Hugo Vitrani
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Billet de blog 24 mai 2012

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56 graffeurs à la cour de Versailles: dernière audience d'un procès inédit

Vendredi 25 mai la Cour d'Appel de Versailles, nouvelle audience dans l'affaire qui oppose la RATP et la SNCF à 56 graffeurs adeptes des peintures illégales sur les tôles des trains.

Hugo Vitrani
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Vendredi 25 mai la Cour d'Appel de Versailles, nouvelle audience dans l'affaire qui oppose la RATP et la SNCF à 56 graffeurs adeptes des peintures illégales sur les tôles des trains.

Les plaidoiries des avocats risquent d'être encore une fois agitées. Le 20 janvier 2012 les avocats des parties civiles s'étaient fait remarquer en rendant in extremis leurs conclusions. Les avocats des prévenus n'avaient donc pas eu le temps nécessaire pour en prendre connaissance, les analyser et répliquer. Certains avocats ne les avaient d'ailleurs pas encore reçues le jour de l'audience. Réponse ironique de l'avocat de la RATP : « Il se peut qu'il y ait eu des problèmes à La Poste, j'ai amené des copies dans le coffre de ma voiture, si la Cour veut bien me laisser 5 minutes…» . Interrogé à la sortie, ce dernier n'avait pas voulu répondre aux questions de Mediapart, me conseillant de contacter le service de communication de la RATP « pour avoir leur langue de bois. C'est la consigne sur cette affaire. » Avec des dommages et intérêts réclamés qui se chiffrent en millions d'euros et l'opacité des devis qui font peser de lourds doutes sur le coût réel du dégraffitage, on comprend le silence radio.

Dans cet article (lien), Mediapart expliquait en détail l'origine de l'affaire. Comment une banale perquisition pour trafic de stup a débouché sur le démantèlement du noyau dur des graffeurs de trains des années 2000 (un grand cru). Deux ans d'enquêtes dignes d'un mauvais polar: écoutes téléphoniques, filatures, rafales de perquisitions et de plaintes ciblées. Au total, 56 graffeurs seront traduits devant la justice pour dégradation volontaire en réunion. Comprendre: de la peinture illégale entre amis. 

Au pénal, en septembre 2009, le réquisitoire du Parquet avait été désavoué par les juges (dommage léger au lieu de grave, exit la circonstance aggravante de dégradation en réunion). Lors du premier volet civil (21 septembre 2010), les juges ne se sont pas laissés aveugler par les prétentions des parties civiles (1,8 millions d'euros de dommages et intérêts réclamés) en divisant les sommes réclamées par dix (de 150 à 12.000 euros). Quant aux books des graffeurs mis sous scellés, ultime trace de leur art systématiquement karchérisé, ils n'ont pas été rendus et risquent d'être détruits. Face au risque de la disparition d'un patrimoine artistique important, Mediapart s'était associé à la pétition de Karim Boukercha (lien) qui militait pour que ces documents soient confiés à des historiens et sociologues. Un appel signé par plus de 3500 personnes et cité par plusieurs médias nationaux (cf. France Culture). Parmi les signataires, Mode2, Jay, Azyle, Oxmo Puccino, Virginie Despentes, Costa et Romain Gavras, Vincent Cassel, Rebecca Zlotowski, Antonio Seguí, Michel Deguy, Maurice Olender, Fabrice Bousteau, JD Beauvallet... : des noms historiques du milieu du graffiti, du cinéma, du rap, mais aussi des peintres, des journalistes, des chercheurs et des écrivains.

Très attendue, l'audience de vendredi ne devrait pas aller à l'encontre de la clémence des premiers volets du procès. Difficile de condamner lourdement ces graffeurs pour des faits anciens de dix ans, alors que la plupart d'entre eux ont refait leur vie ou sont depuis exposés en galerie et musées et participent au rayonnement international de la scène artistique française. Difficile également de condamner - sous les projecteurs médiatiques- un mouvement artistique majeur du 20è siècle, même si beaucoup voudraient confiner les arts urbains dans les bas fonds.

Si la prison a été évitée, la clémence est ponctuelle et masque la sévérité de jugements plus récents mais moins médiatisés. En témoignent les récentes arrestations de graffeurs réputés. Le graffeur Vices -destiné à la prison vu son CV artistique- a préféré s'exiler après son arrestation en 2007. Mank a écopé de deux lourdes peines actuellement contestées en appel (6 mois de prison ferme et 110.000 euros de dommages et intérêts). Cokney, l'un des plus talentueux de sa génération, attend son audience fixée au 2 octobre 2012 (300.000 euros de réparation lui sont réclamés). Oreak, arrêté la semaine dernière, attend également son procès (562.000 euros de dégradation estimée). Beaucoup attendent donc une réforme radicale de ce système répressif démesuré pour de la peinture sur des murs et trains. Ancien ministre de la culture, Frédéric Mitterrand était intervenu en faveur de l'artiste ZEVS lors de son arrestation à Hong Kong en 2009. Il n'avait pourtant pas fait preuve du même sens artistique devant la justice de son pays en ne soutenant pas les graffeurs arrêtés et lourdement condamnés en France.

Alors qu'il était en campagne officieuse pour le poste de Ministre de la culture, Christophe Girard plaçait les arts urbains au coeur de son Petit livre rouge pour la culture (on aurait préféré dazibao). Dans l'entretien qu'il m'avait accordé pour la revue Graffiti Art (à lire ici) il soulignait la nécessité, en cas de victoire de la gauche, de "trouver un nouvel encadrement législatif. La peine de prison c'est démesuré, c'est grotesque. Il n'y a ni meurtre ni viol, d'ailleurs y'a-t-il vraiment dégradation? (…) Associons à ce débat celui de la commande publique pour arrêter d'envisager cet art sous l'unique prisme de la répression et de la nuisance."

Les avocats des accusés invoqueront vendredi prochain les propos de l'actuel adjoint à la culture de la mairie de Paris, qui a accompagné la création du 104, de la Gaieté Lyrique et de la Nuit Blanche où les arts urbains et numériques ont pignon sur rue. Aurélie Filippetti, nouvelle ministre de la culture, devra prendre parti: soutiendra-t-elle la création artistique underground?

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