pas le dictateur Trump, même s'il aime se les approprier. Elles ont été prononcées par le président Theodore Roosevelt dans son discours devant le Congrès le 6 décembre 1904, dans ce qui allait devenir le « Corollaire à la doctrine Monroe » ou « Corollaire Roosevelt ».

« Le jour n'est pas loin où trois drapeaux à étoiles et rayures marqueront en trois points équidistants l'étendue de notre territoire : l'un au pôle Nord, l'autre au canal de Panama et le troisième au pôle Sud. Tout l'hémisphère sera nôtre, comme il l'est déjà moralement, en vertu de notre supériorité raciale. » Même si ce sentiment est profondément ancré en lui, le dictateur Trump n'est pas suffisamment intelligent pour formuler une telle phrase. Elle a été prononcée par le président William Howard Taft en 1912, au milieu des interventions militaires menées alors par les troupes étasuniennes en Amérique latine.

C'est ainsi qu'ils ont parlé et agi. C'est ainsi qu'ils continuent d'agir. La faute en revient bien sûr à la Divine Providence, qui les a condamnés à ce« destin manifeste » d'imposer la civilisation et la démocratie sous la menace des armes. Trump, comme ses prédécesseurs, n'a pas eu d'autre choix.

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