Rions ensemble de la communication qui a entouré l’inauguration du SNU.
Brassage social ? Durant moins d’un mois, chacun restera parmi les siens, ceux qu’à 16 ans on sait déjà très bien distinguer des « autres ». Et quand bien même tous participeraient aux mêmes épreuves collaboratives, cela ne resterait qu’une parenthèse dans une vie déjà bien resserrée sur un destin de classe.
Valeurs nationales ? On imagine bien qu’il sera question de laïcité, une valeur de tolérance dévoyée en dogme surplombant. En revanche les valeurs de liberté, égalité, fraternité ne seront pas au programme. À l’exception peut-être de la fraternité, comprise comme solidarité face aux ennemis de la nation, pour faire oublier les autres combats, ceux qui troublent l’ordre public et desservent les intérêts des dominants et de leurs acolytes.
Culture de l’engagement ? C’est bien connu, le jeune, cet ectoplasme au phrasé monosyllabique, passe son temps sur les réseaux sociaux. Alors on lui proposera de s’engager durant 3 mois dans des actions de volontariat, militaire ou civil. On ne doute pas que la perspective d’être utilisés comme main-d’œuvre bon marché durant 90 jours, sans parcours d’apprentissage ou autre, mais avec un emploi du temps et un amoncellement de directives, suscitera chez les lesdits jeunes un enthousiasme démesuré.
Tout cela n’est que poudre aux yeux. L’objectif, esquissé par Sarkozy en 2005, est de détecter les jeunes à problème, ceux qui ne marchent pas droit. Soit, rebelles, ils ne se présenteront pas au SNU (il a été question de sanctions sociales). Soit, résignés, ils s’exposeront au regard normatif de leurs instructeurs. Alors certes, 15 jours d’immersion en territoire hostile, c’est juste un mauvais moment à passer… Sauf s’il reste des traces informatiques de ce passage. L’Armée est soumise au RGPD comme d’autres institutions, mais en précisant les objectifs de la collecte de données et en obtenant le consentement des individus, on peut aller assez loin dans leur fichage. Il conviendra donc d’être attentif sur les termes du « contrat » qu’on demandera de signer aux nouvelles recrues. Au-delà de ça, les exemples de fichiers clandestins sont nombreux, et rien ne garantit que, sous couvert de la « raison d’État », ne soit pas posée la première brique d’un fantasme totalitaire.
Lire aussi le billet très complet de B. Girard sur le sujet : https://blogs.mediapart.fr/b-girard/blog/200918/service-national-universel-surveiller-et-soumettre