"Dégage, vieille truie !", ou de la police En Marche

On percevait les ombres des cris et des douleurs issues des banlieues, ces marges dites hostiles où, nous disait-on, la police était en mission périlleuse sinon impossible. Et on pouvait douter. Désormais, c'est du cœur des agglomérations que les outrages pleuvent sur nos frères et sœurs. Du sang souvent, des humiliations toujours. Maintenant, nous savons. Des mots, puis des actes.

La scène est brève, d'une simplicité grise, mais ô combien révélatrice de l'esprit délétère qui se répand dans les rangs de policiers et policières qui, pourtant, ont intégré les rangs d'une institution républicaine qui exige autant d'eux et d'elles qu'elle oblige tous ceux et toutes celles qui croisent leur chemin. Le respect comme langage, la fraternité comme étoile.

Or quelque chose a été brisé. Qui se lit de samedi en samedi, et désormais jour après jour. Avant les coups, il y a toujours l'esprit, et les mots.

Ici, il s'agit d'une passante. Non pas un œil perforé, ni une main arrachée, ni une mise à terre musclée avec une pluie de coups. Cela viendra juste après. Ici donc, une passante qui pourrait être notre sœur, notre amie, notre mère. Et la dame émeut par sa fragilité et sa force, lacérée par l'offense qui lui est faite, debout lorsqu'elle s'obstine à répéter son indignation.

C'était aux portes de l'hiver. Cet hiver dure toujours, par delà la rudesse d'un été. Et l'on s'interroge sur la nature du régime qui s'installe, vil et glacial, sur les silences qui eux, ouvrent les portes, aussi.

" Dégage vieille truie " Un policier de la BAC insulte une passante © L'info Citoyenne

Désormais, quelque chose est rompu. Croiser les "forces de l'ordre" devient anxiogène. Que l'on empreinte un espace public en quidam regagnant son domicile ou son lieu de travail ou tel commerce, que l'on soit touriste dans le "pays des droits de l'Homme", que l'on soit juste à sa fenêtre ou que l'on soit citoyen ou citoyenne exerçant tout simplement ce droit élémentaire qui est de s'exprimer ensemble dans la rue, cette rue qui a tant façonné, et dans le sens du progrès car de la conquête de libertés individuelles et collectives, l'Histoire de ce pays qu'est la France. Désormais, il faut y réfléchir à deux ou trois fois avant d'oser battre le pavé. Comme il convient de saluer le courage de ceux et celles qui persistent dans l'exercice de la citoyenneté.

Des mutilés, des éborgnés, des outragés, des tués. Qu'a-t-on fait de la police, du fameux "Karcher" qu'il convenait de dégainer dans les territoires abandonnés de la République aux armes de guerre à présent déployées dans nos rues et avenues illustres ? Et ce au grand dam des défenseurs des droits humains jusqu'aux sphères onusiennes.

Il y avait Bouna et Zied. Il y a toujours Bouna et Zied. Il y a depuis peu Zineb et Steve... Et le "dégage vieille truie !" est le prélude aux bavures et aux crimes.

Le salut ? A trouver dans les rangs de la police, assurément. Que ceux et celles qui désapprouvent par respect du droit, que ceux et celles surtout qui ont en horreur les atteintes à la dignité humaine, relèvent la tête, pour dire l'infamie de comportements d'individus qui ne sont pas à leur place. Malgré les consignes et suggestions odieuses, malgré la verticalité qui s'affirme toujours plus pesante, menaçante et étouffante.

Et que tombent les masques ! Hong-Kong vient d'interdire le port du masque aux manifestants, rejoignant ainsi la France qui a réussi à basculer le droit d'exception dans le droit commun. Observons la République des frères Morice : elle est imperturbable, car portée par la triade Liberté - Égalité - Fraternité. Avec le suffrage universel comme base. Alors, que la police découvre ses visages. Car elle ne doit être que républicaine et non au service d'un seul, ni d'un clan, ni même d'une majorité issue du scrutin majoritaire à deux tours.

Fraternelle, elle renouera avec le peuple.

 

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