Daech va droit dans le mur

Que peut on attendre de l'avenir d'une organisation terroriste qui, bien qu'affaiblie de toute part, semble poursuivre inexorablement sa lutte contre le monde qui l'a créé ? Et quelles peuvent en être nos réponses ?

On dit souvent que le terrorisme est l'arme des faibles. Daech doit être incroyablement faible alors. Si faible qu'il ne lui reste plus que la terreur comme moyen de survie. Sans elle, ce mouvement ne serait rien, tant son idéologie se renferme sur un monde fantasmé, reclus sur un passé idéalisé. Sur un mirage en quelque sorte.
Et pourtant, le présent contribue à le maintenir en vie, à travers l'effarement et la peur que le monde daigne lui accorder.

Daech est le cancer de notre monde. Il tue et se répand insidieusement. Et bien que la tumeur soit sur le point d'être éradiquée, les métastases se sont déjà répandues à travers le monde. Elles tuent pour vivre, et ce, jusqu'à leur propre mort. En fait, ce mouvement n'a d'autre but que sa propre fin, et d'autre souhait que l'entraînement du monde dans sa chute. Il n'a aucune stratégie, si ce n'est celle de la vengeance et des rancœurs. Ce qui le mène droit dans le mur.

Et en face de ça, il y a ceux qui gesticulent, ceux qui ont peur, et qui, dans un aveuglement similaire, donnent toute la légitimité à cette organisation macabre d'exister. Ils passent leur temps à dénoncer ceux qui ne dénoncent pas assez, et attaquent ceux qui sont pris en tenaille par cette maladie. Ces gens-là ne veulent surtout pas affronter ce qui se cache aussi en eux.
Pourtant, il faudra bien, un jour ou l'autre, se confronter à la réalité et accepter que c'est un ensemble d'idées et de comportements qui ont créés cette absurde folie. Elle n'est pas tombée du ciel.

Bien sûr que l'islamisme et ses doctrines sclérosantes y sont pour quelque chose. Bien sûr que l'arrogance d'une super puissance, prête à tout pour maintenir son hégémonie, a contribué à construire cette idéologie mortifère. Et nous pourrions également envisager que le mépris et l'autosuffisance d'un scientisme acharné, hostile à toutes formes de spiritualités, y a aussi joué un rôle de taille.

Comme si la religion était inexorablement source d'obscurantisme. Comme si nous, peuple éclairé par les Lumières, étions détenteurs de la Voie à suivre pour le monde.

Au final, reconnaissons que certaines de nos pensées ne valent pas mieux que celles de l'intégrisme islamiste et que les unes et les autres ont une fâcheuse tendance à s'auto-alimenter. Reconnaissons donc aussi que ce mouvement extrémiste nous renvoie à nos propres failles.

Oui, nous avons perdu notre lien à la transcendance, alors nous nous agrippons désespérément à notre sacro-sainte science. Nous avons oublié qu'il y a dans la nature humaine un besoin de transcendance.
Et c'est bien ce qui a fait, dans un premier temps, le succès de Daech auprès d'un public crédule et manipulable.
L'humanité (et en particulier le monde occidental) ne pourra pas constamment glorifier la science et le progrès, au détriment de la spiritualité. Elle devra bien se rendre à l'évidence; la raison ne peut fonctionner seule. Pour vivre, l'homme a besoin de maintenir un lien avec l'ineffable. Il faut accepter une part d'incompréhensible dans notre monde. Tout en gardant notre raison comme un outil, comme une boussole.

Ainsi, tant que nous n'aurons pas compris que nous avons aussi contribué à l'essor de Daech, et de Al Qaïda avant elle, leur idéologie demeurera. Et donnera naissance à une autre forme de folie dans le futur.

Alors laissons ces gens, pris au piège de leur souffrance, foncer dans le mur, puisque c'est leur choix. Et continuons à vivre.

Ainsi, après chaque nouvel attentat, nous continuerons à pleurer les victimes, qui qu'elles soient, et à les honorer en faisant le choix de la vie.
Après chaque nouvel attentat, nous refuserons, avec la plus grande détermination, la facilité de la vengeance et des rancœurs, car nous sommes conscients qu'elles nous entraîneraient, à l'instar de ceux qui se considèrent comme nos ennemis, dans les méandres de la noirceur de l'âme humaine.
Après chaque nouvel attentat, nous montrerons qu'une autre forme de spiritualité est possible. Plus humble quant au pouvoir de l'humanité, mais aussi plus confiante en ses potentiels de création, de changement et de régénération.

Et pour cela, la religion devra se renouveler, afin de s'adapter aux nouvelles consciences qui naissent.

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