En ce temps-là, le maire de Calais aimait la propreté.
— Qu'est-ce qu'elle dit, la dame ?
— "Le contexte calaisien a évolué de façon négative ces dernières semaines."
— C'est quoi, "le contexte calaisien" ?
— Va savoir... Je continue... "Le comportement des migrants envers la population est de plus en plus agressif."
— Pourquoi n'a-t-elle pas tout simplement dit : "Vraiment ! Ces étrangers, aucune éducation ! De vrais sauvages ! Quand tu vois comment ils sont reçus en France et comment ils se comportent !" ?
— Je continue... "Il faut savoir dire stop."
— Elle a un savoir...
— "J'ai remis à Eric Besson, en début de semaine, les plaintes recueillies ces trois derniers mois. Il ne s'agit pas simplement de déménager la jungle mais de mettre en place une stratégie pour démonter tous les squats de la ville."
— "Déménager la jungle" ! Elle parle des gens, quand même !
— Non, elle ne parle pas des gens. Tu n'as pas compris. Elle est écologiste ; elle parle des animaux et des plantes. Je continue... "Déplacer le problème"... Tu vois bien qu'elle ne parle pas des gens... "Déplacer le problème hors de Calais, ça me va très bien ! On n'est pas à vie condamnés à accueillir les migrants ! On a 15 % de chômeurs, l'aide aux migrants nous coûte entre 400 000 et 500 000 euros par an, ça nous pénalise."
— Le mot "égalité" n'est probablement pas son mot préféré...
— Probablement pas. Pour elle, il y a des gens qui font problème. Qui font tache, qui gâchent le paysage et qui, en plus, coûtent chers !
— En gros, elle demande un bon nettoyage.
— Oui, pour elle, c'est un problème d'hygiène. D'hygiène nationale.
En ce temps-là, le maire de Calais était un exemple de probité résolument moderne.
("Déplacer le problème, ça me va", Natacha Bouchart, Maire UMP de Calais, "Metro", Vendredi 18 septembre 2009.)