La douleur, ou le miroir d’Emilio Gallori

Rencontre au soir d’un départ de Rome, retour d’une joyeuse et studieuse équipée pour un « voyage italien ». La carte postale est acquise, instinctivement, puis l’image s’installe, avec promesse et saveur, dans l’esprit cédant volontiers au sommeil et au rêve... Puis, avec fracas, les défaillances humaines et techniques dans un tunnel autoroutier des Apennins…

Quelle était donc la destination de ce marbre de 1873 si prompt à dialoguer ? Et pourquoi sa présence à portée des yeux et du cœur, malgré les années, les longues éclipses, les mues et autres horizons ? C’est enfin un moment de naufrage qui restaure l’analyse, la livrant à tous les silences et autres sentiers délaissés…

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Sur des jambes encore alertes, l’athlétique ou frêle jeune homme, on hésite, confie à une seule main protectrice la tête soumise aux implacables tourments. L’autre, ballante, doit sa blancheur altérée, comme celle des pieds, genoux et mollets, à la compassion d’un public, séduit, ne résistant pas à la tentation d’un bel élan.

Et des lèvres entrouvertes, les maux qui ne s’échappent pas…

Or quoi ? N’est-il pas Hermès de Praxitèle, ce jeunot qui flanche ? Et son être n’est-il pas centré sur la pensée ? Quant aux caresses appuyées, ne lui génèrent-elles pas une foule de sujets ? A moins que l’Olympien ne soit qu’illusion et que l’affection créée par le mal du penseur ne soit que détresse du spectateur… Miroir !

Car, extrait mais toujours captif de la pierre brute, et si humain, ce reflet assène que le Panthéon n’est pas nôtre. Cruelle cette vue, furtive, ponctuelle, répétée ou chronique, le tout pour qui se reconnaît. Non pas celui qui donne et rayonne, mais qui étiole et s’étiole, non qui guerroie mais qui ploie, pas qui révèle mais qui leste et blesse, non qui conquiert mais qui erre et se perd, ni celui qui dure mais qui fissure. Lorsqu’il saisit, ce miroir dit nos sphères et susurre son antienne empruntée à Frida Kahlo, vie entravée s’il en est : «J’espère que la fin sera heureuse, et ne plus jamais revenir ». Amère distribution.

Ou reprendre maillet et ciseaux…

 

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