Le web 2.0 est en train de vivre ses dernières heures, selon de nombreux experts. Cette assertion, pouvant sembler banale et issue d'une conversation de comptoir, mérite cependant que l'on s'attarde sur sa profonde signification. Elle lève plusieurs questions, notamment pour les moins avertis d'entre nous (dont je confesse aisément faire partie), et porte des enjeux énormes, capables de renverser les équilibres existants actuellement dans nos sociétés de plus en plus digitalisées. Mais avant de chercher à comprendre pourquoi le web 2.0 est sur le point d'expirer, il convient de savoir ce qu'est ce fameux web 2.0. C'est en cherchant à savoir de quoi l'on parle que l'on pourra intégrer la portée des changements à venir avec le web 3.0. Il ne sera question ici que d'expliciter, du mieux que je peux, quelques concepts que j'ai pu, à coups de podcasts et de lecture de blogs spécialisés, faire entrer dans mon crâne de trentenaire un peu déconnecté du "tech world".
Tout d'abord, internet, le web, a changé nos vies. Il nous a fait passer, en 2 décennies, d'une vie "classique", où le physique est tout, à une vie digitalisée, mondialisée, dématérialisée. Il a remis en cause des concepts autrefois fondamentaux de nos vies. Il nous permet aujourd'hui de faire nos courses, de nous faire livrer des repas, de trouver le lieu où nous allons partir en vacances, de jouer, de discuter, de partager nos expériences de vie, de nous déplacer plus facilement, de trouver des clients, si l'on est une entreprise, etc., etc.
Au cœur de nos vies actuelles (je parle pour les personnes de ma génération notamment), internet a été une véritable révolution. A ce titre, l'impact sur le monde précédent a été immense. Des entreprises jadis pérennes ont périclité, des colosses économiques ont émergé du chaos, puis ont, pour certaines, été consumés par ce même chaos. Ebay, Facebook, Google...
Mais venons en au cœur du sujet, et décrivons ici les évolutions d'internet.
Le web 1.0 était vertical. Sa particularité était que les producteurs de contenu étaient rares, et souvent institutionnels. Aussi, grands groupes, médias traditionnels ou nouveaux acteurs d'internet étaient les seuls à disposer de la connaissance et des moyens de diffuser des informations via internet. La distinction entre le producteur et le consommateur de contenu était clair et marqué.
Web 1.0 constituait une opportunité grandiose pour ceux qui jouissaient, comme évoqué précédemment, des moyens ou de la connaissance pour chevaucher la vague digital primitive. Les ingénieurs ou hommes d'affaires pouvaient ainsi créer des titans digitaux sans difficulté, les régulations ou la concurrence n'existant quasiment pas. C'est en cela, notamment, que l'on peut reprendre le questionnement de l'excellent Xavier Delaporte, dans son émission "le code a changé" : internet est-il de droite? Les règles créées à l'époque sur internet, et donc une bonne partie des normes numériques qui s'imposent encore aujourd'hui à nous, l'ont été par une poignée de personnes favorisées et fortunées, sans que les politiciens ou les régulateurs ne puissent intervenir. En effet, comprendre une révolution digitale s'opérant est complexe. Si l'on couple à cela l'inertie politique et législative, on arrive à un désert légal proche du far west cher à Sergio Leone. Le web 1.0 a ainsi permis
L'évolution s'est poursuivie vers le web 2.0, synonyme de démocratisation et d'ouverture. L'accès au réseau s'est élargi rapidement, le prix de la contribution a chuté, atteignant la gratuité totale. Là où posséder une plate-forme de diffusion était coûteux en temps et en savoir, l'arrivée d'acteurs comme Google, Facebook ou autres ont permis à tout un chacun de devenir éditeur et de propulser, sans coût, tout contenu, même dérisoire. De nombreuses entreprises de toutes tailles et de tous secteurs ont pu bénéficier de cet essor pour trouver du travail, de même que de nombreux autoentrepreneurs (je pense ici aux livreurs notamment). Le web 2.0 est ainsi l'avènement de l'utilisateur. Il s'agit là d'une révolution "gutenberienne" à proprement parler, puisque le savoir a échappé à l'emprise des puissants d'internet, comme l'imprimerie a permis d'arracher au Clergé, seul capable de rédiger, le monopole de la littérature, de la promotion des normes et des idées. Nous blâmons aujourd'hui les réseaux sociaux, mais il convient d'observer le changement social qu'ils ont pu insuffler dans nos vies pour discerner leurs points positifs. Les idées circulent librement, pour le meilleur ou pour le pire, certes, mais les idées circulent, et c'est bien là le point essentiel. Le web 2.0 n'a pas aboli le privilège du possédant sur le monde numérique, mais il a participé à faire de nous des citoyens du monde digital, lorsque nous n'en étions que des serfs dans le web 1.0.
Il est clair ici que web 1.0 et web 2.0 sont très différents et ont eu leur lot d'impacts. Il importera de décrire les changements portés par le web 3.0 qui se profilent, et qui seront porteurs d'une révolution semblable à celle que nous avons connu à l'apparition d'internet. Il est particulièrement notable que les cryptomonnaies sont l'étendard de ce web 3.0, et la place que prendront ces devises laisse imaginer la profondeur des changements qui peuvent s'opérer dans les années à venir.