Monsieur Moix, merci !

C’est donc à une lettre ouverte que revient l’honneur de restaurer l’éclat de la plus belle des devises…

Monsieur Moix, merci ! C’est un torrent d’émotion qui se déverse sur des années de froideur coupable d’un déni d’humanité, c’est une lumière éclatante qui fend la noirceur honteuse qui veut étreindre une nation pourtant fière d’elle, c’est un cri qui renverse la laideur de toutes ces voix qui se sont tues, et que nous attendions. C’est un coup de semonce pour ceux qui élus, ont oublié et même bafoué la devise de la République.

 

Et votre indignation s’adresse ainsi à tous. Elle tance ceux qui, depuis leurs tribunes et autres scènes, auraient pu, auraient du, se mobiliser. Elle admoneste ceux qui ont choisi de se soumettre à l’air du temps, qui ont analysé et agi à l’aune des sondages, qui ont agi ainsi car il fallait agir ainsi, qui ont pensé et agi en tournant le dos aux idéaux les plus nobles.

 

Mais surtout, votre verbe rend justice à tous ceux qui, de gestes simples aux plus exposés, ont décidé de s’engager aux côtés des échoués d’un monde qui incontestablement est un. Ne dit-on pas qu’il faut penser désormais à l’échelle de la planète lorsqu’il s’agit de légiférer ? Pour détruire le Code du travail notamment. N’a-t-on pas intégré en particulier que le changement climatique n’a que faire des frontières ? Les résistants d’aujourd’hui sont à la hauteur de ceux d’hier. Et vous leur rendez un vibrant hommage. Ils s’adressent aux « petits », à ces « riens » d’un monde qui vacille car organisé comme il l’est. Ils ne sont pas la cour dans un palais de Versailles qui ne devrait être autre chose qu’un musée. Ils incarnent le vrai service que l’on peut rendre à l’autre, aux autres, sans une quelconque obligation règlementaire. Avec le seul cœur comme moteur. Avec la discrétion des Sages.

 

Enfin, vous rendez à ces naufragés la dignité qui leur est due. En cela, vous réactivez les plus belles résolutions de l’humanité consciente. Parmi elles, la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Ou encore la construction européenne.

 

Je ne suis rien, et veux le rester car cela m’engage déjà tellement que j’ai une admiration sincère pour ceux qui sont quelque chose. Car être quelque chose engage encore plus, au point de rendre les mains tremblantes et de mettre la conscience à l'épreuve. Je ne suis rien, mais votre lettre m’a fait du bien.

 

Je n’étais pas à Calais mais ce nœud qu’il constitue depuis de trop longues années est douloureux. Je connais cependant W qui, adolescent, a été gazé au moment d'une arrestation musclée près de Calais, puis dépouillé de ses chaussures avant d'être relâché en pleine nuit et en plein hiver, à 30 kilomètres des côtes. Loin de tout. Son amitié m'honore aujourd'hui autant que m'impressionne son intégration en France, exemplaire. Or que l'accueil que lui ont réservé des représentants de l’État français s'inscrive dans le fil des violences subies dans son pays d'origine est inacceptable et... me fait honte.

 

Je suis injuste envers tous ceux qui se sont élevés et que je ne cite pas ici, maintenant. Et que j'ai salués forcément trop modestement, par ailleurs. Et je sais qu'ils sont nombreux et lumineux, et je les admire.

Je suis injuste car je ne rends pas suffisamment hommage ici aux forces de l'ordre authentiquement républicaines. Et j'ai une égale admiration pour elles.

Je suis injuste car je ne m'étends pas sur tous nos concitoyens qui souffrent en cette heure... 30 % de la population française exposée à la pauvreté selon une estimation récente. Car le monde est injuste et entend le rester, pour le bonheur d'une minorité. Car il n'y a pas d'opulence sans misère.

Je suis injuste car je sais que des élus sont mobilisés et au service de tous. Noble tâche qui inspire le respect.

Je suis injuste car ce billet ne cite pas tous les beaux textes, et ils sont nombreux, qui tentent depuis longtemps déjà de percer le mur.

Et je suis injuste parce que je m’exprime en noir et blanc, et que nous savons que rien n’est noir ou blanc.

 

Mais votre lettre m’a fait du bien. Vous le dire, aussi.

 

 

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