Autisme et Présidentielles : l'urgence d'en finir avec exclusion et discrimination

Devant l’urgence à agir, quel candidat à la présidentielle s’engagera à missionner son Premier Ministre pour déployer un budget conséquent et équitablement réparti entre les ministères de la Santé, de l’Éducation Nationale et de l’Emploi en vue d’un plan Autisme 4 ambitieux ?

 L’autisme recèle bien des mystères et est encore, en particulier dans notre pays, vu par le prisme de nombreux clichés. Après avoir été défini comme une psychose par le monde psychanalytique, toujours coupable aujourd’hui de diagnostics erronés comme « dysharmonie évolutive » ou « psychose infantile », certains responsables associatifs tendent à le définir comme une «maladie génétique». Cela a pour conséquence de généraliser une logique onéreuse de « places », visant à une mise à l’écart systématique de cette population du milieu ordinaire au profit d’instituts spécialisés. Notre société aura ainsi tendance à vouloir à tout prix « normaliser » l’autiste, comme chaque différence, estimant que cette voie est la seule issue pour être un citoyen digne de jouir du droit fondamental à l’éducation, à la formation et à l’accès à l’emploi. D’autres profils comme les dyslexiques sont victimes de cette mise à l’écart. Ce qui devrait être considéré comme une particularité nécessitant un accompagnement spécifique pour avoir droit à un avenir, est relégué à un handicap, car mis en situation de handicap par ce processus d’exclusion. L’autisme engendrant une perception du monde particulière assortie d’un développement différent, dus à un fonctionnement neuronal singulier, relève d’avantage d’une spécificité humaine, d’une part de la neurodiversité.

 Une telle vision des choses pourrait relever d’une douce utopie or dans les faits, elle relève du pragmatisme. De nombreux pays étrangers, comme l’Italie, ont tourné le dos à l’institutionnalisation et à cette logique de places au profit d’une véritable politique d’inclusion et d’ouverture : tous les enfants autistes y sont scolarisés, avec le personnel et les aménagements nécessaires. En France, malgré de bonnes volontés sur le terrain, les emplois d’auxiliaires de vie scolaire manquent, ne sont pas pérennisés et les formations quasi inexistantes. Cela a pour conséquence de rendre notre école inapte à accueillir de nombreux profils, systématiquement déviés vers des structures médico sociales, les entraînant à un aller simple vers l’exclusion et la marginalité. Notre école ne peut plus prétendre former la société de demain en continuant de formater les individualités dans un moule commun au lieu de développer les compétences particulières de chacun.

 Les enfants autistes exclus de l’école deviennent les adultes autistes exclus du monde du travail et de l’entreprise.

 Les modèles de recrutement classiques se basant d’avantage sur les diplômes que sur les compétences, l’autisme, en France, est grandement méprisé par le monde de l’entreprise, alors que de nombreuses sociétés, multinationales et entreprises étrangères ont compris que se trouvaient là des talents aptes à contribuer grandement à l’essor économique dans de nombreux secteurs d’activité. Je pourrais citer beaucoup exemples dans la Silicon Valley, en passant par l’Europe ou la société Specialisterne compte 85% d’autistes dans ses effectifs, ou encore le Ministère de la Défense en Israël qui les emploie massivement pour des missions d’analyse de photos aériennes. Pour des raisons culturelles ou les clichés l’emportent souvent sur la raison, le bon sens et le pragmatisme, notre pays se prive là de compétences hors normes et compte environ 90% de chômage au sein de la population se situant dans le spectre de l’autisme. Or la compagnie Aspertise, implantée en Amérique de Nord (Montréal) et en Europe (Paris), a mis au point un modèle de recrutement révolutionnaire de nombreux profils atypiques et en particulier autistes, tout en développant un environnement de travail adapté au sein des entreprises désireuses de faire appel à leurs compétences hors norme. Ce modèle innovant fait déjà ses preuves et donne des résultats plus qu’encourageants. La France tirerait grand avantage à y avoir recours.

 Le redressement économique national ne se fera pas sans les changements et réformes nécessaires pour sortir de l’assistanat forcé et de l’exclusion cette part de population de plus de 650 000 personnes. Il est urgent d’associer enfin tous les ministères concernés pour en finir avec cette sur-institutionnalisation contre productive et coupable d'un gâchis fatal autant humain que de moyens. C’est d’ailleurs dans ce sens que va le remarquable rapport de Josef Schovanec, présenté le mois dernier à Ségolène Neuville, en vue de nourrir la réflexion du plan autisme 4, qui démarrera en Janvier 2018. Espérons que la parole du philosophe et voyageur d’Autistan sera entendue et prise en compte.

 Parce que je crois au bienfait d’une société apte à donner la possibilité à chacun d’en devenir acteur et à la nécessité permanente d’opter pour des stratégies nouvelles afin d’assurer l’expansion de nos fleurons économiques, industriels et technologiques, je pose aux candidats à la fonction suprême la question suivante :

 Devant l’urgence à agir, quel candidat à la présidentielle s’engagera à missionner son Premier Ministre pour déployer un budget conséquent et équitablement réparti entre les ministères de la Santé, de l’Education Nationale et de l’Emploi en vue d’un plan Autisme 4 ambitieux ?

 

 

 

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