Une loi pour Vincent Lambert

Dans l’affaire Vincent Lambert, la parole de ce qu’il convient d’appeler les catholiques intégristes se fait à nouveau entendre, avec les mêmes arguments qu’hier contre le droit à l’avortement. Il faut une loi pour les faire taire.

Dans l’affaire Vincent Lambert, la parole de ce qu’il convient d’appeler les catholiques intégristes se fait à nouveau entendre, avec les mêmes arguments qu’hier contre le droit à l’avortement.

Ces gens-là sont têtus. Ils ont perdu le combat devant la volonté des femmes à disposer de leur corps, tout en continuant à vociférer çà et là contre ce droit acquis de dure lutte, persuadés que le corps des femmes, parce qu’il peut donner la vie, ne leur appartient pas vraiment.

Ils repartent à l’assaut, au même motif que la « vie est sacrée », en s’opposant à l’arrêt des soins de Vincent Lambert. La différence, c’est qu’ils ont affaire ici à un être inerte, un corps qu’ils peuvent soulever à bout de bras pour clamer leur idéologie archaïque. Ils le font contre les avis médicaux, contre le souhait de sa femme, contre l’opinion publique…

Qu’on ne les imagine pas animés de pieuses intentions. Ils savent que Vincent Lambert restera dans un état végétatif jusqu’à sa mort et que, dans l’hypothèse où il aurait effectivement une âme, le plus charitable serait qu’elle soit rendue à Dieu. Mais non, Vincent Lambert est devenu un porte-étendard. Il suffisait de voir les gesticulations triomphalistes de l’avocat des parents venant d’apprendre la reprise des traitements, et plus encore de l’entendre parler de « remontada », pour comprendre qu’il s’agissait là d’une revanche face au droit à l’avortement, au mariage pour tous, et à tout ce qui semblait émaner de la belle devise républicaine « liberté, égalité, fraternité », héritage de la Révolution française, qu’ils honnissent par-dessus tout.

Il faut une loi pour les faire taire, ces pantins venus d’un autre âge. Un article de loi qui permettrait à ceux qui le souhaitent de mettre fin à leur jour dans la dignité, en toute conscience. Et pour ceux qui n’ont plus de conscience, un article qui fixerait la durée de coma dépassé au-delà de laquelle l’arrêt des soins serait automatique. La collectivité ne peut pas laisser aux proches la responsabilité d’une telle décision, parce qu’elle est très lourde à porter, individuellement et socialement. Le mieux serait donc qu’il n’y ait pas de décision, mais un délai, fixé par la loi, qui permettrait aussi aux proches de faire leur deuil.

Une loi juste et humaine face à la manipulation et l’obscurantisme.

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