Lettre à Salah Abdeslam

En réponse aux publications des lettres de Salah Abdeslam dans la presse, et pour que ces lettres ne restent pas sans réponse. Voici ma réponse à cet homme, perdu dans l'étroitesse de ses convictions.

Salah Abdeslam,

Ce courrier est autant destiné à vous qu'à moi, ou même au lecteur intermédiaire. 

Salah Abdeslam, vous avez fait le choix de l'action violente pour opérer le changement dans le monde, ce que vous appelez «réforme». 

Probablement qu'avant ce choix, il y a eu chez vous une prise de conscience sur l'état de notre monde. Les injustices entre les peuples, les abus des puissants face aux plus faibles vous sont soudainement apparues, et ont touché votre coeur.
Vous vous deviez de défendre les opprimés contre les arrogances d'un pouvoir aveugle et perverti. 

Tel a été, après cet éclair de conscience, le nouveau sens de votre vie : rendre justice, et agir pour atteindre cet objectif.

Cette nouvelle raison de vivre, a succédé probablement à un vide existentiel, dont le principal fautif était le monde que vous combattez aujourd'hui : une société dépourvue de sens justement. Une société qui vous semble aujourd'hui futile et pervertie. Une société que vous avez voulu combattre, mais qui pourtant vous a construit.

Oui Salah Abdeslam, vous avez pris conscience de la maladie de notre monde. Malheureusement, votre clairvoyance a été si étroite que vous n'y avez vu que vous et votre communauté de pensée.

Ailleurs, dans d'autres sphères que vous n'avez pas voulu connaître, des milliers d'êtres humains, de par le monde, prennent conscience de ce nécessaire changement. Tout comme vous, ils agissent. A l'exception que eux, font le choix de la construction, et que vous avez fait le choix de la destruction.

Construire, c'est partager, c'est proposer, c'est aussi se dépasser; c'est le combat sur Soi.
Détruire, au contraire, c'est séparer, c'est imposer, c'est reculer ; c'est le combat contre l'Autre et au final contre Soi.

Salah Abdeslam, vous avez décidé de faciliter l'assassinat de 130 êtres humains. 130 vies humaines, «harmonieusement façonnées» comme vous dites, que vous et vos acolytes avez choisi de détruire brutalement. Personne, autre que vous et vos défunts amis, n'a fait ce choix. Certainement que vous avez été entraîné par une vague plus grande que vous, mais quoiqu'il en soit, ce choix a été fait. Aussi par vous.

Maintenant, vous êtes seul, «coupé du monde», coupé d'une partie de vous-même. Et bien que vous vous persuadez de servir votre Vérité, vous portez la responsabilité de la haine et de la colère que vous avez contribué à semer dans de nombreux coeurs. Cette colère, vous la connaissez, puisque c'est elle que vous avez choisi d'assouvir en aidant les assassins à commettre l'irréversible. Cette colère, qui prenait sa source dans votre soif de justice, a eu raison de vous. Elle vous a eu. Elle est trop lourde maintenant, alors vous vous emmurez. 

Prenez ce courrier comme venant de l'autre côté du mur. Ce mur, physique et idéologique, vous l'avez érigé. Il vous oblige maintenant à haïr tous ceux qui ne vous ressemblent pas, et à souhaiter leur mort. 

Le soir du 13 novembre 2015, j'étais présent dans les rues de Paris, tout près de toute cette tristesse, et j'ai senti. J'ai senti le vent glacial de l'absurdité. J'ai senti le silence pénétrant de l'ignorance. J'ai senti le poids immense du vide.

Malgré cela, je reste confiant. Car il s'agit du chemin de l'humanité, pour aller vers plus de conscience, et de lucidité. 

Salah Abdeslam, je souhaite ardemment que vous trouviez la paix, avec vous même, et que le monde guérisse de ses blessures.

Enfin,  et par dessus tout, mes pensées vont  aux victimes de ces tueries, mais également à toutes les autres victimes, innocentes elles aussi, des guerres qui ensanglantent notre monde. J'ose croire qu'un jour, la vacuité qui vous anime, n'aura plus aucune prise sur l'humanité.

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