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Billet de blog 25 mars 2018

Du gendarme Arnaud Beltrame et de la République des frères Morice

Dans un moment de stupeur, un héros. Puis le recours à l'Art et à l'Histoire. Pour rester debout.

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C’est en 2012 que la République des frères Léopold et Charles Morice, en rénovation et emmaillotée d’échafaudages, se laisse enfin aborder de face sur nos écrans grâce à l'escalade d'un photographe… A priori dépourvue du souffle de la vie ou de toute poésie, comme on le devinait une vingtaine de mètres plus bas, elle interpelle en 2015, puis en 2016, puis en 2017 et désormais en 2018 dans sa belle immuabilité de bronze… Depuis 1883.

Source : Wikipedia

Avec les assauts terroristes de l’année 2015, aussi sidérants que sans commune mesure avec l’enfer déployé au Proche-Orient depuis 2011, l’œuvre semble enfin dévoiler tout son sens. Si les uns, des manifestants anonymes hissés on ne sait comment sur ses flancs, et au péril de leur vie, proclament leur foi en la liberté, d’autres, non moins fervents mais à la stratégie nauséabonde, nourrissent la bête immonde. Un auteur à succès, controversé mais à succès, dit ne pas avoir écrit assez, un philosophe éminent cautionne, d’autres jubilent et veulent traquer certains « autres ». Entre temps, Emmanuel Todd est écarté pour avoir sondé Charlie…

En 2015 donc, trois jours après les saignées de Paris et de Saint-Denis, le président et le parlement se transportent à Versailles. Le chef de l’État (déjà apparu sur les écrans dans la foulée de l’ignominieuse attaque, effaré et en sueur) y est écouté (logique), n’écoute pas (la constitution modifiée par son prédécesseur le veut ainsi)… Puis l’état d’urgence reconduit inlassablement comme un bégaiement, et pour finir, sa transposition dans le droit commun…

Objectifs atteints : le sommet de l’État ébranlé, la liberté essorée.

En 2018, le même scénario se répète : l’infâme violence d’un être déployée sur des innocents, le sommet de l’État mobilisé sur les écrans, les drapeaux en berne. Puis, très probablement, une législation qui cernera, encore et toujours, le souffle de la liberté. Objectifs atteints.

Or, ce qui éclate, malgré les murailles délétères qui s’élèvent, et à cause d’elles précisément, c’est l’évidence à relire la résistante Germaine Tillion : « Vous ne pouvez rien contre le gosse de 17 ans qui a décidé de mettre une  bombe quelque part. Tout effort contre lui se retournera contre vous. Mettre une violence contre la violence c’est la chose la plus sotte qui puisse être faite. Il faut tenter de retirer le point douloureux ».

Et observons : reposant sur ses parèdres que sont la Liberté, l’Égalité et la Fraternité, portée par le Suffrage universel, la République observe, sereine, cérébrale. Au risque de paraître froide. Car la République, cette République que nous aimons, ne saurait vaciller face à la folie ou à la haine d’un individu, en lien ou non avec une horde dont les heures sont comptées dans un nœud du monde. Une horde, d’ailleurs, qui n’est pas apparue ex-nihilo...

Enfin, au seuil du printemps 2018, un héros, incontestablement, à l’honneur : Arnaud Beltrame. Soit ce gendarme, ce citoyen, entré dans l’Histoire comme dans les cœurs.

Espérons que l’on n’en fasse pas la figure de proue d’un vaisseau obscur…

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