Alpes maritimes : maltraiter salarié.e.s et animaux relève de la même injustice

Depuis 2015, l’alerte est donnée : dans un refuge maralpin censé soigner et rééduquer des animaux handicapés, droit du travail et réglementation sanitaire sont dits bafoués, témoignages, plaintes et photographies à l’appui.

Et à elles seules, les dernières images de l’année 2019 disent l'urgence des soins, sinon leur insuffisance…

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Ainsi, dans ce lieu censé être le sanctuaire de la bienveillance, financé par des collectes de dons qui témoignent de l’empathie et de la générosité d’une société qui considère avec toujours plus de clairvoyance l’acuité de la question animale, les atteintes à la dignité et au droit sont accusées d’avoir très vite franchi la barrière des espèces : sont ainsi déplorés par des observateurs et observatrices la détention non réglementaire d’animaux sauvages (sangliers) et exotiques (perroquets), le non-respect des règlements sanitaires relatifs à l’accueil spécifique des équidés, ovins, bovins, caprins, chats et chiens, la disparition d’animaux confiés à l’association pour des protocoles de rééducation (une association au nom évoquant pourtant célérité et rigueur la plus ferme) … Et on l’aura compris, l’admiration pour une cagnotte généreusement garnie transformée depuis en sentiment d’être face à une escroquerie suspectée d’autant plus ignoble qu’elle abuserait des élans de solidarité interspécifique.

Et manifestement, si les animaux non-humains ne seraient que prétexte à la prédation, eux qui ne peuvent ni témoigner ni s’enfuir, et si l’engagement d’honorer la parole donnée aux bienfaiteurs et bienfaitrices serait sévèrement trahi, le sort réservé aux belles mains qui entendent allier idéal et vie professionnelle est qualifié, lui aussi, de méprisant et révoltant : salariés non déclarés, inaccessibilité de la médecine du travail et des droits en matière de retraite, résignation à devoir saisir le conseil des Prud’hommes (en ces temps de rétrécissement du droit des salarié.e.s, qui plus est)

Au terme d’un périple de cinq années désormais, qu’en est-il du traitement des plaintes et signalements ?

Si les salarié.e.s en question ont été entendu.e.s par la juridiction prud’homale et sont en attente de jugement, ces personnes seules semblent bénéficier de l’attention que la République se doit d’accorder. Ou, en son nom, les collectivités territoriales et leurs services aux compétences précisées par la loi. Car si des animaux, seuls les perroquets ont été retirés par les autorités (celles en charge du suivi des animaux sauvages), les lanceurs et lanceuses d’alerte confient leur stupéfaction face au boulevard qui resterait à la disposition d’une association que tout devrait placer sous le feu des projecteurs et, surtout, de la rigueur dont savent faire preuve les services d’un département qui s’étend des rivages les plus apaisants aux sommets les plus enchanteurs…

Quant à la responsable du refuge, la dame communique sa promptitude à intervenir et impute l’état déplorable des animaux à leur récente arrivée en ses mains. Jusqu’à affirmer qu’un poulain né chez elle, selon des témoins, et désigné comme désespérément frêle et malingre, lui aurait été confié, hélas, trop tardivement. Le cheval atteint d’une tumeur au fourreau quant à lui (illustrations ci-dessus), il aura dû attendre une année, selon les témoignages, et l’injonction d’un service vétérinaire pour bénéficier d’une intervention chirurgicale. Quant à Secret (photographie ci-dessous), on signale la fin de son existence au refuge, enterré (comme d’autres) mais pas oublié par ceux et celles qui ont tenté de mobiliser en faveur de sa prise en charge.

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On notera ainsi l’absence de traçabilité qui caractériserait la structure et ainsi l’impossibilité de vérifier les dires de sa direction. Qui gagnerait assurément à un secrétariat irréprochable afin de convaincre de sa bonne foi. On ne peut que l’espérer pour elle et pour tous et toutes. Et peut-être pourra-t-elle en faire la démonstration.

On murmure désormais que le refuge devrait être délocalisé dans une autre région… Où les autorités compétentes pourront toutefois, elles aussi, et fort heureusement, remplir leur mission et œuvrer en faveur du respect des textes et en hommage à l’engagement de tous ceux et toutes celles qui militent en faveur du respect de la sentience.

Le respect n’a que faire des espèces. Il est, ou n’est pas.

Et donateurs, donatrices, salarié.e.s et pensionnaires ont droit au respect de leur dignité. Quand le refuge a le devoir moral sinon réglementaire de faire état de sa gestion rigoureuse. Quand la République n’est que lorsqu’elle est exemplaire. Et elle sait l’être.

 

Ce billet, au nom de l’estime ressentie pour des militant.e.s authentiques et pour les élans du cœur, au nom du respect dû aux animaux non-humains, par égard pour la République.

HV

 

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