Combien de géants pseudo-Jupiter aura-t-il terrassés?

Quand jaillissent des rues de France des visages et des vies brisés, émerge des âges antiques la détresse d’un Géant. Ou quand la main puissante des sommets impose sa loi, et que s’affirment empathie et postérité pour les vaincus, et opprobre pour les vainqueurs…

 

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Genou à terre, ailes déployées aussi somptueuses que vaines, entravé par le serpent Erichthonios le mordant au torse, la tête saisie par la fougueuse Athéna, le fils du Ciel et de la Terre, Alcyonée, happe immanquablement le regard du visiteur du Musée de Pergame à Berlin… Et peu lui importe le couronnement de la déesse aux yeux pers par Niké, la Victoire ailée. Née guerrière du crâne du maître de l’Olympe, la divinité debout s’apprête à dépecer sa victime sous le regard terrifié de Gaia, mère de l’infortuné surgie du sol…

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Ce visiteur sait-il seulement qu’il s’agit là d’une scène fameuse de la Gigantomachie, ce combat entre les divinités et les Géants en révolte contre la tyrannie de Zeus ou Jupiter ? Et en l’occurrence des Géants défaits par la Sagesse guerrière soit le triomphe de l’ordre sur le désordre qu’ils incarnent ? Sait-il que ce haut-relief du Grand Autel de Zeus à Pergame fut réalisé à la gloire du souverain Attalide Eumène II vainqueur des rebelles Galates au IIe siècle avant JC ?

Il voit assurément une insulte à la vie, une existence fauchée à l’heure de sa plénitude et des vastes desseins, comme il voit la colère abattue, un jour plus récent, sur le visage d’Athéna au puissant bouclier, comme sur celui de la Victoire… Deux visages brisés à leur tour. Effacés des mémoires. Et qui ne pèsent pas face au vaincu.

Trois questions se posent alors :

La gloire par la force est-elle la gloire ?

Le désordre appelle-t-il le déploiement des armes ?

Les visages qu’un autre Olympien ravage aujourd’hui, un Jupiter revendiqué, emportant leur foi en la Cité et leur Souci de l’Autre, ne sont-ils pas en passe de jeter dans l’infamie l’ordre qu’il impose ?

 

Ce sont les visages et les mots disant les maux de nos frères et sœurs, de ces 2000 victimes répertoriées, Agnès, Antoine, Axel, David, Franck, Jérôme, Philippe, Vanessa, Victor, Vitalia, Yann, notamment, qui transpercent l’ordre médiatique dont la monumentalité n’a rien à envier au Grand Autel de Pergame. D’imposants édifices tous deux et qui ne sont rien face aux humanités vraies.

 

On les remerciera comme on saluera le site Le vent se lève pour son enquête et son partage ici modestement relayé :

GILETS JAUNES : LES BLESSÉS QUI DÉRANGENT © Le Vent Se Lève

 

Citoyens et Citoyennes, ils sont nos Géants.

Pourront-ils déployer leurs ailes à nouveau ?

 

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Agnès : « D’un coup, je me suis tournée vers eux, j’ai vu un canon qui me visait et là, j’ai été mais… sidérée, quoi ! Mais pourquoi moi ? Qu’est-ce que… pourquoi on me vise ? J’ai pas compris… Et là, y avait des policiers en civil avec un brassard orange et là ils m’ont dit « bien fait pour ta gueule, salope » … et à mon mari : « petit PD, connard ! » alors qu’on était en train de monter dans le camion des pompiers ».

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Antoine (simple passant) : « Là où j’étais autour de moi, moi-même je ne voyais pas de policiers, je voyais pas de CRS, c’est pour ça que d’ailleurs je me sentais encore moins en danger… »

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Franck : « Au moment où je tourne la tête, j’ai reçu ma balle de LBD 40. Et quand j’étais à l’abri, j’ai vomi, j’ai vomi beaucoup de sang. Je mange pas, je dors pas, chaque fois que je veux dormir et que je ferme les yeux j’ai des flashs et je revois la scène. Quand on regarde, on dirait que j’étais mort. Pour moi, c’est foutu. J’aurai plus de travail… »

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Vitalia : « Là je vois que des matraques, je ne vois même plus de corps, je vois que des matraques qui frappent, qui frappent… Sur le moment j’ai une grosse douleur. Je pleure, beaucoup, tellement que j’ai mal. Je m’accroche au mur parce que je ne tiens plus debout, mes jambes ne répondent plus… Le fait d’avoir le cerveau en miettes, la mémoire en miettes, on ne reconnaît plus notre vie, tout est en miettes… C’est vraiment très difficile de retrouver une cohérence parce qu’on est brisés à plusieurs niveaux, émotionnel, cognitif, physique, psychologique… »

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Yann : « Je souris tout le temps. Même là je souris beaucoup mais j’ai beaucoup de mal. Franchement, j’aime pas du tout, j’aime vraiment pas… Les dents bougent et elles sont en train de tomber… C’est bête, mais même dans l’hôpital ça sentait le lacrymo, pour vous dire le nombre de blessés… Dès que je vois un képi, j’ai envie d’aller lui montrer mon grand sourire… Ils sont censés être là pour nous protéger, pas pour nous taper dessus… »

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Vanessa : « Je supporte plus de sortir toute seule. Je ne comprends pas pourquoi parce que je sais que personne ne va me tirer dessus dans la rue, mais voilà… La femme de 34 ans est devenue une petite fille de 12 ans. C’est toute ma vie qui est impactée parce que moralement je suis anéantie. Il n’est pas normal de se lever un matin, d’aller juste marcher dans la rue pour dire non à certaines choses et se faire tirer dessus… »

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Victor : « On m’a asséné plusieurs coups de matraque télescopique, j’ai déclaré que j’étais de la presse, que je faisais mon métier. Ils m’ont répondu qu’ils en avaient rien à faire et ils ont continué à m’asséner des coups jusqu’à ce que je perde connaissance… »

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David : « J’avais le reste de la mâchoire du fond qui pendait, donc ils ont mis des vis. Et si ça tient, on peut passer à une greffe de moelle osseuse. Je n’ai plus de gencive, ils m’ont mis une plaque en titane aussi, car l’os ici a été cassé, et en même temps est partie la gencive, le palais et les dents avec, et ça a touché les sinus aussi… On n’a même pas les moyens d’aller chez un psychologue, ce n’est pas remboursé… Il va y a avoir une génération de traumatisés face à ça, c’est sûr… »

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Axel : « J’ai toujours de grosses douleurs et en plus de cela j’ai toujours des acouphènes, les vertiges… Le gros problème qu’il y a c’est qu’en plus j’ai des angoisses. Et j’ai perdu l’odorat au passage, donc aujourd’hui je ne sens plus rien… »

 

Et tant d'autres...

Merci à eux !

Et dire qu'en 2017 l'impératif était de voter contre l'obscurité...  Manuela Cadelli, magistrate belge, n'avait-elle pas déclaré, déjà, que le néolibéralisme est un fascisme ?

 

 

 

 

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