Quand 40 « personnalités » pro-corrida violent culture, dignité et conscience

Le taureau, maculé du sang issu des entrailles lacérées et qui jaillit de partout l'ignore : son agonie parée de couleurs frivoles est un sommet d’art édifié de courage et d’honneur. Et ce sont des êtres de lettres, d’arts et de culture qui du haut de leur éminence l’affirment, invoquant défense de la démocratie et condamnation de l’injustice dont fut victime Oscar Wilde… Ou du sens des mots.

Dans les arènes d’Alès en 2013 : les cornes sont altérées et maquillées, les lames ont fendu le corps en profondeur, la tête est empêchée de se relever, la respiration est entravée, le sang macule le sable, le taureau ne crie pas afin de ne pas attirer les oiseaux de proie qui sauraient sa faiblesse. Quand les chevaux des arènes, aveuglés et lourdement montés, ont leurs cordes vocales sectionnées pour ne pas troubler la « beauté » du spectacle. Image L 214, Alès, mai 2013 :

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On croyait les personnalités du monde de la culture désormais apolitiques. Au mieux. Les devinait-on hors-sol ? Dans un triste entre-soi ? Complices ? Non ! Nous les retrouvons là où nous les attendions : car revoilà la beauté de nos élites, prêtes à s’engager en faveur de la démocratie et des libertés individuelles et collectives…

Or c’est au sujet de la corrida ! Et désormais, à la lecture de leur tribune du 17 octobre 2019, il est convenu de croire que la vue du sang qui teinte les sols est chose évidente, banale, indispensable même : sur le bitume, sur les pavés, sur le sable des arènes tout autant. Les éborgnés, amputés et autres traumatisés des rues, avenues et places de France peuvent considérer à présent que la violence relève de l’ordre des choses. Ou la logique des temps qu’il convenait de nous formuler. La corrida comme allégorie des temps nouveaux.

Mais reprenons les mots :

L’enfance et l’adolescence ? Elles auraient donc le droit d’être confrontées au réel, affirme ce panel de célébrités. Car capables de discernement. Bel hommage ! Or, ces personnalités se sont-elles mobilisées quand Brigitte Macron (l’épouse de l’actuel président de la république) a déclaré : « on ne parle pas politique et on ne parle pas religion à l’école » ? Alors suivons ces personnalités ! Parlons démocratie, parlons droits des êtres humains, parlons institutions. Parlons commerce et usage des armes dans le monde ! Sillonnons la Méditerranée, ce cimetière marin qui nous fait honte ! Faisons entrer à l’école l’enfer qui est la base de l’alimentation carnée et ovo-lactée. Et du changement climatique. Dévoilons, découvrons, parlons, débattons ! Et abordons la corrida !

L’homme debout, perspective de nos jeunes, selon nos personnalités. Image L 214, Alès, mai 2013 :

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L’honneur ? L’évocation de principes moraux, de l’estime de soi ou d’autrui, de la dignité, du courage, du mérite, du talent, de la valeur, de la réputation, de la considération voire de la gloire… Ou le Larousse en recours évident. Quel fourvoiement que l’emploi de ce mot pour désigner la cruauté et la mise à mort sous les vivats d’une foule (toujours plus clairsemée, et c’est une bonne nouvelle) retranchée derrière ses parois de bois épais ! Qui crie épouvantée lorsque le bourreau est encorné (en personne respectueuse des êtres, je déplore alors cette « culture » qui envoie à la boucherie voire à la mort un individu qui aurait pu faire tant de sa jeunesse et de sa fougue au service du bien…) et qui ignore et se gausse des tortures infligées en amont et pendant le spectacle dans un éventail des possibles authentiquement sadique et lâche (faim et soif, cornes douloureusement raccourcies puis maquillées faisant perdre au taureau ses repères et sa vivacité ; sacs de sable abattus sur le dos de l’animal qui en sort groggy ; vue altérée par des graisses ; aiguilles plantées dans les testicules puis lames enfoncées dans les organes du taureau devenu incapable de relever la tête ou de respirer ; découpe des oreilles, de la queue ou des testicules de l’animal encore vivant…). « Sadique » et « lâche » : le véritable courage serait d’affronter, à mains nues, un animal dans son milieu : un lion ou une lionne en pleine savane par exemple (et non un taureau altéré et épouvanté qui en s’engageant vivement dans l’arène cherche un recoin pour fuir les outrages que l’on vient de lui administrer en cachette et qui se trouve désespéré de ne trouver que tourments…). Et que l’on ne rit pas du taureau qui vise la muleta et non le matador qui l’agite : la vision latérale de l’animal souffre d’un voire de deux angles morts que le bourreau doit déterminer dès les premières minutes de l’affrontement. Et que l'on ne parle pas, encore plus, de combat à la loyale : lorsque le bourreau est menacé, ses semblables accourent ! En outre, et c’est essentiel, si savoir torturer et mettre à mort relève de l’honneur, rendons justice aux tortionnaires qui ont saigné l’Europe au mitant du siècle passé. Notamment. Car ils et elles avaient élaboré des protocoles et des mises en scène (avec orchestre tout autant) que mêmes les survivants et survivantes avaient du mal à transmettre, tant l’émotion et tant le refus de savoir qu’on leur opposait les entravaient. Et l’on pense à Primo Lévi enterré non pas sous ses nom et prénom mais sous son numéro matricule. Ou à la voix étranglée de Marie-Claude Vaillant-Couturier au procès Barbie… Dire la violence subie est forcément douloureux, difficile. Chanter le vainqueur, d’autant plus qu’il est paré d’or et de lumière, béni par l’Église et arrosé d’argent public, est si évident. Comme il est si humain de se placer du côté du lion et non de la gazelle… Ceux et celles qui tombent sous les coups, le font en silence. Car ils n’ont plus affaire à l’honneur, mais au déshonneur de la main qui frappe.

Sinistre illustration de l’honneur, des arts et de la culture, que celle de nos « personnalités » … L’humain déployant son génie sur des êtres diminués, bafoués, broyés et qui n’ont rien demandé à personne. Image L 214, Alès, mai 2013 :

 

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Oscar Wilde ? L’infamie dont il a été victime relève du crime contre l’humanité défini par un homme de culture, lui aussi, André Frossard : nier l’être pour ce qu’il est, le violenter car il est, tout simplement. Alors, mêler Oscar Wilde devenu figure emblématique d’une oppression à la… corrida, voudrait logiquement qu’il soit associé au taureau : une victime désignée. Une minorité sans voix. Mais non, selon les signataires de l’incroyable tribune, le taureau doit être torturé et mis à mort pour extraire les minorités opprimées de leurs tourments. En 2019, Oscar Wilde est donc encore insulté. Et par des « hommes et des femmes de lettres, d’arts et de culture ». Un comble ! L’auraient-ils et elles défendu en son temps ? La question se pose.

Les victimes emmêlées, dans un anéantissement infernal venu "d'en-haut"… Il paraît que l’animal humain se distingue par sa quête de sens… Ici, les animaux non-humains s’interrogent, incontestablement. Image L 214, Alès, mai 2013 :

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La démocratie ? Le pouvoir du peuple n’est plus, cela se sait. Jusqu’à la dissolution de son principe gravé dans le marbre de la constitution : « le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ». Et avec la démocratie, les « gardiens de la paix » ont fait place aux « forces de l’ordre ». Le silence des « élites » a été assourdissant ces dernières années, ces derniers mois surtout. Mais nous comprenons, depuis ce 17 octobre. Comme nous comprenons que le faible qui finit par s’emporter avec ses poings, un certain champion de boxe, reconnu par ses pairs, Christophe Dettinger, finit en prison dans un assentiment quasiment général. Comme nous devons envisager les sanctions qui semblent devoir s’abattre sur ce pompier tout récemment submergé par la colère et l’émotion car victime d’un tir à bout portant infligé par un policier. Les victimes doivent subir et se taire et n'ont pas droit à l'expression de leurs émotions. Comme tel rare taureau vainqueur de son bourreau se voit éliminé loin des regards et sa mère abattue afin que ne se perpétue pas une lignée dangereuse. Dangereuse car contrevenant à la règle du vainqueur et du perdant désignés.

Instant jouissif, ou l’art qui culmine dans la rencontre du courage et de l’honneur… Image L 214, Alès, mai 2013 :

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40 personnalités ? La quarantaine n’est pas atteinte, Marie-Sara Lambert étant une torera de conviction, « productrice de spectacles taurins » (on notera la centralité du taureau dans cette appellation). Ainsi, s’il a fallu l’intégrer dans cette triste liste, c’est bien que l’abomination est difficile à soutenir. Françoise Nyssen, quant à elle, relevant de la sphère En Marche version « culture », apporte une clé à l’affaire lorsqu’elle appose sa signature au bas de cette sinistre et improbable tribune : elle rappelle que cette sphère n’a comme objectif que de créer et d’imposer l’homme nouveau, l’homme moderne, l’homme néolibéral. Et nous y sommes : le néolibéralisme est la glorification du « fort », retranché dans ses forteresses comme dans les règles d’un jeu faussé, édifié aussi dans la mise au pas et la destruction du « faible ». Ou la corrida en allégorie du pouvoir En Marche. Mais il est un motif de satisfaction : l’idée qui motive la tribune, idée qui est de soustraire les enfants et adolescents de la violence donnée en spectacle, a été émise par deux voix dissonantes du pouvoir En marche. Il est donc permis de ne pas désespérer…

L’insulte en rituel : essuyer la lame du tueur sur le pelage de sa victime… Avant la gloire du « héros » qui est de couper queue, ou oreilles ou testicules d’un être sentient encore en vie. Une vue qui trahit l’atteinte préalable aux cornes… Image L 214, Alès, mai 2013 :

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La culture enfin… N’est-elle pas ce qui grandit, élève, affranchi ? N’est-elle pas conscience ? N’est-elle pas sagesse car leçon du chaos que l’humanité sait, aussi, et surtout, répandre sur cette planète toujours moins bleue et verte ? On suggérera ci-dessous quelques pensées qui, elles, élèvent et affranchissent et qui sont sagesse. Elles n’oublient rien, et pensent à tous et à toutes, de ceux et celles « qui ont réussi » aux « riens », animaux humains et animaux non-humains. Aux taureaux et à leurs bourreaux notamment. Et qui permettent l’avènement d’un humanimalisme né des prises de conscience et des travaux universitaires en cours.

Ces paroles doivent être partagées et diffusées. Inlassablement. Elle est là, la Culture…

Denis Diderot, 1713-1784 : écrivain, encyclopédiste, philosophe :

 « Ce n’est point parce qu’il lève les yeux au ciel comme tous les oiseaux, qu’il est le roi des animaux ; c’est parce qu’il est armé d’une main souple, flexible, industrieuse, terrible et secourable. Sa main est son sceptre. Ce même bras qu’il lève au ciel comme pour y chercher son origine, il l’étend, l’appesantit sur la terre pour y dominer par la destruction, pour en bouleverser la surface, et dire quand il a tout ravagé : je règne. La plus sûre marque de la population humaine est la dépopulation des autres espèces ».

Emmanuel Kant, 1724-1804, philosophe :

 « La cruauté envers les animaux est la violation d’un devoir de l’humain envers lui-même. »

Nicolas Edme Restif de la Bretonne, 1734-1806, écrivain :

 « Sois juste envers les animaux, et tel que tu voudrais que fût à ton égard un animal supérieur à l’homme. »

Jeremy Bentham, 1748-1832, philosophe :

 « Le jour viendra peut-être où le reste de la création animale acquerra ces droits qui n’auraient jamais pu être refusés à ses membres autrement que par la main de la tyrannie. Les Français ont déjà découvert que la noirceur de la peau n’est en rien une raison pour qu’un être humain soit abandonné sans recours au caprice d’un bourreau. On reconnaîtra peut-être un jour que le nombre de pattes, la pilosité de la peau, ou la façon dont se termine le sacrum sont des raisons également insuffisantes pour abandonner un être sensible à ce même sort.

 Et quel autre critère devrait marquer la ligne infranchissable ? Est-ce la faculté de raisonner, ou peut-être celle de discourir ? Mais un cheval ou un chien adultes sont des animaux incomparablement plus rationnels, et aussi plus causants, qu’un enfant d’un jour, ou d’une semaine, ou même d’un mois. Mais s’ils ne l’étaient pas, qu’est-ce que cela changerait ?

 La question n’est pas : Peuvent-ils raisonner ? ni : Peuvent-ils parler ? mais : Peuvent-ils souffrir ?  

Alexander von Humboldt, 1769-1859, explorateur, géographe, naturaliste :

  « La cruauté à l’égard des animaux n’est conciliable ni avec une véritable humanité instruite, ni avec une véritable érudition. C’est un des vices les plus caractéristiques d’un peuple ignoble et brutal. Aujourd’hui, pratiquement tous les peuples sont plus ou moins barbares envers les animaux. Il est faux et grotesque de souligner à chaque occasion leur apparent haut degré de civilisation, alors que chaque jour ils tolèrent avec indifférence les cruautés les plus infâmes perpétrées contre des millions de victimes sans défense. »

 Victor Hugo, 1802-1885, écrivain :

 « Torturer un taureau pour le plaisir, pour l'amusement, c'est beaucoup plus que torturer un animal, c'est torturer une conscience. »

 « L’enfer n’existe pas pour les animaux, ils y sont déjà. »

Émile Zola, 1840-1902, écrivain :

 « La cause des animaux passe avant le souci de me ridiculiser. »

  « La corrida, ni un art, ni une culture ; mais la torture d’une victime désignée. »

 « Le devoir le plus élevé pour un homme est de soustraire les animaux à la cruauté. »

 « Pourquoi la souffrance d’une bête me bouleverse-t-elle ainsi ? Pourquoi ne puis-je supporter l’idée qu’une bête souffre, au point de me relever la nuit, l’hiver, pour m’assurer que mon chat a bien sa tasse d’eau ? […] Pour moi, je crois bien que ma charité pour les bêtes est faite de ce qu’elles ne peuvent parler, expliquer leurs besoins, indiquer leurs maux. Une créature qui souffre et qui n’a aucun moyen de nous faire entendre comment et pourquoi elle souffre, n’est-ce pas affreux, n’est-ce pas angoissant ? »

 « C’est à la souffrance qu’il faut déclarer la guerre, et vous parlez un langage universel, lorsque vous criez pitié et justice pour les bêtes. »

Louise Michel, 1830-1905, institutrice, figure de la Commune de Paris :

 « Au fond de ma révolte contre les forts, je trouve du plus loin qu’il me souvienne l’horreur des tortures infligées aux bêtes. Depuis la grenouille que les paysans coupent en deux, laissant se traîner au soleil la moitié supérieure, les yeux horriblement sortis, les bras tremblants cherchant à s’enfouir sous la terre, jusqu’à l’oie dont on cloue les pattes, jusqu’au cheval qu’on fait épuiser par les sangsues ou fouiller par les cornes des taureaux, la bête subit, lamentable, le supplice infligé par l’homme. Et plus l’homme est féroce envers la bête, plus il est rampant devant les hommes qui le dominent. »

 « C’est que tout va ensemble, depuis l’oiseau dont on écrase la couvée jusqu’aux nids humains décimés par la guerre. »

 « Et le cœur de la bête est comme le cœur humain, son cerveau est comme le cerveau humain, susceptible de sentir et de comprendre. »

George Thorndike Angell, 1823-1909, avocat :

 « On me demande parfois : Pourquoi dépensez-vous autant de votre temps et d’argent à parler de la bonté envers les animaux quand il y a tant de cruauté faite aux humains ? Je réponds : Je travaille à ses racines. »

Léon Tolstoï, 1828-1910, écrivain :

  « De l'assassinat d'un animal à celui d'un être humain, il n'y a qu'un pas ».

Luther Standing Bear, 1863/1868 – 1939, chef Sioux :

 « Les animaux ont des droits : le droit d’être protégés par l’être humain, le droit à la vie et à la multiplication de l’espèce, le droit à la liberté et le droit de n’avoir aucune dette envers l’être humain. »

Romain Rolland, 1866-1944, écrivain, prix Nobel de Littérature :

 « La cruauté envers les animaux et même déjà l’indifférence envers leur souffrance, est à mon avis l’un des péchés les plus lourds de l’humanité. Il est la base de la perversité humaine. Si l’homme crée tant de souffrance, quel droit a-t-il à se plaindre de ses propres souffrances ? »

Mohandas Gandhi, 1869-1948, avocat, militant des droits humains :

 « Un humain cruel avec les animaux ne peut être un être humain bon. »

 « On peut juger de la grandeur d’une nation par la façon dont les animaux y sont traités. »

Louis Raimbault, 1877-1949, anarchiste, libertaire :

 « Libérer tout ce qui vit, tout ce qui est sensible et qui souffre de l’injustice, de l’iniquité, de l’abus, de la perversion des hommes. »

Albert Schweitzer, 1875-1965, médecin, pasteur, théologien, prix Nobel de la Paix :

 « Peu m’importe de savoir si un animal peut raisonner… Mais du seul fait que je le sais capable de souffrir, c’est en cela que je le considère comme mon prochain. »

Martin Luther King, 1929-1968, pasteur, militant des droits civiques, prix Nobel de la Paix :

 « N’ayez jamais peur de faire ce qui est juste, surtout si le bien être d’une personne ou d’un animal est en jeu. Les punitions de la société sont faibles comparées aux blessures que nous infligeons à l’âme quand nous détournons le regard. »  

Marguerite Yourcenar, 1903-1987, écrivaine :

  « L’Homme a peu de chances de cesser d’être un tortionnaire pour l’Homme, tant qu’il continuera à apprendre sur l’animal son métier de bourreau. »

 Isaac Bashevis Singer, 1902-1991, écrivain :

 « Tout ce verbiage sur la dignité, la compassion, la culture ou la morale semble ridicule lorsqu’il sort de la bouche même de ceux qui tuent des créatures innocentes, pourchassent des renards que leurs chiens ont épuisés, ou même encouragent l’existence de combat de taureaux. Je ne crois pas qu’il puisse y avoir de paix dans le monde tant que les animaux seront traités comme ils le sont aujourd’hui. Les humains sont des nazis pour eux, pour les animaux, c’est tous les jours Treblinka. »

Théodore Monod, 1902-2000, universitaire, naturaliste, explorateur :

 « Ce qu’on peut critiquer, c’est cette prééminence exclusive donnée à l’homme, car cela implique tout le reste. Si l’homme se montrait plus modeste et davantage convaincu de l’unité des choses et des êtres, de sa responsabilité et de sa solidarité avec les autres êtres vivants, les choses seraient bien différentes. »

 « Les animaux n’ont pas, comme l’homme, l’orgueil de se croire le roi des animaux. »

 « L’animal ne demande pas qu’on l’aime, il demande qu’on lui fiche la paix. »

Albert Jacquard, 1925-2013, généticien, essayiste :

 « Maltraiter un animal n’est pas le simple résultat d’un désordre mineur de la personnalité, mais le symptôme d’une perturbation mentale profonde. »

 François Cavanna, 1923-2014, écrivain et dessinateur humoristique :

 « L'homme est mon frère, certes. Le chien l'est aussi. Et le singe, et l'ours, et l'éléphant. Et l'araignée. Oui, l'araignée. Est mon frère quiconque peut, comme moi, souffrir, avoir peur, aimer, mourir. Je souffre avec tout ce qui souffre ... avec l'enfant noir au ventre vide, avec la fiancée de Beyrouth aux jambes arrachées, avec le singe cloué sur une planche, dont on déroule les intestins "pour voir". Leurs yeux hurlent la même horreur, la même folie : la souffrance. »

 « Voilà qu'une douleur soudaine, atroce, paralyse mon épaule gauche. D'un bond je me retourne. C'est un type, déguisé comme les autres, qui m'a planté une espèce de saloperie de grappin en forme d’hameçon en plein entre deux vertèbres, et cet engin de torture est équipé de telle façon qu'à chacun de mes mouvements il se balance et déchiquette la chair et les nerfs à grands flots de sang. La douleur est épouvantable. Maman, vois ce qu'on fait à ton petit enfant ! Qu'ai-je fait pour mériter cela ?
Le public est déchaîné. On m'attaque de partout, mon martyre les met en joie. C'est donc cela, la corrida ? Des hommes fous de méchanceté jouissant plus fort que par le sexe même ? Les salauds ! C'est donc pour cela qu’ils m’ont élevé et fait si beau ? Pour déguster ma mort ?

 L'arène est jonchée de ce que, dans leur enthousiasme ou leur fureur, lancent les spectateurs, et aussi de monceaux de tripailles de chevaux qui n'ont pas eu de chance. Déjà le tueur couvert d'oripaille tend les fesses et darde l'épée, suivant la sacro-sainte tradition. Il me fait face. Je ne suis plus qu'une pauvre carcasse tremblante, vidée, à bout. Je tombe sur les genoux ; puisqu'il faut en finir, finissons-en. Je tends le cou. » 

Dick Gregory, 1932-2017, écrivain, humoriste, acteur, militant des droits civiques :

 « Je milite pour le droit des animaux pour les mêmes raisons que je milite pour les droits humains. Les animaux et les humains meurent de la même façon, et la violence produit la même souffrance, le même sang versé, la même odeur de mort, la même cruauté, arrogance et brutalité dans l’acte de tuer. Nous n’avons pas besoin d’en faire partie. »

Milan Kundera, né en 1929, écrivain :

  « La vraie bonté de l'homme ne peut se manifester en toute pureté et en toute liberté qu'à l'égard de ceux qui ne représentent aucune force. Le véritable test moral de l'humanité (le plus radical, qui se situe à un niveau si profond qu'il échappe à notre regard), ce sont ses relations avec ceux qui sont à sa merci : les animaux. Et c'est ici que s'est produite la faillite fondamentale de l'homme, si fondamentale que toutes les autres en découlent. »

Boris Cyrulnik, né en 1937, neurologue, psychiatre, psychanalyste, éthologue :

 « Le jour où les humains comprendront qu’une pensée sans langage existe chez les animaux, nous mourrons de honte de les avoir enfermés dans des zoos et de les avoir humiliés par nos rires… »

Peter Singer, né en 1946, universitaire, philosophe :

 « Le spécisme est un préjugé ou une attitude de parti pris en faveur des intérêts des membres de sa propre espèce et à l'encontre des intérêts des membres des autres espèces. »

 « La libération animale exigera des êtres humains un altruisme plus grand que tout autre mouvement de libération. Les animaux sont incapables d'exiger d'eux-mêmes leur propre libération, ou de protester contre leur situation par des votes, des manifestations ou des boycotts. »

 « Je crois que nos comportements actuels vis à vis de ces êtres sont fondés sur une longue histoire de préjugés et de discrimination arbitraire. Je soutiens qu'il ne peut y avoir aucune raison - hormis le désir égoïste de préserver les privilèges du groupe exploiteur - de refuser d'étendre le principe fondamental d'égalité aux membres des autres espèces. Je vous demande de reconnaître que vos attitudes à l'égard des membres des autres espèces sont une forme de préjugé tout aussi contestable que les préjugés concernant la race ou le sexe. »

 « Tous les arguments pour prouver la supériorité de l’homme ne peuvent briser cette dure réalité : nous sommes tous égaux dans la souffrance. »

Francis Cabrel, né en 1953, auteur, compositeur, interprète :

 « Chaque fois que la corrida avance, c'est l'humanité qui recule. »

Gary Francione, né en 1954, juriste, philosophe, universitaire :

 « Quand il s’agit de la violation des droits fondamentaux des humains, nous sommes absolutistes. Personne ne propose de rendre l’esclavage, la pédophilie, le viol etc… plus « humains ». Quand il s’agit de la violation des droits fondamentaux des animaux, nous parlons de tout, sauf d’absolutisme. Au contraire, nous nous concentrons sur le fait de rendre plus « humaine » la violation de leurs droits fondamentaux. Nous traitons les intérêts fondamentaux des humains et des non-humains différemment. »

Astrid Guillaume, universitaire, sémioticienne :

 « Je crois en l'humanimalisme, soit un humanisme étendu aux animaux, et un animalisme étendu aux humains. Non plus un antagonisme humains - animaux, mais une troisième voie, pacifiante, reconnaissant à tous les êtres sentients le droit aux liens interspécifiques fondés sur le respect dans un rapport d'égal à égal.

 Ces droits seraient établis sur la découverte et la reconnaissance des intelligences, langages et sensibilités spécifiques. Ces droits seraient générateurs de partages, de langages communs, de connaissance de soi et de l'altérité. Ils seraient propices à l'édification d'une intelligence et d'une sentience communes, dans un intérêt commun. »

Brigitte Gothière, née en 1973, militante animaliste :

  « Entre les êtres humains et les autres animaux, il y a des différences. Mais les découvertes en éthologie nous apprennent qu’il y a surtout de grandes similitudes : en particulier le désir de vivre sa propre vie, le mieux possible. »

 « Des injustices du passé sont aujourd’hui condamnées, comme l’esclavage humain ou le statut inférieur assigné aux femmes. Elles étaient soutenues par des intérêts puissants, elles aussi ancrées dans la conscience collective au point que la majorité les croyait normales, naturelles, nécessaires. La discrimination arbitraire – appelée spécisme – qui balaie les intérêts fondamentaux des animaux pour le moindre désir humain est aussi amenée à disparaître.

 Un jour, nous mettrons ensemble fin à une ère d’injustice envers les animaux parce que c’est possible, parce que c’est logique, parce qu’il est juste de le faire. »

Joaquin Phoenix, né en 1974, acteur :

 « Nous devons apprendre l’empathie, nous devons apprendre à regarder dans les yeux d’un animal et réaliser que sa vie a de l’importance, parce qu’il est, lui aussi, un être vivant. »

Renan Larue, universitaire, littérature et histoire :

 « L’antispécisme et le véganisme ne sont pas des inventions récentes… ils sont les héritiers de la philosophie des Lumières, une philosophie qui sapait à coups de marteau le suprémacisme humain et la fable anthropocentriste. »

Joël Cessio, né en 1985, militant de la libération animale :

 Violemment malmené après s’être introduit dans les arènes de Dax en pleine corrida : « On sent une haine du public […] et on se rend compte que quand on fait du mal à un animal, on peut très bien en faire à un être humain, c’est pareil. Il n’y a qu’un pas entre tuer un animal et tuer un être humain […]. La violence doit cesser, que ce soit sur des animaux, que ce soit sur des êtres humains. »

 Puis laissons Christophe Tomas nous présenter un taureau sauvé des arènes, Fadjen. Et il s'agit encore de culture et de sagesse...

Fadjen - Pablo Knudsen - 2011 © Pablo KNUDSEN

 

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