L’entreprise, cette autre forteresse

La France retient son souffle, au bord du gouffre pour les uns, au seuil de la justice pour d’autres… Et une photographie immortalise le moment. Mais lors de ces "grèves joyeuses" du printemps 1936, ces vantaux ne sont-ils pas à la fois fermés sur un passé et prêts à être rouverts sur l’avenir ? Question poignante en ce début de XXIe siècle néolibéral…

 

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 En région parisienne

Une rupture, donc ? Oui, car les portes d’acier riveté sont closes en neutralisant une voie ferrée, soit la révolution industrielle domptée par une société qui veut s’affranchir. Derrière ces murailles probablement édifiées pour en supplanter d’autres, abattues en 1789, les salariés se retranchent et les verres enfin s’entrechoquent avant de regagner des lèvres bavardes, au son de l’accordéon ou des propos enflammés de tel syndicaliste. Car les hommes attendent, bérets ou cheveux aux vents de mai, les yeux tournés vers les ors de la République. Ailleurs, les ouvrières ne sont pas en reste...

C’est donc "non !" au chantage à la crise qui balaie les sociétés depuis le krach de Wall Street, quand elle n'achève pas les démocraties voisines. "Non !" aux salaires dérisoires et aux privations. Ces deux cigarettes d’ailleurs, ont-elles été achetées, comme tant d’autres, au détail ? Et "non !" à l’autoritarisme des cadres, aux heures empilées, aux avertissements cinglants et aux rancœurs additionnées ! Que se taisent aussi les éreintantes machines insensibles aux dos qui ploient et aux humiliations subies ! C'est donc "non !", et le temps qu’il faudra, car il est au soleil et que dames et gamins fournissent pain et vin rouge... Quant au poing souriant de la victoire, s’il s’élance, c’est bien qu’il est inimaginable cette fois d’être délogés par la troupe ou lâchés par les élus. Discret, emmuré à sa façon, un jeune arbre se joint aux militants...

C’est alors qu’à Matignon d’inédits accords sont signés (un éventail de 7 à 15% de hausse de salaire pour plus d’égalité, avec les conventions collectives) et qu’au Palais Bourbon, la coalition du Front Populaire, née du refus proclamé du fascisme, de la guerre et de la misère, vote la semaine de 40 heures (contre 48) et les 15 jours de congés payés par an. Victoire ! Des vélos deviennent tandems, tandis qu’en province, les ouvriers embarrassés vérifient la fermeture de leur usine… avant d’épauler les moissonneurs. Confus, sans doute, réjouis, certainement.

Puis viendront les "Jours heureux" du Conseil National de la Résistance, puis en 1948, l’ONU, par l’article 24 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, consacrera l’embellie… A nous de promouvoir ce qui affranchit et élève, à nous également d'envisager la place qui revient à l'entreprise. Afin qu'elle ne broie pas, afin qu'elle soit équité, afin qu'elle n'altère d'aucune façon la Liberté, l’Égalité et la Fraternité. A sa place, seulement.

 

https://www.leberry.fr/vierzon/social/2016/10/20/la-cgt-organise-une-soiree-pour-celebrer-le-front-populaire-de-1936_12121398.html#refresh

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