DÉCLARATION DES DROITS DE L’ÊTRE SENTIENT

 Préambule :

 

Reconnaissant la valeur des sentiments et émotions ainsi que des douleurs ressenties et exprimées et considérant qu’elles unissent animaux humains et non-humains en une communauté des êtres sentients ;

Considérant la capacité des êtres humains à procéder au refus de la violence ;

Considérant l’inouïe violence dont sont capables les êtres humains entre eux ou les êtres humains envers les autres espèces sentientes ;

Considérant que l’usage réglementé de la violence, même paré des feux de la tradition, de la religion ou du plaisir gustatif, comme dissimulé derrière les murs, est violence et facteur de violences exponentielles ;

Considérant les menaces pesant sur la biodiversité de notre planète, et reconnaissant à chaque être son rang de cohabitant respectable ;

Considérant la nécessité de préserver l’humanité, objectif que la production et l’alimentation carnées et ovo-lactées compromettent indéniablement ;

Considérant les progrès de la science et les avancées en termes d’alternatives écologiques, étapes favorisant à la fois l'accès partagé aux ressources et la préservation de l’environnement, à même d’extraire l’humanité du recours à l’exploitation humaine et animale ;

Considérant les perspectives d’un humanisme et d’un animalisme élargis à l’ensemble des animaux, humains et non-humains, soit un humanimalisme propice à l’édification d’une intelligence et d'une sentience communes ;

S’inspirant notamment de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (1789), de la Charte de fondation de l’ONU (1945), de la Déclaration universelle des droits de l’Homme (1948), de la Déclaration universelle des droits de l’animal (1978), de la Convention internationale des droits de l’enfant (1989) et de la Charte des droits fondamentaux de l’Union Européenne (2000) ;

Considérant ainsi la noblesse des idéaux proclamés dans la lignée des grands textes de référence ainsi que leur vocation et aptitude à créer, en autant d’étapes, les conditions du progrès,

 

 

Les êtres humains animés de la conscience antispéciste, c'est-à-dire du refus de toute discrimination arbitraire fondée sur l'appartenance à une espèce, ainsi que des idéaux de liberté et de solidarité, s’engagent à respecter les droits inaliénables suivants, la somme des adhésions constituant ratification :

 

 

Article 1er : De la dignité

  1. Tous les êtres sentients sont doués d’une dignité intangible.
  2. Les êtres humains veilleront, les uns envers les autres d’une part, à l’égard de l’ensemble des êtres sentients d’autre part, à promouvoir le respect suprême qui est celui dû à la vie de tout cohabitant. Dans le cas d’une espèce dont l’appartenance à la communauté des êtres sentients n’est pas scientifiquement établie, le doute bénéficiera à ladite espèce.

 

Article 2 : De l’égalité

  1. Tous les êtres sentients bénéficient de l'égalité de droit en cas d'intérêts identiques.
  2. Les êtres humains ne réduiront aucun être sentient au statut d'objet (soit d’aliment, de vêtement, de distraction, de faire-valoir, d’instrument, d'expérimentation...) ni à un quelconque autre statut exclusif (soit de compagnon, de subordonné, d’élève, de patient…).
  3. Nul être sentient ne peut constituer objet de vente et d’achat, de don ou d’héritage, et ne peut ainsi devenir la propriété d’autrui. Seront donc en contradiction avec la présente déclaration, la réduction d’un être sentient à l’état de bien et donc l’esclavage, ainsi que la gestation imposée.
  4. En cas d’hébergement ou de cohabitation octroyé à un être sentient, le respect de ses droits inaliénables sera impératif. Le lien avec un animal non-humain sera défini de sorte que la responsabilité de l’être humain reste engagée si celui-ci décide d'y mettre un terme et ce, afin d’éviter à l’animal non-humain tout préjudice à cette occasion.

 

Article 3 : De la liberté

  1. Tous les êtres sentients ont droit à la liberté.
  2. La privation de liberté ne peut se faire qu’en cas d’absolue nécessité, pour des raisons de sécurité, sanitaires ou pénales. En outre, la réclusion ne sera accompagnée d’aucune atteinte à l’intégrité morale et physique de l’être concerné. Dans tous les cas, la détention aura vocation à n’être que temporaire ce qui induira un réexamen régulier et contradictoire de son opportunité.

 

Article 4 : Des liens affectifs

  1. Tous les êtres sentients ont droit au respect de leurs liens affectifs.
  2. Qu'il s'agisse de liens de parenté ou d'amitié, toute séparation imposée ne pourra se faire que dans l’intérêt de l’un au moins des êtres concernés d’une part, et devra faire l’objet de réexamens réguliers et contradictoires d’autre part.
  3. Quant aux liens amoureux entre adultes pleinement consentants, et de la même espèce, la présente déclaration affirme leur inviolabilité et cela, quelle que soit leur orientation sexuelle.

 

Article 5 : De l’intégrité

  1. Tous les êtres sentients ont droit au respect de leur intégrité morale et physique.
  2. Seront prohibés, avec une égale rigueur, discrimination, harcèlement, humiliation, marquage (comme au fer rouge ou étiquetage), privation de nourriture et de soin, entrave physique et psychique, dressage, déportation, torture, chasse, pêche, sacrifice et autres exécutions... L’organisation volontaire des conditions du combat entre êtres de la même espèce ou êtres d’espèces différentes, à des fins de spectacle notamment, et exception faite des compétitions entre êtres humains pleinement consentants, constituera également violation de la présente déclaration.
  3. La cession d’un élément physique au bénéfice d’autrui ne peut se faire que de façon expressément consentie, ce qui ne peut donc concerner que l'animal humain.
  4. Les mutilations et autres prélèvements à des fins de domestication, d’agrément, d’exploitation, d’asservissement, ou de répression, constitueront violation de la présente déclaration.

 

Article 6 : De l’accès aux soins et à l’assistance

  1. Tous les êtres sentients ont droit à une qualité de soins et d’assistance satisfaisante en cas de besoin.
  2. Les motifs imposés de privation de soins et d’assistance, de quelque nature qu’ils soient (économiques, politiques, religieux…), seront ainsi en contradiction avec la présente déclaration.
  3. C’est avec une égale dignité que seront abordés la fin de vie et le traitement de la dépouille.

 

Article 7 : De l’environnement

  1. Tous les êtres sentients ont droit à la préservation de leur environnement naturel.
  2. Tout projet de peuplement, d’aménagement, ainsi que d’exploitation, devra, s’il est mené, respecter cet impératif. Dans le cas d’une altération préjudiciable d’un tel milieu, par l’être humain tout particulièrement, toutes les dispositions seront prises pour inverser le processus et ce dans l’intérêt des êtres qui en dépendent.

 

Article 8 : Du partage des milieux

  1. Tous les êtres sentients ont droit à une égale considération dans le cadre de leur espace commun.
  2. Tout conflit d’usage entre populations, qu’elles soient sédentaires ou migrantes, sera réglé de façon raisonnée et équitable. Les causes du déséquilibre (telles que, et notamment, insuffisance des ressources, menaces d’ordre naturel ou conflictuel) feront l’objet d’une étude approfondie et contradictoire et des solutions non-violentes seront appliquées dans le respect des droits fondamentaux des individus sentients concernés.

 

Article 9 : De la science

  1. La recherche sera fondée sur l’idéal de progrès partagé et ainsi, au bénéfice de l’ensemble des êtres sentients.
  2. Nul être sentient ne sera contraint à l’expérimentation scientifique, que ce soit pour des raisons médicales ou cosmétiques notamment. Le consentement libre et éclairé de l’individu sera impératif et réversible, ce qui ne peut donc concerner que l'animal humain, et la plénitude des moyens de protection lui sera accordée.
  3. Toute manipulation génétique qui n’irait pas dans le sens de l’intérêt de l’être concerné d’une part, qui se ferait au détriment d’autres êtres sentients d’autre part, constituerait atteinte à la présente déclaration.

 

Article 10 : De l’humanimalisme

  1. Tous les êtres sentients ont droit aux liens interspécifiques fondés sur le respect dans un rapport d’égal à égal.
  2. Ces liens seront basés sur la découverte et la reconnaissance des intelligences, langages et sensibilités spécifiques.
  3. Ces liens, générateurs de partages, de langages communs, de connaissance de soi et de l’altérité, seront propices à l’édification d’une intelligence et d’une sentience communes.
  4. Cette intelligence et cette sentience communes auront pour vocation l’intérêt commun.

 

Article 11 : De la promotion des idéaux

  1. Les êtres humains, en leur qualité de citoyens du monde, veilleront au maintien de la paix au bénéfice de l’ensemble des êtres sentients. Ils favoriseront ainsi la diffusion des grands idéaux de liberté, de démocratie, de justice et d’épanouissement par la culture, comme ils veilleront à l’accès aux ressources avec le souci de l’équité.
  2. La confiscation du vivant, l'accaparement des richesses, la destruction de l’environnement, la promotion des armes et des conflits armés constitueront autant de violations de la présente déclaration.

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