"47. Quel gouvernement, même de "gauche", pour dire la vieille noblesse qui voulait que ce fût au travail, et pas au commerce, qu'allât l'argent, au titre de sa juste rémunération ? Le travail n'est plus en mesure d'attirer que l'argent qu'il vaut, somme toute sa plus petite quantité possible. Chacun le mesure, que le travail qu'il a humilie. Chacun mesure à son détriment que ce n'est pas à la rémunération du travail que va le plus d'argent, l'argent dans sa plus grande quantité possible, mais à ce qui l'a déclassé : le commerce, le divertissement, la spéculation, etc. Il en résulte ceci pour ceux qui n'ont que le travail pour avoir l'argent qu'ils ont : qu'ils ne l'aiment que plus depuis qu'ils comptent qu'il n'y aura pas jusqu'à leur travail à ne pas suffire à le gagner (depuis qu'ils doivent en outre compter avec le fait qu'ils ne sont plus sûrs de le garder). De tous les tours que le capital était susceptible de jouer, c'est sans doute l'un des plus retors (1)."
"1. Devrait-il n'y avoir qu'une phrase de Sarkozy qui ne lui ait pas été pardonnée et pour laquelle il a été battu, ce serait celle-ci (un slogan, qui plus est) : "Travailler plus pour gagner plus." Tout le monde, ou à peu près, a aussitôt mesuré à quel point elle était en effet retorse, sinon perverse."
Michel Surya, Les singes de leur idéal, Lignes, 2013.