En ce temps-là, si un film rapportait de l'argent, il était bon. En ce temps-là, si le Président Nouveau vendait des produits français, il était bon.
Jean-Luc Godard :
"Le cinéma coûte de l'argent, on est d'accord. Il a toujours été magnifié et pourri par l'argent, ce qui en fait le grand témoin du XXe siècle, car c'est la manière de dépenser de l'argent qui est importante dans le cinéma. Même au temps des studios, le producteur payait "son" film, un film précis, fait par Untel avec Unetelle. C'était ce choix qui importait. Dans un texte de 1947, d'Astier écrit : "Pendant quatre ans, dans la Résistance organisée, l'argent était tombé au rang de moyen, il n'était plus une fin." Dans le cinéma, aujourd'hui, le problème est qu'il n'y a plus personne pour dire : c'est ce film-là que je veux. L'argent est devenu le premier critère d'évaluation : tel film a rapporté tant, donc il vaut ceci ou cela. Et le cinéma français s'est rallié à cette optique. Ceux qui marchent sont bons. Point. C'est un peu trop simple pour ressembler à une quelconque vérité. On dit même, couramment : ce film fera un carton. Quel drôle de mot, on croirait le Pentagone qui décrit le succès des bombes en Irak, en Serbie ou en Afghanistan. Il faut écouter les gens de cinéma, même les critiques, cela fait frémir. Jamais, d'un livre, Robert Maggiori ne dira : il a coûté tant, il a rapporté tant. Pourquoi le fait-on au cinéma ?"
"Le cinéma a été l'art des âmes qui ont vécu intimement dans l'Histoire", entretien avec Jean-Luc Godard, propos recueillis par Antoine de Baecque, dans "Libération", samedi 6 et dimanche 7 avril 2002.
En ce temps-là, le luxe était une industrie, la mode était culturelle, la culture était mitterrandienne.