En ce temps-là, la nuit attirait du monde.
— Qu'est-ce qu'il faut comprendre ?
— Comment ça ?
— Quand tu écris : "En ce temps-là, la nuit attirait du monde" ?
— La nostalgie, tu connais ?
— Pas bien. Tu penses aux vieilles photos ?
— Pas seulement... Aux vieux films, aux vieilles voitures... Aux collectionneurs... Et même aux vieux militants...
— Au vieux militants ?
— Oui, aux vieux militants du PCF, arc-boutés sur l'histoire de leur parti, si peu communiste... Inamovibles... La forme "parti" est si usée, si peu adaptée aux exigences de l'émancipation...
— Tu penses aussi au PS ?
— Le PS est mort. Et ses militants sont en deuil. Un deuil infini... Les héritiers de Tonton n'en finissent pas de faire l'inventaire de ce qu'il ne leur a pas laissé.
— Et le NPA ?
— Ils ont laissé tombé le mot "communiste". Et ils ont pris la forme "parti". C'est que les mots comptent dans le choix d'un nom.
— Et c'est quoi, la nuit ?
— La nostalgie. Mais pas seulement... C'est aussi la nuit des prolétaires. Jacques Rancière, tu connais ? La nuit, il se passe des choses, qui ne relèvent pas du rêve... L'ouvrier écrit un poème, l'instituteur tourne un film, l'employé écrit un tract...
— Tu délires ?
— Pas du tout.