C’est que la belle, en mondaine revendiquée, file imperturbablement sur la voie de l’émancipation, mains gantées au volant d’une automobile, de course qui plus est, cette mécanique prestigieuse toute masculine et individualiste.
Et nous voilà spectateurs, scrutés, évalués et fatalement séduits. Vite dépassés aussi. Le regard est concédé, sourcils épilés et coupe à la garçonne des « années folles », séducteur, provocant, maître car ne s’abandonnant pas, prêt à dévorer. Puis se devine voire s'impose le poids du pied sur l'accélérateur...
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Et c’est ainsi que va l’aristocrate, issue de Moscou, Varsovie et Saint-Pétersbourg, à Lausanne, Paris ou New-York encore, sans oublier les rivages du lac de Garde ou le Mexique où elle s’éteindra. Goutant à tous les plaisirs, stimulée par les interdits, nourrie des talents qui l’abordent avec fascination, le tout dans une liberté éclatante, faisant fi du scandale qu’elle génère.
Et la dame est furtive aussi, casquée pour affronter le destin qu’elle se choisit, écharpe au vent qui balaie l’Europe sortie exténuée de la Grande guerre, cette guerre totale bouleversant l’ordre ancien qui est celui de la soumission.
Et ces yeux, ne sont-ils pas mystérieux comme le noir devant lequel se déploient des aplats de couleurs chantant les mêmes nuances d’ombres et de lumières, de la carrosserie au visage, en passant par les textiles ? Quant au vert, celui sans doute de la vie et de la promesse, celui qui tend la poignée à qui veut la saisir, ne porte-t-il pas le rouge de ces lèvres sensuelles tracées en cœur ardent ?