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Billet de blog 3 mai 2018

Défilé du 1er Mai à Paris, ce que nous dit le cortège de tête

L’ensemble du spectre médiatico-politique déplore un "saccage" du défilé du 1er mai à Paris, se focalisant sur les bris de verre, alors que personne ne semble relever que les manifestants du "cortège de tête" étaient presque aussi nombreux que le cortège syndical.

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Cela n'était pas arrivé même au plus fort de la lutte contre la loi travail en 2016. Les manifestants du "cortège de tête" étaient presque aussi nombreux que le cortège syndical au défilé du 1er mai à Paris (selon les estimations : 14 500 personnes pour le cortège autonome devant 20 000 personnes du cortège syndical). L’ensemble du spectre médiatico-politique (en commençant par la gauche traditionnelle) préfère déplorer un "saccage" du défilé du 1er mai à Paris plutôt que relever ce basculement politique majeur.

Cette partie-là n’est reconnue nulle part comme une force constituée, conscientisée et mobilisée. Pourtant elle n’est pas moins organisée ou déterminée à l’instar des ZAD. Malgré sa pluralité sociale, elle n’est pas considérée comme société civile représentative de formes sociales et pas représentée dans les lieux de décision et de délibération.

Qu’est-ce qui "met en péril la démocratie" (dixit le Premier ministre) ? Est-ce la violence radicale dans la négation de nouvelles formes sociales ou la radicalisation d’un mouvement social dont les « blacks blocs » ne sont qu’une des multiples variantes ?

Fin de l’État social, émancipation par la réussite individuelle concurrentielle, transformation du citoyen en usagers, du gouvernement en comité d'entreprise et du pays en « start-up nation »… Le président Macron semble se réjouir de l’affaiblissement des corps intermédiaires qui entraveraient selon sa stratégie, la « révolution » ultralibérale.

Il oublie qu’il facilite dans l’espace laissé ainsi vacant un « espace qui pousse du milieu » qui s’échafaude à l’intérieur même du mouvement social, repoussant les frontières instituées sectorielles, créant son propre cadre d’expérience. Le mode d'occupation des lieux comme les universités avec le mouvement contre la loi ORE-Parcoursup est une autre variante de la pratique des espaces intermédiaires.

La fermeture de ces espaces par la force militaro-policière, indique un rapport de force disproportionné. Mais le recours systématique à la « violence légitime » de l’État peut aussi s’analyser comme un aveu de faiblesse. Ce que craint finalement le pouvoir, c’est que de ces interstices s’insinue un imaginaire instituant d’une autre société, la moindre fissure doit être rebouchée. Car on sait bien avec Gramsci que le champ culturel des constructions symboliques est une des réalités incontournables non solubles dans l'économie. Il suffit que le voile se déchire, pour que s’écroule l’idéologie de la modernité, où le monde se conçoit comme la croissance indéfinie de sa propre capacité de croissance, cette idée de progrès qui prétend régir l'entièreté de l’espace-temps du local à l’international.

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