Si tout ne s’effondrait pas comme prévu

La notion «d'effondrement» a récemment rencontré un écho particulier tant dans les sphères militantes que médiatiques. Elle soulève aussi plusieurs critiques sur ses capacités à penser pertinemment ce qui menace les conditions matérielles et politiques des sociétés occidentales. Tour d'horizon des axes critiques des discours en vogue de la collapsologie.

Cet article est une tentative d’autocritique d’un phénomène intellectuel, social, médiatique autour de la notion « d’effondrement ».

Il s’adresse à nous. A nous, qui pensons avoir trouvé la radicalité qui nous conforte dans les récits médiatisés qui annoncent l’effondrement de la « société thermo-industrielle ». A nous, qui pouvons nous préparer tranquillement à la fin du monde quand d’autres populations se révoltent déjà face à leurs mondes qui prend feu sous leurs yeux. A nous, qui pourrions avoir l’humilité de hausser notre compréhension de ce qui nous arrive, pour essayer d’être à la hauteur des mondes que nous souhaiterions voir naître ou subsister.

 

L’effondrement est partout.

Dans les livres, dans les journaux et radios, dans les salles de conférence pleines à craquer, dans les chaines youtube ou de télévision, sur la table de nuit de premier ministre ... La liste serait longue pour citer tous les titres d’ouvrages, d’articles de presse et de vidéos publiés dans les derniers mois sur ce sujet1.

Des effondrements sont aussi matériellement en cours à vitesse exponentielle : parmi les espèces animales, les populations insectes, de la biodiversité en générale, ainsi que pour certaines ressources (cycle de l’eau, de l’azote, …) et milieux naturels (forêts, glaciers, …). On pourrait y ajouter des effondrements socio-économiques et politiques, parfois liés eux-mêmes à des perturbations environnementales, à l’image des conflits syriens, ou bien au Yémen, ou encore à Haïti.

Est-ce une mauvaise nouvelle que l’on parle aujourd’hui autant d’effondrement ?

Disons-le d’emblée, il paraît salutaire de voir les inquiétudes sur les limites physiques de nos modes vie modernes, et la possibilité de rupture rapide des flux et structures qui soutiennent ces modes de vie, être autant présentes dans de nombreux médias, et toucher un nombre bien plus considérable de personnes qu’il n’y a quelques années. C’est un peu la revanche des scientifiques et militant.es « alarmistes » qui depuis au moins le milieu du XXe siècle, s’efforçaient de documenter et d’alerter sur ces données, recevant plutôt moqueries ou indifférence que des invitations sur les grandes chaînes de radio2.

Ce n’est pas tant sur les constats scientifiques et matériels, ni sur l’urgence et l’actualité des désastres en cours que le débat avec les collapsologues doit se nouer. Mais plutôt sur les limites des discours promus par ses contributeurs, la manière dont ils sont traduits par le reste des médias, et surtout les phénomènes sociaux qu’ils suscitent actuellement parmi les gens qu’ils touchent.

Récemment, en parallèle de l’engouement médiatique pour le sujet, plusieurs articles et ouvrages ont ouvert ce débat en s’efforçant d’analyser quelques-uns des angles morts, des flous et des problèmes soulevés par les discours autour de l’effondrement3. En s’inspirant de ces réflexions, j’aimerais dans cet article tenter quelques prolongements de ces critiques, et envisager des pistes pour faire mieux, face aux enjeux complexes qui sont (déjà) les nôtres.

 

1) L’effondrement, un sublime hollywoodien

Dans une cité terne et grise, un homme se réveille au son inquiétant de sa radio portable. Aucune eau courante ne sort du robinet, il faut puiser dans un jerrican, aller faire bouillir son café dehors sur un camping gaz. Soudain un bruit sourd, et deux individus s’échappent d’une fenêtre une arme à la main. La voix de la radio avait prévenu, les attaques à main armée sont un risque réel maintenant à une époque où la nourriture abondante fait défaut. Mais pas le temps de s’effrayer, il faut sortir, armé d’un pistolet, aller chercher sa ration d’eau à la fontaine publique, bien protégée par des militaires, en passant devant les portraits de voisins disparus...

Le début thriller de film américain ? Non. Juste une mise en scène de ce que pourrait être l’effondrement pour France 2 dans son dernier Complément d’enquête :« Fin du monde, et si c’était sérieux ? » en juin 2019 4. Cette séquence n’est sans doute pas la plus caricaturale que l’on pourrait imaginer pour décrire visuellement l’idée d’effondrement. Mais elle reprend quelques codes esthétiques qui donnent ses attraits aux conceptions d’effondrement : le danger, l’angoisse permanente et l’action individuelle.

La critique s’adresse ici plutôt à l’usage polysémique et flou du terme d’effondrement, porteur d’un imaginaire bien plus large dans les représentations collectives que celui mis en avant par la collapsologie actuelle.

Ces récits d'effondrement brutal et apocalyptique ont quelque chose de fascinant. Ils nous montrent des héros aux prises avec des mondes en cours de destruction, et suscitent de la fascination pour ces situations où toutes les cartes semblent être rebattues, sans trop s’attarder sur tous les processus qui ont pu conduire à ça. L’effondrement est ce concept grandiose qui véhicule une dimension de sublime, pour reprendre la critique de Jean Baptiste Fressoz concernant l’esthétique du mot  anthropocène 5. Dans les phares aveuglants des images saisissantes d’effondrement, on manque de visibilité alors pour penser les effets politiques, les réorganisations sociales et les nouveaux rapports de force qui mènent et qui peuvent émerger de ces situations. Ce n’est pourtant pas une fatalité des films hollywoodiens à succès. Dans un film comme Les Fils de l’homme, le récit d’Alfonso Cuaron laisse beaucoup plus de place pour saisir les inégalités sociales, les conflits et les nouvelles résistances qui s’organisent dans un monde où la fertilité humaine s’effondre sur fond d’environnement pollué et de pauvreté croissante. Si le mot d’effondrement charrie beaucoup de sensations fortes, rien n’interdit donc des récits plus fins des mondes possibles.

2) Quels privilèges pour survivre à l’effondrement ?

Dans le reportage de France 2, on croise la route de plusieurs personnes ayant décidé de quitter leur quotidien urbain pour acheter un terrain en milieu rural, et commencer une vie plus sobre et autonome. L’enjeu ? En cas d’effondrement alimentaire, énergétique, ou autre, on est plus en sécurité dans un espace rural, proche de terres fertiles et de ressources naturelles quasi gratuites (bois, vent, …). Bien sûr, il est illusoire de pouvoir s’en sortir tout seul pour tous les besoins quotidiens. Les collapsologues encouragent bien plus la création de petites communautés en interaction les unes avec les autres, qui échangent, partagent des savoirs, des ressources, du temps.

Ce qui marque dans ces témoignages, c’est l’origine sociale assez située des personnes qui font ces nouveaux choix de vie. Ce sont pour la plupart des personnes diplômées, qui auparavant travaillaient dans des centres urbains, dans le secteur des services ou dans des professions libérales, et qui ont eu un peu de temps pour rassembler du capital économique et culturel (des formations en permaculture par exemple). Bon c’est peut-être un biais médiatique, après tout l’histoire de l’ingénieur plein aux as qui plaque tout pour aller élever des chèvres en Corrèze, ça a toujours un côté original et aventurier qui, semble-t-il, fait toujours pas mal d’audience.

Mais, le « retour à la terre », lorsqu’on n’a pas de patrimoine direct en milieu rural, implique un certain nombre de privilèges économiques et sociaux que tout le monde ne peut pas s’offrir. L’accès à un prêt bancaire par exemple pour acheter des terrains à construire ou des terres agricoles, demandent souvent un certain capital financier de départ pour être accepté par une banque : on ne vous prête que si l’on pense que vous allez rembourser, soit parce que vous êtes déjà un peu riche, soit parce que votre situation professionnelle laisse à penser que ça devrait le faire. Si vous avez un peu de famille qui a déjà du patrimoine agricole, c’est aussi souvent plus fiable pour financer votre projet d’exploitation en permaculture que si vous n’avez jamais eu d’autre contact avec la terre qu’avec votre jardinière de balcon. Autant dire que dans cette situation, le cadre supérieur qui a grandi en milieu périurbain, et l’employé qui a grandi en banlieue parisienne ne partent pas avec les mêmes avantages.

Plus largement, la peur de l’effondrement des sociétés « thermo-industrielles » est sans aucun doute la marque d’un privilège à l’échelle mondiale. Les populations amérindiennes qui ont vécu l’arrivée des colons européens, les paysan.nes indien.nes qui ont vécu la  révolution verte  6, ou encore les Syrien.nes d’Alep et d’Homs, ont déjà vécu un effondrement de leur monde, et cela s’est passé un peu plus violemment que les perspectives décrites par les collapsologues pour les régions européennes ou nord américaines. Si l’on reprend les conditions décrites dans les discours d’effondrement : diminution forte des approvisionnements en eau potable, en nourriture, en énergie électrique ou fossile par des équipements étatiques, fragilité des services de soin (etc) ; ces situations sont déjà le quotidien de nombreuses populations dans des pays souvent anciennement colonisés par des pays occidentaux, et qui subissent toujours l’exploitation prédatrice de leurs ressources par des multinationales. Dès lors, si l’on veut garder le terme  d’effondrement , la question que l’on doit se poser alors c’est, pour reprendre les mots de Jade Lindgaard : « Comment on fait pour en parler, pour en faire quelque chose qui ne recouvre les pertes et les abandons de tous les autres ? […] c’est un défi politique hyper intéressant mais hyper difficile »7. Et ce n’est pas parce que c’est difficile qu’on peut en faire l’économie.

 

3) Patience, tout devrait s’effondrer...

Les discours d’effondrement peuvent-ils démobiliser les troupes ? Ça peut surprendre comme question parce que spontanément on peut se dire qu’au contraire, nommer le danger, rendre accessible ces informations au plus grand nombre serait susceptible de réveiller les esprits et de mettre en action les corps politiques.

Pourtant, la voie de sortie qui semble avoir le plus d’écho pour l’instant dans les milieux  collapsologiques, c’est plutôt la solution de la création d’écolieux les plus autonomes possibles dans des campagnes encore un minimum préservées de la destruction avancée du vivant et des écosystèmes. Dans le reportage de France 2, l’illustration qui tient la plus grande place dans leur présentation de ceux et celles qui se préparent à l’effondrement, c’est ce couple d’anciens parisiens en cours d’installation dans une ferme à la campagne, et qui se forment individuellement ou en petits groupes à des techniques de permaculture, de greffe d’arbres, ou encore de construction autonome. En gros, le nécessaire pour pouvoir essayer de passer la tempête de l’effondrement en sécurité, en espérant qu’il reste encore un monde vivable ensuite. Peut-on en vouloir à des personnes qui ont pris la mesure des risques potentiels d’un effondrement socio-écologique de grande ampleur, de chercher à se protéger autant que possible ? Non, sans doute, mais n’envisager que ce type de solution aux problèmes qui nous menacent, c’est là encore négliger un peu vite le fait que tout le monde n’est pas à égalité pour se protéger, et que les conséquences du changement climatique ou de l’effondrement du vivant ne toucheront pas tout le monde de la même manière. Se contenter d’une retraite dans des zones tempérées, c’est aussi acter l’abandon des premier.es concerné.es par ces catastrophes à leur sort. C’est borner la solidarité à son voisinage d’écolieu, souvent issu du même milieu, et renoncer à s’attaquer aussi aux causes premières de ces effondrements, dont les effets se feront (et se font déjà) sentir bien plus forts ailleurs que chez nous.

Mais surtout, il y a une tendance à présumer que les limites écologiques que nous touchons vont nécessairement entraîner un effondrement global et rapide des structures mises en place par le capitalisme dans son entier. Ou pour le dire autrement, que l’ effondrement devrait provoquer une sorte de « mort naturelle » du capitalisme. C’est un peu sous estimer la capacité historique du système capitaliste et productiviste à s’adapter aux crises qu’il traverse, ou provoque, et même à en tirer parfois profit8. A l’heure actuelle, c’est l’horizon d’un « capitalisme vert » qui prospère plutôt chez les nouvelles élites financières et politiques, et pour l’instant, ces forces capitalistes sont plutôt en train de s’organiser pour gérer les catastrophes écologiques et sociales, imposant des régressions en termes de droits sociaux, de protections environnementales et de droits politiques9.

 

4) Face à l’effondrement, quelle voie politique? 

La collapsologie est elle de droite ou de gauche ? La question posée comme ça ne semble pas avoir beaucoup de sens. La collapsologie, disent leurs auteurs.trices, c’est cette étude transdisciplinaire, fondée à la fois sur l’intuition et les mesures scientifiques, de l’ensemble des paramètres physiques, économiques, sociaux et symboliques sur lesquels reposent nos sociétés industrielles, et les conséquences engendrées par l’effondrement de ceux ci. De prime abord, les analyses récentes des effondrements se limiteraient donc à poser un constat, à croiser des courbes scientifiques ou des études sociologiques pour chercher les points de fragilité, déterminer les moments possibles de bascule, de rupture brutale du système socio-écologique. Elles s’attardent peu sur des lectures véritablement politiques des situations étudiées, en termes d’acteurs responsables précis, de rapports de force sociaux ou géopolitiques, de rapports de domination structurels, etc. Le constat général est plutôt de montrer que dans le dernier siècle au moins, les sociétés industrielles, (occidentales, soviétiques ou maoïstes entre autres), ont effectué un changement d’échelle gigantesque, elles ont toutes participé à l’explosion des courbes qui aujourd’hui menacent leur propre stabilité, et celle du vivant dans son entier sur la planète.

Dans les ouvrages incontournables de collapsologie, on ne trouvera que très peu les mentions de capitalisme, de colonialisme ou encore d’inégalités de genre. L’enjeu selon les auteurs : rester audible pour un maximum de personnes, qu’elles soient politisées ou non, pour ne pas réduire encore une fois la critique des systèmes dominants actuels à un petit groupe de militants déjà convaincus10. L’intention est louable, elle a même plutôt bien fonctionné si l’on en juge par le nombre de personnes qui remplissent les salles de conférence ou regardent les vidéos sur ce sujet. Cependant, en faisant l’économie de cibler précisément, historiquement, les responsables des destructions en cours ou passées, ou en ne prenant pas le temps d’articuler leurs analyses à celles d’autres rapports de domination qui se sont intégrés aux sociétés industrielles, la collapsologie peut alimenter un certain flou politique sur les alternatives collectives à construire dès maintenant.

Là encore, on pourrait dire que la suspicion est mal venue, la pensée de quelqu’un comme Pablo Servigne ne le destine pas à promouvoir une vision conservatrice et inégalitaire de la société de demain. Les alternatives que l’on trouve dans ses livres sont plus teintées d’auto-gestion écolo et d’entraide que de petites communautés repliées sur elles-mêmes et violentes.

Néanmoins, la notion d’effondrement recouvre une généalogie intellectuelle et politique bien plus vaste et nauséabonde que les inspirations décroissantes et sympathiques que l’on connaît aujourd’hui. Historiquement, Jean Baptiste Fressoz le rappelait, la peur de l’effondrement des sociétés modernes peut aussi être un élément clé de pensées réactionnaires : « c’est l’économiste Stanley Jevons qui s’inquiète pour la domination de la Grande-Bretagne à court de charbon ; c’est Paul Leroy-Beaulieu qui justifie le pillage des ressources coloniales au nom de l’effondrement prévisible de l’Europe ; c’est la commission Paley établie par Truman qui organise le drainage des matières premières du tiers-monde »11. A l’heure actuelle, la montée croissante des partis d’extrême droite laisse à penser que des voies autoritaires, anti-démocratiques et fascisantes puissent aussi être aux avants postes pour gérer violemment les destructions sociales et environnementales en cours et à venir 12.

On peut souhaiter que tout se passe aussi bien que l’imagine le dernier ouvrage de P.Servigne G.Chappelle, et R.Stevens, mais ne pas tenir compte des multiples racines (capitalistes, colonialistes, patriarcales, …) des destructions en cours que nous vivons déjà, c’est aussi manquer de nous préparer à résister aux pires cauchemars politiques contre lesquels de nombreu.ses militant.es s’efforcent de lutter depuis très longtemps13.

 

Et maintenant… ? Faire mieux ?

Ces quelques critiques n’épuisent pas les questionnements que l’on peut adresser actuellement à ce courant de pensée, et ce phénomène social, que l’on désigne actuellement sous le nom de collapsologie. Les articles cités en détaillent d’autres, plusieurs vidéos et interviews de  collapsologues  les confrontent aussi à ces critiques, nourrissant déjà un débat utile à mieux diffuser. Il ne s’agit pas de chercher à rendre caducs les constats des collapsologues, ni à faire culpabiliser celles et ceux qui dès maintenant cherchent des réponses à leur échelle aux désastres qui deviennent de plus en plus certains. L’enjeu, c’est d’arriver à cerner les limites intellectuelles et pratiques de ces voies qui se dessinent, et peut être alors de trouver des inspirations, des idées, des moyens, pour essayer de faire mieux.

Je n’ai, comme les collapsologues , aucune certitude à avancer pour dire ce qu’il faudrait faire pour être sûr de s’en sortir suite à ces critiques. Mais, comme dit l’adage, « on peut toujours faire mieux ». J’irai un peu plus loin. En considérant l’histoire coloniale, aristocratique, ou patriarcale qui nous précède et persiste, je dirais qu’on a vraiment la nécessité de faire mieux que ça.

Faire mieux, cela pourrait être de s’intéresser un peu plus sérieusement aux effondrements socio-écologiques récents (ou pas) qui ont déjà eu lieu, et de se questionner sur les réorganisations sociales, les nouveaux rapports de pouvoirs mais aussi les nouvelles solidarités concrètes qui ont pu émerger dans ces situations. Les expériences comme celle de Porto Rico suite au passage de l’ouragan Maria détaillée par Naomi Klein, ou encore l’expérience actuelle du Rojava au cœur du conflit syrien, seraient sans doute des pistes intéressantes14.

Faire mieux, cela pourrait être, lorsqu’on aborde un sujet aussi vaste et différencié que l’effondrement, d’essayer de donner plus de places à ceux.celles qu’on pourrait appeler les «premier.es concerné.es», les populations ou groupes qui vont le plus directement souffrir des effets de ces destructions, du fait des conséquences des activités d’une minorité d’humains. Très souvent sur le plan écologique ou économique, il ne s’agit pas de nous les occidentaux. Et au sein même de nos zones tempérées, les inégalités face aux destructions socio-écologiques qui traversent les groupes d'humains qui y résident pourraient susciter davantage notre attention.

Faire mieux, cela pourrait être de s’efforcer d’imaginer un peu plus la fin du capitalisme que la fin du monde de manière hollywoodienne et indifférenciée. Ou au moins d’évoquer les productions qui s’y essayent déjà. Des ouvrages récents comme Bâtir aussi n’éludent pas les conflictualités politiques qui accompagnent les situations d’effondrements, et ont de quoi nourrir nos inspirations15. Et dans tous les cas, faire l’effort d’une lecture plus politique de ce qui se passe autour de nous16.

Je ne vais pas réussir à épuiser cette posture de « faire mieux », j’imagine que chaque personne ou collectif selon son contexte local et ses spécificités aura de meilleures idées pour faire mieux pour son bénéfice et celui des autres17.

Vu l’urgence, on pourrait se dire qu’il est peut-être un peu trop tard pour s’embarrasser de ce genre d’exigences.

Vu l’urgence, on pourrait répondre : il est bien temps de se (re)demander comment on va faire, malgré ce qui nous arrive et malgré nos disparités, pour résister, et rester vivant, ensemble, le plus longtemps possible18.

 

 NOTES

1 L’article de Jean Baptiste Mallet en fait une liste loin d’être exhaustive. Jean Baptiste Mallet, « La fin du monde n’aura pas lieu », Monde Diplomatique, août 2019. Une liste plus fine serait nécessaire pour différencier les analyses documentées des recensions médiatiques peu approfondies.

2 Rachel Carson, Silent Spring, Houghton Mifflin, 1962. Donella H. Meadows, Dennis L. Meadows, Jørgen Randers et William W. Behrens III, The Limits to Growth, The Chelsea Green Publishing, 1972. René Dumont, L’Utopie ou la mort, Paris, Seuil, 1973. Pour n’en citer que quelques un.es.

3 Jean Baptiste Fressoz, « La collapsologie un discours réactionnaire ? », Libération, 7/11/18

Pierre Charbonnier, « Splendeurs et misères de la collapsologie. Les impensés du survivalisme de gauche », Revue du crieur, n° 13, Paris, juin 2019. Voir aussi : "Faut-il parler d'effondrement?", Mediapart, 01/12/2018.

Luc Semal, Face à l'effondrement. Militer à l'ombre des catastrophes, Paris, PUF, coll. « L'écologie en questions », 2019, 361 p.

Jean Baptiste Mallet, « La fin du monde n’aura pas lieu », Monde Diplomatique, août 2019.

Une critique bien fournie est aussi proposée par Jérémie Cravatte et le collectif Barricade, « L’effondrement parlons en, les limites de la collapsologie » : http://www.barricade.be/publications/analyses-etudes/effondrement-parlons-limites-collapsologie

4 https://www.youtube.com/watch?v=YX_RW5iYJcQ

5 Jean Baptiste Fressoz, « L’Anthropocène et l’esthétique du sublime », Mouvements, 16/09/2016, consultée en ligne.

6 Du fait de l’arrivée des colons, de leurs massacres, et des maladies qu’ils amènent, les amérindiens passent d’environ 54 millions en 1492 à 6 millions en 1610. Cet événement est lisible dans les variations du CO2 à cette époque selon certains chercheurs.

Simon L.Lewis & Mark A.Maslin, Defining the Anthropocene, Nature, vol. 519, 12/03/2015.

En Inde, les suicides paysans se chiffrent en centaine de milliers de personnes depuis au moins les années 1990.

https://www.mediapart.fr/journal/international/030815/pourquoi-les-paysans-se-suicident-par-milliers-en-inde

7 Lors des universités d’ATTAC en aout 2018 : https://www.youtube.com/watch?v=MFsgqBTkSIY&t=310s

8 Voir notamment Eve Chiapello, Luc Boltansky, Le nouvel esprit du capitalisme, Paris, Gallimard, 2011.

9 Sandrine Feydel, Christophe Bonneuil, Prédation : Nature, le nouvel eldorado de la finance, Paris, La Découverte, 2015.

10 Voir notamment l’interview de Pablo Servigne sur Thinkerview : https://www.youtube.com/watch?v=5xziAeW7l6w

11 Jean Baptiste Fressoz, « La collapsologie un discours réactionnaire ? », Libération, 7/11/18

Voir aussi Daniel Tanuro sur la revue Ballast : https://www.revue-ballast.fr/daniel-tanuro-collapsologie-toutes-les-derives-ideologiques-sont-possibles/.

12 Jean Baptiste Fressoz, « Bolsonaro, Trump, Duterte … la montée d’un carbo-fascime? », Libération, 10/10/18

13 Pablo Servigne, Raphaël Stevens et Gauthier Chapelle, Une autre fin du monde est possible, Paris, Seuil, 2019.

14 Naomi Klein, Le choc des utopies, la suite du monde contre le capitalisme du désastre, Paris, Lux, 2019. Pour le Rojava, voir le reportage de Corinne Morel-Darleux par exemple : https://www.revue-ballast.fr/carnet-du-rojava-1-3/

15 Ateliers de l’Antémonde, Bâtir aussi, Fragment d’un monde révolutionné, Paris, Cambourakis, 2018.

16 Voir Alain Bertho, « L’effondrement a commencé. Il est politique. », Revue Terrestre, novembre 2019.

https://www.terrestres.org/2019/11/22/leffondrement-a-commence-il-est-politique/

17 Pour aller plus loin, le texte de Jérémie Cravatte propose aussi plus de perspectives intéressantes.

http://www.barricade.be/publications/analyses-etudes/effondrement-parlons-limites-collapsologie

18 Une inspiration directe est l’ouvrage de Juliette Rousseau, Lutter ensemble, pour de nouvelles complicités politiques, Paris, Cambourakis, 2018.

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