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La première chose qui me revient en apprenant le décès de Jacqueline de Romilly, c'est son effort pour mettre au jour l'humanisme des Grecs. Au travers de la figure d'Hector, dresseur de chevaux, c'est une vision de l'homme qu'elle a su retrouver. De quoi s'agit-il ? Le combat entre Achille et Hector n'est pas un combat partisan au sens où se dessine un vainqueur et un vaincu. Jacqueline de Romilly relève la tête du mourant Hector et de toutes les valeurs qu'il incarne au nom d'une réalité autre que celle que l'Histoire a la fâcheuse habitude de retenir. Ce ne sont pas les vainqueurs qui écrivent l'histoire mais aussi bien ceux qui auraient pu se retrouver couchés dans la poussière. Ainsi Achille et Hector ne seraient le visage que d'une même personne. C'est en appuyant sur tout ce qu'Achille n'est pas et en faisant sortir la douceur d'Hector que Jacqueline de Romilly a dessiné les contours de notre humanisme. A la fois poème de la force et de la pitié, l'Iliade ne cherche pas à lever les ambiguïtés entre le bien et le mal mais plutôt à indiquer que nous sommes constitués d'une force, d'une véritable arme vivante, que l'orgueil des hommes ne sait pas entendre. Cette "plainte humaine" est la douceur d'Hector. Pour Jacqueline de Romilly, la guerre homérique n'oppose pas une vision pessimiste ou optimiste de l'humanité mais bien une "association naturelle dont nous n'avons plus le pouvoir de sentir l'évidence". C'est grâce à ce travail sur la beauté des gestes du Troyen, de son éternelle sollicitude à l'égard des siens, de la supplique de son père pour la dignité de son corps que la guerre homérique est belle. Jacqueline de Romilly était-elle amoureuse d'Hector ? Sans doute de cet amour qu'elle a manifesté pour la lettre des grecs autant que pour cet esprit qu'elle s'est efforcée d'insuffler à notre époque.
Hector (Jacqueline de Romilly - ed. de Fallois).
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