L’art et l’interculturalité pour dépasser les environnements qui nous handicapent

Les Jeux Paralympiques ont pris fin avec une cérémonie de clôture marquée par la passation de Tokyo à Paris, ville qui reçoit les JP en 2024. Les JP sont un lieu d’expression et médiatisation de personnes handicapées dans le milieu sportif. Mais est-ce que les pratiques artistiques, tel que prétend le sport, peuvent-elles aussi aider à promouvoir un vrai dialogue entre tout type de personnes ?

Les personnes en situation de handicap sont souvent tenues à l’écart de l’espace public par des frontières physiques et symboliques. La recherche et les expérimentations sociales ont prouvé que le simple fait de réunir des personnes de groupes différents ne conduit pas nécessairement à un contact, à un engagement ou une collaboration réelle. Au contraire, il arrive que cela renforce les stéréotypes et les différenciations, si un projet de cohésion sociale, de dialogue et de participation n’a pas été mis en place.

Aujourd’hui, les questions d'égalité sont de plus en plus abordées dans les débats public, médiatique et législatif, permettant de lutter contre de nombreuses exclusions sociales ; pourtant certaines perdurent : la façon dont nous traitons le handicap est l’une d’entre elles. Les médias, les dispositifs juridiques et les organismes internationaux ont une notable importance.

En 2006, les Nations unies ont adopté la Convention relative aux droits des personnes handicapées (CDPH). Il s'agissait de ne plus considérer les personnes en situation de handicap comme des "objets" de charité et de traitement médical, mais comme des "sujets", membres actifs de la société, capables de revendiquer leurs droits et de prendre des décisions pour leur vie sur la base de leur consentement libre et éclairé. Ainsi, les terminologies utilisées et médiatisées ont elles aussi vu de changements. Fondamentalement, la CDPH traite de personnes avec des déficiences physique, mentale, intellectuelle ou sensorielle durables qui sont confrontées à une société qui ne leur donne pas la possibilité d’une participation sociale pleine et effective. En 2010, 2012 et 2016 respectivement, la France, la Grèce et la Finlande ont signé le traité et assumé des responsabilités juridiques.

Néanmoins, la promotion des droits des personnes en situation de handicap repose également sur l'action des actrices et acteurs de terrain ; les organisations locales jouent un rôle important pour contribuer au changement. Elles aident à traduire les engagements juridiques en expériences concrètes et à aller plus loin. Par exemple, nos six organisations basées en Grèce, en France et en Finlande se sont ainsi réunies pour proposer le projet Erasmus+ CONTACT. A travers la médiation par l’art nous promouvons l’accessibilité, l'égalité, la non-discrimination et l'intégration durable des personnes en situation de handicap. Nos pédagogies sont ancrées dans la participation inclusive pour réunir des personnes avec et sans handicap qui peuvent créer ensemble et sur le même pied d’égalité un projet artistique – et de société – commun.

L'accessibilité à la pratique d’activités artistiques est présente à différents degrés dans nos pays partenaires. Trop souvent les initiatives artistiques de nos villes proposent des actions réservées aux « personnes handicapées » ou à celles « non-handicapées ». Or, des espaces de rencontre sont absolument nécessaires.

Notre initiative s’inspire du modèle social du handicap. Ce modèle se concentre sur le potentiel des personnes et prétend que ce sont les environnements déficients qui imposent les obstacles. Les handicaps ne limitent pas le potentiel des personnes, mais des environnements inadaptés si. Ce modèle reconnaît la diversité et la multitude de possibilités d’exister, et met l’accent sur la nécessité de changer, de créer de nouvelles interactions afin que les environnements et la société puissent intégrer tout le monde et surmonter cette séparation dichotomique.

En France, Élan Interculturel et DK-BEL travaillent avec les jeunes et les professionnel.les de la jeunesse pour explorer comment la création musicale et dansée permet de développer nos compétences en communication interpersonnelle et dans les groupes. Le but étant d’entrer en contact dans un cadre ludique et informel, et de s’engager avec les autres dans un dialogue interculturel – ce qui nécessite de se comprendre soi-même pour mieux comprendre l'autre, quelle que soit sa différence. À l’horizon, nous espérons voir plus d’espaces où les arts, le sport et d’autres pratiques favoriseront l’interculturalité. En d’autres termes, « ce n'est qu'en rencontrant la différence que l'on peut apprendre à la traiter comme une chose naturelle ».  

Par Hugo Arruda et Morgane Boidin

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Pour nous contacter, échanger et participer à nos activités CONTACT :

Élan Interculturel: info@elaninterculturel.com 

DK-BEL: dk-bel@orange.fr    

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