La morgue du privilège blanc

L'éveil intellectuel des uns est une réalité létale pour d'autres. Et le travail des concerné·e·s, à travers la pluralité de leurs oeuvres, n'a jamais eu pour but d'élever les consciences prostrées des privilégié.e.s mais d'anéantir les causes mêmes de ces privilèges.

La conscientisation du privilège blanc est une étape pour beaucoup, une posture pour certains, une imposture pour d'autres. Mais l'examen de conscience raciale des blancs n'est pas l'objectif et ne l'a jamais été.

La quête politico-spirituelle du "moi" social est peut-être importante pour l'individu mais n'est que vanité inopérante si elle n'est pas mise au service de la déconstruction des structures oppressives. L'éveil intellectuel des uns est une réalité létale pour d'autres. Et le travail des concerné.e.s, à travers la pluralité de leurs oeuvres, n'a jamais eu pour but d'élever les consciences prostrées des privilégié.e.s mais d'anéantir les causes mêmes de ces privilèges.

Il est important de rappeler à certains que les concepts dont ils usent n'ont pas été théorisés pour consolider leur position mais bien pour l'annihiler. Avoir conscience de ses privilèges est une chose, vouloir y mettre un terme en est une autre.

La suprématie blanche ne se dissimule pas seulement sous le capirote du Klan et ceux qui ne la perçoivent qu'à travers le prisme de l'extrémisme doivent realiser que le privilège dans lequel ils sont eux-mêmes drapés et que d'aucuns se targuent d'avoir conscientisé est un mal plus discret mais tout aussi mortifère, un mal insidieux, consubstantiel à l'oppression des racisé.e.s, qui n'a pas été nommé pour flatter l'eveil des consciences mais pour décrire la réalité séculaire du racisme systémique et de ses effets. 

"Mesuré au compas de la souffrance", le privilège blanc n'est pas et ne peut devenir un élément de langage, servant davantage l'heroïsation de ceux qui veulent s'en servir pour faire le bien que la détermination de ceux qui veulent le nommer pour y mettre fin.
Il est un fardeau, qui transforme ses bénéficiaires en oppresseurs passifs, et qui, après avoir été "checké", doit être combattu.

Houria Adoum

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