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Billet de blog 18 oct. 2020

Un crime politique

Hervé Sciardet
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L'assassinat d'un enseignant en histoire, directement lié au contenu d'un cours qu'il a donné en application des programmes de l'Education nationale, amène  très normalement de nombreux enseignants à faire remonter des informations sur les difficultés à faire cours sur certaines parties des programmes et à réfléchir sur la sagesse pratique à mettre en place dans leurs cours, la prudence,  qui n'a rien à voir avec la crainte ou l'abstention. C'est effectivement aux enseignants de trouver la voie, le passage, le lien. Par contre, en réaction à cet assassinat,  certains et pas seulement des enseignant, avancent l'idée  que d'une certaine façon, par son manque de prudence, Samuel Paty se serait lui-même mis en danger. Ce n'est en réalité que la version faible, craintive, dépendante de la forme forte de ce jugement, formulée  par ceux qui justifiant le crime, considèrent que par sa provocation, il l'aurait un peu cherché, La provocation est du côté de la victime.  Dans sa forme  l'argument est ancien et couramment invoqué pour amoindrir la responsabilité du violeur. Par son manque de pudeur, "elle l'a bien cherché".  L'extermination des juifs d'Europe par les nazis a été et est toujours relativisée, sur un fonds d'anti judaïsme chrétien, par une partie de la population européenne : par leur "arrogance", leur "sens des affaires" les Juifs "l'ont bien un peu cherché". Ne nous y trompons pas, c'est plus grâce par  la sacralisation de la Shoah et  la reconnaissance officielle du crime, que par une connaissance historique exact, et un jugement moral sur,  que l'expression de sentiments profondément  ancrés dans la culture et dans la tradition sont contenus. Loin de moi l'intention de réduire ad hitlero ceux qui réfléchissent à  la prudence dans la salle de cour, pas plus que le peuple chrétien. Je ne suis ni enseignant ni pédagogue.  Mais il n'est pas seulement question de pédagogie. Le crime d'Abdoullakh Anzorov n'est pas la réaction d'un animal blessé par une manoeuvre maladroite, ni d'un jeune homme heurté dans sa culture et dans sa foi. C'est l'aboutissement logique d'un projet politique qui s'appuie sur une formulation bigote et ultra violente de l'islam. L'organisation d'Abdelhakim Sefrioui, à l'arrière plan  des actes dont  ce crime est l'aboutissement, n'en est qu'un des élément, mais un des plus radicaux. L'actualité grecque nous offre avec la condamnation à de très lourdes peines des dirigeants du mouvement néo-nazi Aube doré pour leur responsabilité, en tant qu'organisation politique, dans l'assassinat  du rappeur antifasciste Pavlos Fyssas,  une sorte de jurisprudence. Car c'est bien de cela qu'il s'agit avec l'assassinat du professeur d'histoire Samuel Paty, d'un crime politique. Ce crime est intervenu dans le contexte d'actes délibérés d'un certain nombre de personnes qui l'ont objectivement permis, sinon intentionnellement guidé. Quelques uns sont peut-être simplement des bigots ordinaires. Mais au moins pour l'un d'entre aux, l'action est aussi soutenue  par une idéologie qui plonge ses racines dans l'histoire politique et religieuse du monde musulman. L'islam est le terreau de beaucoup d'autres plantes, il en est d'ordinaires, qui accompagnent la vie ordinaire des gens ordinaires, comme vous et moi. Il en est de magnifiques, qui accompagnent la vie de personnes exceptionnelles. Mais il y a aussi cette idéologie-là,  une idéologie politique théocratique et totalitaire, pour laquelle la distinction entre la société civile, l'état et la religion n'existe pas. Il est important de  distinguer  cette idéologie et de la caractériser.  Et de connaître, dans leur diversité, ceux qui la mettent en pratique. 

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