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Billet de blog 1 déc. 2021

Porte d'Aubervilliers

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Il est huit heures quarante-cinq. L’alarme sonne, les portes se ferment. Les pass navigo et tickets sont validés. Certains restent debout, d’autres s’assoient là où il reste de la place. Le tramway redémarre, on est un peu bousculé. La rue défile sous nos yeux. Il se passe moins de deux minutes entre chaque arrêt. Une personne se fait rapidement remarquer. Elle a les cheveux en bataille, les traits du visage creux et d’immenses cernes sous les yeux. Elle a le regard vide, ou plutôt il reste quelque chose : le manque. Elle dégage une odeur nauséabonde et peine à se maintenir debout. Elle tente de faire la manche. Elle n’est pas méchante mais elle n’est pas agréable non plus. Elle se traine dans le wagon du mieux qu’elle peut, son corps est faible et elle est fatiguée. Elle n’est pas saoule d’ailleurs, c’est autre chose. Elle reste là à errer jusqu’à la porte d’Aubervilliers. C’est précisément là que tout prend sens. À l’ouverture des portes, on comprend. Ils sont une dizaine comme ça, dans cet état là. Là sans jamais vraiment l’être. Ils sont hantés par le manque et ne vivent que pour le combler. Certains sont assis par terre, la tête vers le sol. Comme s’ils attendaient que ça passe. Mais qu’est-ce qui doit passer ? Ils sont morts avant même que la dose de trop ne les emporte. D’autres bataillent, on a pas le temps de voir ni de comprendre le sujet du débat. Et on a pas tellement envie de le savoir, bien qu’on s’en doute. On veut juste que les portes se ferment, vite. Lorsque le tramway redémarre, on voit les innombrables déchets qui jonchent le sol autour de la station « Porte d’Aubervilliers ». Et puis là, au-dessus d’une grille d’aération, un corps s’est endormi. Du moins on l’espère. On dirait un pantin désarticulé tant la position n’a aucun sens. À se demander comment c’est possible de dormir comme ça, de ne pas être réveillé de douleur. Les gens marchent et contournent le corps. Plus personne n’y prête attention, c’est devenu une habitude. Le corps fait partie du décor. Et on sait déjà le sort qui sera bientôt le sien. Demain, l’histoire recommencera à la même heure. Seulement, ce ne sera pas le même corps, pas les mêmes déchets.

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