La pomme de discorde, ou de l'amour et des drames...

Déclinaison du jugement de Pâris parmi des œuvres laissées en héritage depuis les siècles antiques, la toile de Ludovico David propose une lecture originale. Car on ne semble pas se réjouir de l’inespéré spectacle consenti à celui qui n’a qu’à choisir : la nudité des plus belles parmi les plus exquises. L'homme vaincu ?

Outrée de ne pas avoir été conviée aux noces de Pélée et Thétis (car qui voudrait accueillir la déesse de la discorde autour d’un repas festif ?), la vindicative divinité émet cette pomme en or ainsi marquée « A la plus belle ». Effet immédiat, banquet défait, car trois parmi les plus éminentes des Olympiennes se disputent le titre. Or, pour ne pas avoir à affronter les colères de son épouse Héra, ni froisser Athéna née casquée de son seul crâne, ni s’éloigner d’Aphrodite accordant les ivresses de l’amour, Zeus confie le verdict au mortel gardant son troupeau...

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Le jugement de Pâris, Ludovico David, 1690

Saisi par Hermès le messager, Pâris porte du bout des doigts seulement la pomme d’Éris, et lui qui est aussi un prince troyen ploie, la musculature vaine, avec comme une envie d’être ailleurs : la tête en arrière, le regard assombri, le bâton inversé, l’absence de ses protégés. Sous des cieux noirs et agités...

Pour convaincre l’indécis, les belles se dénudent. Et c’est une ronde qui les unit : les flèches de l’amour sont à terre, Athéna dépose les armes laissant Méduse fixer le prince, et Héra nous jauge ou nous rend complices, c'est selon, avouant l’impasse, en phase avec le parèdre de sa rivale.

Pâris restant confus, Héra promettra le règne sur l’Asie, Athéna renchérira avec la gloire des guerriers… puis Aphrodite avec l’amour de la plus belle des femmes. Inéluctable défaite ! Car elle est l’épouse du roi de Sparte, celui à qui tous les princes grecs avaient promis secours si nécessaire, un serment né de l’inutile et coûteuse ruse qu’Ulysse avait osée pour gagner les faveurs d’Hélène. Mais on la dit aussi fille de Zeus. Et là, le destin des mortels est scellé, terrible. L’amour et « l’enlèvement » de la belle, Pâris et Troie anéantis, une suite de drames… Pas pour Hélène, indemne…

 

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