Pays Basque: Le pas de plus avant la fin de l'ETA

Issu d'une famille Basque, attaché au Pays, touché par le terrorisme séparatiste, je dénonce l'ETA qui doit maintenant se dissoudre et félicite son désarmement du 8 avril symbole de la fin des conflits et du début de la Paix lancé par les "artisans de la paix" dans le Petit Bayonne en France.

 

A Bayonne, le 8 avril 2017, sur la place Paul-Bert, pour célébrer le désarmement de l'ETA © Les artisans de la paix © Les artistans de la paix A Bayonne, le 8 avril 2017, sur la place Paul-Bert, pour célébrer le désarmement de l'ETA © Les artisans de la paix © Les artistans de la paix

Le Pays Basque était malade d'un virus qu'est l'ETA - 8 avril 2017, l'ETA se désarme. A ce moment, 20 000 « artisans de la paix » scandent place Saint-André, dans le Petit Bayonne, là où l'Adour et la Nive se mêlent pour ne former plus qu'un, comme si cela était prédestiné, pour une nouvelle ère basque. Enterrer pour de bons la violence. Lancer une paix définitive.

Après 58 ans de terreurs, matraquant leur « impôt révolutionnaire », de déchirures, de sang et d'enlèvements, l'ETA fait son pas de plus vers sa dissolution. C'est la prochaine étape qui devrait suivre pour lui; ce nom aura du mal à persévérer dans un domaine autre que la violence.

On imaginait alors l'ETA désarmé devenir une formation politique non-violente et démocratique ? Surtout pas. Et puis, cela engagerait des négociations voire des contre-parties : on ne pactise pas avec le Diable mais ce n'est pas pour autant qu'il faut laisser le dossier de côté. Depuis quand ce sont les pyromanes qui éteignent le feu ? Et même si tel est le cas, qu'ils parviennent à devenir une formation politique, ce que je doute, les « idées » de l'ETA sont vétustes et comparables au communisme pré-Seconde Guerre Mondiale. Bien que désarmé, idéologiquement l'ETA est dangereux et prône un cloisonnement du Pays Basque dans un régime non-démocratique.

Comment ceux, dont plus du tiers des partisans sont sous les verrous, peuvent-ils encore existés ? Ce n'est plus un secret que l'ETA craquelle de toutes parts jugé trop « révolutionnaire », violent et prônant un communisme proche de Staline. C'est dire du modernisme et du peu de progrès.

Malgré les nombreuses soufflantes, le Pays Basque résiste par l'élan pacifiste et continue de déborder de joies et de chaleurs : nos fêtes de Bayonne sont des plus grandes fêtes nationales. Et même sous la pression du terrorisme islamiste qui avait frappé Nice une semaine plutôt, en 2016, les fêtes de Bayonne ont été maintenues. Quel acte de résistance à une heure où la plupart des festivités étaient décommandées. Il faut dire que les deux villes, Bayonne et Nice, ont un point de convergence atroce : elles ont été frappées par le terrorisme et ont trouvé l'essence pour résister et continuer la lutte pour la Paix.

L'action puis l'abandon

Puis, en dehors de l'élan du peuple basque ce 8 avril de la paix, m'ayant dégagé une forte émotion en tant que basque amoureux de sa région, me vint l'incompréhension. Ou bien la désolation. Ou encore l'habitude. Mathias Fekl et Bernard Cazeneuve se flatent : «Le gouvernement français se félicite de cette opération, menée dans le calme et sans violence ». Le gou quoi ? Gou-vernement ! Un mot qui s'est effacé progressivement au Pays Basque après l'annonce du cessez-le-feu de 2011. Du moins c'est ce qu'il faut croire.

Je ne jetterai pas la première pierre envers le gouvernement actuel, qui a contribué en partie au processus de paix, ni l'actuel Ministre de l'Intérieur qui je pense doit avoir d'autres préoccupations nationales plus légitimes comme la Guyane, les élections et le plan Vigipirate, et qui de plus est en fonction depuis peu. En effet, puisque les deux gouvernements précédents n'ont pas fait mieux : ceux de Ayrault et Valls. Il est simple de résumer les actions des deux gouvernements précédents dans le processus de désarmement : le néant. Les engagements en faveur du désarment ont été au point mort. Pourquoi ? Pas de réponse, juste un triste constat. Soit ils n'y voyaient plus de danger de la part de l'ETA après le cessez-le-feu bien qu'ils étaient, il y a encore une semaine, toujours armé illégalement, soit ça leur passait au-dessus ?

Le désarmement qui a été fait le 8 avril, et qui a attendu six ans, a laissé trois tonnes et demi d'explosifs cachés dans l'une des régions les plus touristiques de la côte Atlantique. Pourquoi pas ?! Après tout c'est rien ? Quoi qu'il arrive si un accident aurait eu lieu avec l'arsenal on aurait accusé l'ETA d'avoir placé la cache au mauvais endroit ?

Bref, le gouvernement est responsable d'avoir laissé la situation pourrir : une situation qui sentait tellement le rance que nos artisans de la paix ont mis en péril non seulement leur vie, mais encouraient d'éventuels condamnations, dans une atmosphère où la France semblait passive sur le dossier.

Une illégalité inévitable !

Les artisans de la paix face à un homme cagoulé | Embata.info © Embata.info Les artisans de la paix face à un homme cagoulé | Embata.info © Embata.info

C'est donc alors le 16 décembre 2016 que de façon très artisanale, qu'un petit groupe de cinq personnes non-violentes et pacifistes prennent possession de 15% de l'armement de l'ETA. Forcément, voyant la situation stagner, naturellement une partie du peuple basque a repris le terrain qui a été abandonné par les autorités : celui du processus de paix. Ils ont pris en charge ce quinze pour-cent là dans le but de détruire l'arsenal d'un comme un « accord » entre les deux entités pour enclencher la paix. C'est dur à dire et admettre: c'est pourtant ce qui s'est déroulé. Puisque cette paix est voulue, le fait de ne pas procéder au désarmement correspond à une mort sans funéraille : autrement dit la paix basque, comment se serait-elle installée sans désarmement ? C'est à cette question là qu'on tentait de répondre notamment Txetx Etcheverry, militant écologiste, Michel Berhocoirigoin et Michel Tubiana, ancien Président de la Ligue des Droits de l'Homme. Difficilement. Surtout en l'absence des deux états.

Dans ce désarement artisanal pourtant connu, revendiqué et qui se veut "transparent", nos artisans de la paix ont été arrêtés par les autorités françaises pour détention d'armes. Hallucinant ! Mais justifié légalement. Plus tard on nous évoquera qu'il faut laisser installé « L'Etat Droit » : et l'Etat végétatif du processus de paix on en parle? Repousser la Paix est maintenir la guerre. Nos pacifistes basques ont tenté de mettre un coup de pied dans la fourmilière et aujourd'hui c'est grâce à eux que la Paix s'installe. Ces derniers sont embarqués jusqu'à Paris et pris en charge par la sous-direction antiterroriste.

Une péripétie qui se soldera par 96 heures de garde à vue et un ras-de-marais basque à l'encontre des autorités. Bruno Le Roux se félicite à ce moment : « Un nouveau coup dur contre l'ETA ». Quoi ? Contre l'ETA ? Vous avez porté un coup contre la paix basque vous même. De part votre inaction surtout. Je prendrai le soin de ne pas dénoncer plus que ça l'absurdité des arrestations : pas quelles ne soient pas légitimes, puisqu'il est vrai qu'il y ait eu détentions d'armes, juste parce qu'elles vous ont rappelé qu'il y a un Conflit Basque depuis 1959. Le motif des arrestations sont bien sûrs provoqués par la politique de blocage menée par les autorités et leurs inactions et par rien d'autres. Qui pourrait croire que c'est par plaisir de la violence ? D'autant quand ce petit comité revendiquait clairement et en toute transparence participer au désarmement dans l'optique d'instaurer la Paix voulue ultra-majoritairement dans la Région.

Au final, nos élites ont-ils joués la carte de l'indifférence en espérant que la situation pourrisse faute de trouver une autre solution? Je m'interroge.

Arrêter nos artisans de la paix et arrêter le processus de paix et revendiquer indirectement la séparation. Je n'ose pas croire qu'ils pensaient une seule seconde que nos pacifistes allaient les utiliser ces armes? Surtout quand on sait que parmi eux on dénombre le Président d'Honneur de La Ligue des droits de l'Homme.

Une mobilisation d'élus

Jean-René Etchegaray, maire UDI de Bayonne © © IROZ GAIZKA AFP Jean-René Etchegaray, maire UDI de Bayonne © © IROZ GAIZKA AFP

Bien qu'ils n'aient pas pu finir le boulot du désarmement, nos artisans de la paix ont soulevé une chose ce décembre 2016. Le lancement d'un processus de paix plus structuré est officiel avec des élus et membres de la société civile basques. Jean-René Etchegaray, maire de Bayonne, la sénatrice Frédérique Espagnac, le président du Conseil régional socialiste Alain Rousset et le préfet des Pyrénées-Atlantiques Eric Morvan, ancien directeur adjoint du cabinet de Bernard Cazeneuve, rencontrent le nouveau Premier Ministre fin mars à Pau dans un entretien de 20 minutes consacré à l'ETA. Un entretien décisif de ces élus basques qui a enclenché pour de bons le désarmement.

Félicitons donc à nos artisans de la paix qui ont au moins eux le mérite de lancer un désarmement officiel, indirectement par leurs arrestations, de l'ETA communiquant ses caches aux autorités et ce sans contre-partie puisqu'il n'y a pas à négocier avec. L'ETA a toujours fonctionné sur du chantage et le souhait d'un accord commun.

Je défends une région ayant une forte identité et que j'aime. Je défends ici le peuple basque qui doit choisir son avenir et son chemin. C'est ce qui a été fait en lançant le processus de Paix pour mettre fin à le Terreur dont les basques ont été victimes en plus des attaques de l'ETA dans d'autres régions du Monde. Une identité qui a été mis à mal par l'ETA mais aussi par les autres groupuscules terroristes.

Espérons que ce processus de Paix basque permette d'inspirer le processus de Paix dans d'autres régions revendiquant un nationalisme violent. J'y dénonce également les inactions des gouvernements précédents, et leur paradoxe, et y félicite, certes un peu le sourire en coin, le gouvernement actuel qui s'est montré plus percutant sur ce sujet mais qui manque de consistance.

H.D.

Pour Les Décodeurs de la semaine / Mediapart

Distribué en CC-BY-NC-ND-SA

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.