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Billet de blog 18 nov. 2013

Inscrire l'anti-colonialisme dans la constitution

Comme beaucoup, j'ai pris pour moi ces insultes à répétition proférées contre Madame Christiane Taubira. Je me dis que si des gens se permettent de parler et d'agir ainsi, revendiquant le faire au nom d'une certaine idée de la France, c'est parce qu'ils s'en sentent légitimes. Ils pensent qu'ils sont la France, que la France c'est eux. Ils le pensent parce qu'on les a laissés penser cela.

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Comme beaucoup, j'ai pris pour moi ces insultes à répétition proférées contre Madame Christiane Taubira. Je me dis que si des gens se permettent de parler et d'agir ainsi, revendiquant le faire au nom d'une certaine idée de la France, c'est parce qu'ils s'en sentent légitimes.
Ils pensent qu'ils sont la France, que la France c'est eux. Ils le pensent parce qu'on les a laissés penser cela. C'est vrai que ces dernières années, nos médias ont fait la part belle à ces quelques éditorialistes, irresponsables politiques, et autres philosophes auto-proclamés s'employant outrageusement à décomplexer la parole raciste.

Dans leur mode de pensée,  il est peut-être inconcevable qu'une descendante de "banania" puisse être ministre de la République française; qu'un(e) autre descendant(e) de "bougnoule" ou de "Niakwé" puisse représenter la France, dans quelque fonction que ce soit. Pour eux, au fond, ce n'est pas normal, ce n'est pas juste, ce n'est pas possible. Cette place, cette fonction, pour "ces gens-là" est forcément illégitime, imméritée, indécente. Ils n'aiment pas ce visage de la France.

Je vois, j'entends ici et là, les projets de grandes manifestations anti-racistes dans les semaines à venir, en guise de réaction, en guise d'indignation. Bien sûr qu'il faut s'indigner ! ce n'est certainement pas moi qui vous dirai le contraire, mais très honnêtement, je ne crois pas que des manifestations seules, changeront quoi que ce soit au climat actuel. À part peut-être à nous délivrer d'un peu de notre mauvaise conscience.

Je crois surtout que ce pays doit affirmer de façon claire et définitive qui il est et qui il n'est pas. Il ne peut plus ni vivre dans cette schizophrénie qui le caractérise depuis trop longtemps. Cette schizophérnie où tout le monde se sent légitime à parler de La France quand il y a DES Frances tellement différentes, opposées, paradoxales, incompatibles. Il n'y a, c'est un fait, malheureusement aujourd'hui, aucun projet collectif possible dans ce pays. Nous ne voulons pas avancer ensemble. Nous ne voulons pas construire ensemble. Nous ne nous aimons pas assez; nous détestons trop notre voisin; et nous pensons tous avoir une raison légitime pour justifier notre méfiance, notre rancoeur, notre haine, ou notre peur de l'autre.

C'est vrai que je ne suis pas un patriote et que je ne le serai jamais. Je me considère comme un citoyen du monde. De par mes expériences, mes voyages, mes lectures et mes rencontres, je me nourris de l'histoire de différents pays, de différents peuples, de différents combats qui me touchent, qui me parlent, qui me donnent envie de vivre, d'agir et d'avancer. Je me nourris de tout ce qui me semble bon et souhaitable, pour moi et pour mon "époque", quelle que soit son origine géographique. Je suis français, je suis algérien, je suis chilien, je suis palestinien, je suis belge, je suis québécois…

Mais, de fait, je suis né et je vis en France. Je suis un citoyen français parmi 60 millions. Nous sommes tous embarqués dans la même galère, si je peux m'exprimer ainsi. À moins de vouloir en balancer certains par-dessus bord, il va bien falloir qu'on arrive un jour à se mettre d'accord sur où on va, comment, et pourquoi : qui sommes-nous ? Dans quel pays vit-on ? dans quel pays veut-on vivre ? quelles sont nos valeurs ? que sont celles que l'on refuse ?

Je suis de ceux qui pensent que le racisme que subit Madame Taubira et tous les français dits "de couleur" est un racisme purement colonial. Un racisme nostalgique du bon vieux temps des colonies. Face à lui, il y a une bataille à mener : une bataille idéologique, une bataille philosophique, une bataille historique. Contrairement à certain(e)s de mes ami(e)s, je pense que la France d'aujourd'hui est majoritairement anti-coloniale. Je ne pense pas que la France soit majoritairement raciste. Celle que je fréquente, en tout cas, ne l'est absolument pas. Elle est tout le contraire.

Bien sûr, je peux me tromper, et si tel était le cas, j'avoue que j'aurais du mal à m'imaginer rester longtemps à bord du bateau France. Voilà pourquoi, je veux savoir exactement où on est.  C'est une question majeure qui renvoie à nos valeurs les plus profondes. Un sujet qui, selon moi, ne devrait souffrir d'aucune confusion. Un sujet qui mérite des conclusions certaines, ne se contentant pas de "je crois que", "à mon avis", "peut-être bien"…

Pour ma part, je reste convaincu que l'anti-colonialisme doit être inscrit en toutes lettres dans la constitution de la République française.

C'est une bataille que j'aimerais nous voir mener. Une bataille qui aurait le mérite de nous éclairer sur nous-mêmes. Nous connaissons tous le passé colonial de la France. Suivant que nous soyons descendants de colons, d'indigènes, de déserteurs, de résistants anti-colonialistes des deux côtés de la barrière, nous sommes tous, d'une manière ou d'une autre le fruit de cette Histoire. Au-delà du travail de mémoire toujours nécessaire, la seule chose que nous puissions faire aujourd'hui, c'est de construire une société qui nous parle, qui nous ressemble, qui corresponde à des valeurs qui nous seraient communes. Si ces valeurs communes sont, aussi simplement : 


-  l'universalisme véritable, celui qui considère qu'aucune civilisation, aucune croyance, ne peut se penser supérieure à une autre.


- Le refus de toute forme de domination et d'oppression d'un être humain par un autre, d'un peuple par un autre, d'un pays par un autre.

Alors, nous pourrons inscrire officiellement l'anti-colonialisme comme un fondement, comme un socle de notre société. Et vous pourrez de fait m'inscrire parmi les plus fervents défenseurs de cette France anti-coloniale. Ce serait un acte fort. Un acte révolutionnaire très certainement. Un acte de renaissance. Je crois que l'histoire nous appelle à aller dans ce sens.

Mais si nous perdons cette bataille, eh bien, je vous le promets, je me balancerai moi-même à la mer. À bord d'une petite barque, sur un radeau de fortune, ou à la nage s'il le faut, j'irai me trouver une autre galère.

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