Quand une immolation par le feu nous interpelle tous et toutes

2010 : un jeune homme s’immole par le feu en Tunisie, terre d’oppression et de prédation. 2019 : un autre « rien » se confie aux flammes de l’autre côté de la Méditerranée, sur des rivages que l’on croyait terres de Liberté et de Fraternité. L’aspiration au respect de sa propre dignité est universelle. Comme l’aspiration à une société fraternelle. Ces êtres sont nos frères, et cela nous oblige.

Aujourd'hui, entendons ces paroles d’un homme au seuil de l'existence, son existence, une existence sapée ; ces mots d’un étudiant de 22 ans prêt à s’élancer dans la vie avec soif de savoir, avec courage, avec application, avec souci de l'autre ; ces mots d’un être sacrifié pour le bénéfice d’une poignée de potentats et prédateurs (honte à eux, nous les "riens" nous pleurons aujourd'hui); ces mots qui nous lacèrent, nous mobilisent et doivent nous mobiliser :

 « Bonjour,

Aujourd'hui, je vais commettre l'irréparable, si je vise donc le bâtiment du CROUS à Lyon, ce n'est pas par hasard, je vise un lieu politique, le ministère de l'enseignement supérieur et la recherche et par extension, le gouvernement.

Cette année, faisant une troisième l2, je n'avais pas de bourses, et même quand j'en avais, 450€/mois, est-ce suffisant pour vivre ?

J'ai eu la chance d'avoir des personnes formidables autour de moi, ma famille et mon syndicat, mais doit-on continuer à survivre comme nous le faisons aujourd'hui ?

Et après ces études, combien de temps devrons nous travailler, cotiser, pour une retraite décente ? Pourrons nous cotiser avec un chômage de masse ?

Je reprends donc une revendication de ma fédération de syndicats aujourd'hui, avec le salaire étudiant et d'une manière plus générale, le salaire à vie, pour qu'on ne perde pas notre vie à la gagner.

Passons à 32 heures de travail par semaine, pour ne plus avoir d'incertitudes vis à vis du chômage, qui conduit des centaines de personnes comme moi chaque année à ma situation, et qui meurent dans le silence le plus complet.

Luttons contre la montée du fascisme, qui ne fait que nos diviser et créer et du libéralisme qui crée des inégalités.

J'accuse Macron, Hollande, Sarkozy et l'UE de m'avoir tué, en créant des incertitudes que l'avenir de tous-tes, j'accuse aussi Le Pen et les éditorialistes d'avoir créé des peurs plus que secondaires.

Mon dernier souhait, c'est aussi que mes camarades continuent de lutter, pour en finir définitivement avec tout ça.

Vive le socialisme, vive l'autogestion, vive la sécu.

Et désolée pour l'épreuve que c'est.

Au revoir"

Il est brûlé à 90 %. Que dire ?

Nous lui souhaitons le meilleur. Et attendons son nom et son visage, ce visage sacrifié pour que les "riens" n'en soient plus et qu'ils puissent se déployer avec dignité. Il est des nôtres.

"Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent". Victor Hugo

 

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