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Billet de blog 6 déc. 2015

L'infatigable Thomasset

Portrait de Vincent Thomasset, qui met en scène Lettres de non-motivation au théâtre de la Bastille.

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« Donc là je dois raconter ma vie, c'est ça ? » Après quarante-cinq minutes, le premier silence survient enfin. On se croirait dans le début de Médail Décor, la pièce de 2014 qui terminait sa trilogie après Sus à la bibliothèque (2011) et Les Protragronistes (2012). Le metteur en scène déclamait aussi son passé. Un « Déjà Vu ? » ? Non, un « Vincent Thomasset ». L'artiste aime brosser son portrait dans le sens du poil. «Raconter mon parcours, je le fais souvent dans mes spectacles». Portrait d'un lève-tard du théâtre, qui présente à la Bastille Lettres de Non-Motivation, dans le cadre du Festival d'Automne.

Vincent Thomasset

L'ACCIDENTE DU THEATRE

Pour son dernier spectacle, Vincent Thomasset s'inspire du recueil de son ami Julien Prévieux, qui pendant 8 ans a répondu par la négative à des annonces de petit-boulot venant de la restauration, du bâtiment, ou du marketing. Si le plasticien voulait critiquer cette case obligatoire dans la recherche d'emploi, le projet de Vincent Thomasset est tout autre. « Trop souvent au théâtre on veut parler des choses : la guerre, la paix, la mort ». Le metteur en scène préfère « parler des choses sans en parler ». Cette conception, il la forge depuis ses années de lycée à Grenoble, où il connaît ses premières expériences en tant que spectateur. Passionné par la littérature, il est souvent déçu par le spectacle vivant. Sa première pièce dramatique, Arsenic et vieilles dentelles est « chiante à mourir ». Montée par son professeur de français, elle avait «un décor de merde, super amateur». Ses constats fusent, et jambes croisées, l'homme à l'oeil rieur frôle la nonchalance. « Même si j'étais un gros procrastinateur, je suis quand même rentré en classe préparatoire ». Après son hypokhâgne, où il rencontre Prévieux, le jeune Thomasset rejoint la fac de lettres. Puis huit années se poursuivent, dans un multiplex et au BHV à Paris comme caissier. Grâce à une de ses fréquentations, c'est dans cette période, qu'il « découvre le théâtre par accident ».

LE DANSEUR SANS VIOLONISTE

De plus en plus attiré par les spectacles transdisciplinaires, c'est la notion de corps sous la contrainte qui lui donne envie d'être comédien. Il se forme alors comme interprète pour Pascal Rambert. Lorsqu'il réussit le concours d'entrée au Centre Chorégraphique National de Montpellier, en 2007, la formation demande un projet à préparer pour le premier jour des 7 mois de formation. « J'avais pas envie de me coltiner le théâtre, donc j'ai pris un logiciel de reconnaissance vocale avec des voix préenregistrées ». Autour des chaises dispersées, il circule, pour inscrire son corps dans l'espace. D'un air presque nostalgique, il égrène une punchline supplémentaire. «J'essayais d'écrire avec mon corps, en évitant de faire la danseuse avec son violoniste ». PAN ! C'est dans cette formation, Ex.e.r.ce, que le Thomasset de 33 ans commence ses recherches. Il entame ses premières performances in situ, qu'il définit comme des « spectacles non-reproductibles », bien que le texte reste identique à chaque lieu où il joue (parking, rues, RER...). Ce sont ses Topographies des Forces en Présence, dans lesquelles il mêle plusieurs champs artistiques, comme la danse, l'art plastique et la littérature pour réaliser son « état des lieux mental ».

LE BIEN ACCOMPAGNE

En 2011, de nouveaux projets s'amorcent ; c'est la création de Serendipity qui deviendra La Suite : Sus à la bibliothèque, Les Protragronistes, puis Médail Décor. CLAC ! Vincent Thomasset s'amuse à ponctuer son discours de claquements de doigt. Il balance ce dernier au moment où sa carrière est lancée : c'est dans le cadre du festival Ardanthé, au théâtre de Vanves, qu'il présente ses deux premières pièces. De l'in situ, le quasi-quadra devient metteur en scène. « J'en avais marre de régler mes comptes avec le spectacle, je voulais travailler plus », déclare-t-il, assis sur ce plateau dont il souhaite s'éloigner. Un départ définitif ? Pas vraiment. Dans Sus à la bibliothèque, l'artiste se tient toujours devant le spectateur. « Moi j'étais chef de choeur, c'était super ». Il lit une rédaction trouvée sur Internet, où il mêle des souvenirs d'enfance dans Les Protragronistes, accompagné de Lorenzo de Angelis, son danseur fétiche au succès déjà bien établi. Ce duo fonctionne bien, le nom Thomasset remonte à la surface parmi ceux que l'on commence à retenir. Cette équipe qui gagne, il ne la change pas dans Médail Décor, qui clôt sa trilogie. Dans le tard, il gagne les échelons. L'homme sait s'accompagner. Julien Prévieux est lauréat du Prix Marcel Duchamp 2014. Il est exposé au Centre Pompidou. Son recueil de lettres a reçu un très bon écho dans la presse. Bavard lorsqu'il s'agit de sa personne, Vincent ne tarit pas d'éloges sur Thomasset. Le plasticien à succès a « accepté parce qu'il avait apprécié tout » son « travail ». L'artiste multiforme, poète maudit en classe prépa', prend aujourd'hui sa revanche. Désormais, il parle de lui, et tout le monde a l'air d'aimer cela.

Information :

Lettres de non-motivation, de Vincent Thomasset

Au théâtre de la Bastille (11ème), du 10 au 21 novembre

Texte de Julien Prévieux

Avec Johann Cuny, Michèle Gurtner et David Arribe

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